Les Etats Unis: un empire bananier
Carlos Fazio
2006-10-09
La Jornada
Traduction de Raymond Muller
Sans peine ni gloire, le 2ème Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU (CDH) s'est clôturé vendredi dernier à Genève. L'institution que préside le diplomate mexicain Luis Alfonso de Alba est intégrée par 47 pays et fut créée au mois de mars dernier en remplacement de l'ancienne Commission des Droits de l'Homme qui pendant ses presque 60 ans d'existence a enregistré certains succès dans la construction du squelette juridique de cette spécialité de l'ONU, mais aussi beaucoup d'erreurs, en particulier celles dérivées de la sélectivité, la politisation et manipulation de ses décisions contrôlées par les Etats-Unis et leurs alliés de la vieille Europe.
Le plat principal du CDH était l'examen du cas de la prison étasunienne située dans la base navale de Guantánamo, sur l'île de Cuba. En février dernier, cinq rapporteurs spéciaux des Nations Unies ont demandé à Washington de fermer immédiatement ce centre de détention où le Pentagone retient quelques 500 prisonniers de guerre sans droit à jugement ni à sentence. A ces détenus, suspects de terrorisme, le gouvernement de Bush leur a nié la protection des quatre Conventions de Genève de 1949 et le Protocole I aditionnel de 1977, base du droit international humanitaire qui régit le traitement des prisonniers de guerre. Ces Conventions stipulent qu'aucun prisonnier peut être blessé ou tué délibérement, ni soumis à la torture, à un traitement cruel, inhumain ou dégradant, à des coactions, à des châtiments collectifs ou des expériences médicales, et que tous avaient droit à un jugement juste. Malgré les requêtes de l'ONU, la décision de Bush a été de soumettre ces combattants ennemis à des tribunaux militaires sans les garanties juridiques et les procédures de base nécessaires.
Malgré l'énorme documentation accumulée au sujet des violations des droits de l'homme de la part des Etats Unis dans le cadre de leur “guerre contre le terrorisme”, le nouveau Conseil n'est pas parvenu à se débarasser des stigmates de la réthorique et du double langage qui pesaient sur l'ancienne Commission des Droits de l'Homme. Ainsi, ce qui promettait de se convertir en un véritable spectacle politique, vu que, pour la première fois, ce pays allait être assis sur le banc des accusés, devra attendre une meilleure occasion. Pire encore. Lors d'une nouvelle démonstration de son mépris total pour les normes du Droit International, le président George Bush non seulement a reconnu l'existence d'un réseau de prisons clandestines administrées par la CIA dans plusieurs pays d'Europe et d'autres régions du monde, mais il est parvenu, pendant la période des sessions du Conseil (du 18 septembre au 6 octobre), à faire voter par le Congrès étasunien une loi qui élimine le droit d'Habeas Corpus et qui légalise la torture contre ceux qu'il considère comme « des combattants ennemis illégaux » dans le cadre de sa guerre sans fin contre le terrorisme.
De plus, la Loi de Commissions Militaires 2006 (S3930) octroie la protection ou l'amnistie pour les soldats et les agents d'intelligence étasuniens qui sont soumis à la Loi de Crimes de Guerre. La mesure concerne les militaires du Pentagone et les agents de la CIA soupçonnés de pratiques de torture, d'exécutions sommaires et de disparitions forcées de personnes. En particulier, ceux soupçonnés de pratiques de tortures et d'expériences médicales sur des personnes recluses dans les camps de concentration de Guantánamo (Cuba) et Abu Ghraib (Irak) qui ont été dénoncées et se trouvent documentées. Il existe aussi des dénonciations sur les « vols secrets de la CIA » qui ont transporté des personnes soupçonnées de terrorisme, d'abord séquestrées, puis recluses dans des prisons clandestines dans des pays tiers où elles demeurent dans un limbe légal, sans jugement ni procès, ou tout simplement furent disparues. Por éviter que ses « boys » soient soumis à la justice pénale internationale, le gouvernement de Bush est parvenu à légaliser certains crimes de guerre avec le vote de députés républicains et démocrates.
L'annulation de l'Habeas Corpus (protection contre une détention arbitraire ou garantie d'accès aux preuves pour l'accusé), un principe légal qui anticipe la Charte Magna du XIIIème siècle, et qui forme la base des systèmes légaux des pays occidentaux et se trouve consacrée dans la Constitution des Etats Unis, n'a pas d'antécédent. Avec sa réminiscence maccartiste, Bush est en train de convertir les Etats-Unis en un Etat policier mondial. Selon l'ex-ambassadeur de la Grande-Bretagne en Ouzbékistan, Craig Murray, la légalisation de la torture par Bush et le Congrès “ n'est déjà plus un produit de politiques néo-conservatrices, c'est déjà médiéval : on a fait en sorte que les tortures et les croisades reviennent ». L'ex-secrétaire d'Etat Colin Powell, qui fut en charge de la diplomatie de guerre de Washington lors du premier mandat de Bush, a dit que « le monde était en mesure de commencer à douter des valeurs morales de notre combat contre le terrorisme ». Pour l'amiral John Huston, l'avocat militaire (retraité) de plus haut rang de la Marine de Guerre, sans la protection de l'Habeas Corpus les Etats-Unis ne sont qu'une “ république bananière de plus ”. L'expression nous ramène à l'époque de l'expansion impérialiste de la fin du XIXème siècle et début du XXème lorsque Theodore Roosevelt appliquait la « diplomatie du dollar » ou la politique du « gros bâton » (Big Stick) , délogeant et installant des dictateurs dans les pays de l'Amérique centrale et la Caraïbe.
Il n'y a pas de doute que avec la nouvelle loi tyranique de Bush, complétée par une autre disposition légale qui autorise l'espionnage téléphonique et l'intervention des courriers électroniques personnels de citoyens étasuniens sans avoir besoin d'ordre judiciaire, les Etats Unis se sont convertis en une “ nation hors la loi ”. Pour le dire avec les mots de Noam Chomsky, en un vrai “ Etat canaille », totalitaire et criminel.
Le nouveau Conseil des Droit de l'Homme de l'ONU avait, en conséquence, de quoi s'occuper. Mais il n'a rien fait. Une fois de plus c'est la double morale qui a triomphé.
La Misión Permanente de la República de Cuba en Ginebra invita a todos los interesados
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