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L´EMPIRE AMERICAIN A L´ASSAUT DES ETATS-NATIONS LATINO-AMERICAINES.


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mai 2008

De Santa Cruz au Zulia

L’empire étasunien à l’assaut des Etats-Nations latino-américains

MIGUS Romain

Le 4 mai 2008, s’est tenu dans le département bolivien de Santa Cruz, un referendum pour approuver un statut d’autonomie pour le département. Précisons avant d’aller plus loin, que la Cour Nationale Electorale bolivienne, organe qui régie les élections selon la Constitution avait déclaré illégale cette consultation. Il s’agissait donc au mieux d’une enquête. Aucun observateur international n’était présent, l’Organisation des Etats Américain (OEA) s’étant même prononcé pour le respect de l’unité de la Bolivie.

Le président Morales avait appelé ses partisans à ne pas légitimer une élection illégale et donc à ne pas participer à cette mascarade de referendum. Au soir des résultats (85% pour le OUI, 15% pour le NON), la chaîne commerciale d’opposition Canal 7, annonçait 40% d’abstention, dans un pays où lorsqu’une élection est légale, elle est obligatoire. Ce chiffre pourtant annoncé par une télévision en connivence avec l’opposition de Santa Cruz aide à relativiser ce que l’on nous présente comme un raz de marée en faveur du statut d’autonomie. D’autres exits pools, manié par le gouvernement de Evo Morales font état de 70% d’abstention. Dans un cas comme dans l’autre, le raz de marée indépendantiste est surtout celui d’une minorité.

L’autonomie des départements bolivien n’est pas chose nouvelle. La loi de décentralisation de 1995 conférait à ces territoires une autonomie au sein de la République. Cette loi sur l’autonomie fut d’ailleurs le résultat d’un travail du Département d’Etat étasunien, par le biais de la USAID, organisme qui gère ses financements internationaux. Le 18 décembre 2005 eurent lieu les premières élections départementales, remporté dans leur majorité par des partis de droite. L’arrivée au pouvoir d’Evo Morales à la présidence de la République de Bolivie en 2006 va coïncider avec une demande accrue ’d’autonomie’ de la part des dirigeants des régions les plus riche. Pourquoi une telle coïncidence ?

Autonomie ou Séparatisme ?

Dés la prise de pouvoir de Evo Morales, la USAID, qui était présente depuis des décennies en Bolivie, va rompre unilatéralement les programmes de coopération avec le gouvernement bolivien pour centrer son travail sur le financement des partis politiques d’opposition, sur un programme d’autonomie régionale, et sur la stratégie à mener pour miner la nouvelle Assemblée Constituante.[1](1)

Dans le même temps, la National Endowment for Democracy (NED), qui finance l’opposition vénézuelienne et des organisations politiques comme Reporters Sans Frontières, va augmenter ses financements aux groupes d’opposition de la région de Santa Cruz et des 3 autres départements demandant l’autonomie (Tarija, Beni, Pando).

Ces dons de la USAID et de la NED s’élèvent à 120 millions de dollars par an depuis que Evo Morales est président ! A titre de comparaison, le directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a proposé un fond de 500 millions de dollars pour régler le problème de la faim dans le Monde. Autrement dit, selon ces chiffres, seulement 4 ans de financement des Etats-Unis à l’opposition bolivienne putchiste suffirait à résoudre la famine mondiale.

D’autres organisations étasuniennes comme la Freedom House travaillent aussi à la déstabilisation de la Bolivie. Et le leader d’Otpor-Venezuela[2] (2), Yon Goicochea, a été envoyé pour former les étudiants de Santa Cruz aux techniques de Coup d’Etat soft de l’Albert Einstein Institution.[3] (3)

Mais c’est avec l’arrivée du nouvel ambassadeur étatsunien en Bolivie que les choses vont s’accélérer. Le 22 septembre 2006, Philip Goldberg est nommé officiellement à La Paz. Goldberg ne fut pas choisi au hasard. De 1994 a 1996, il était l’assistant spécial de Richard Holbrook, secrétaire d’Etat aux affaires européennes pour cette même période. Les deux hommes qui vont diriger la délégation étasunienne aux accords de Dayton, furent les artisans chargés de conclure l’éclatement de la Yougoslavie.

Philip Goldberg va être nommé en 2004 chef de la Mission diplomatique des Etats-Unis au Kosovo, dans le but de préparer l’indépendance de ce territoire serbe.

C’est fort de cette expérience en matière de séparatisme que Goldberg arrive à La Paz, et travaille avec l’aide de la USAID et de la NED, à l’élaboration des statuts autonomes de Santa Cruz et de la Media Luna.

Qu’on ne s’y trompe pas, il ne s’agit pas d’autonomie mais bien de séparatisme. Pour s’en rendre compte, il suffit de regarder le contenu des Statuts d’autonomie rédigés par les élites de Santa Cruz.[4] (4)

Ces statuts rédigés comme une véritable Constitution quitte au pouvoir national bolivien toutes les attributions qui sont propre à un Etat. Il ne s’agit pas simplement, comme veulent nous faire croire les media occidentaux, de s’arroger le droit de gérer ses ressources et de créer une police régionale.

Selon ces statuts illégaux, Santa Cruz contrôlerait exclusivement les domaines de l’éducation, les transports, les infrastructures, la culture, les ressources naturelles (dont le gaz, première richesse de Bolivie), la répartition des terres (donnant aux pouvoirs régionaux la possibilité de vendre les terres des parcs nationaux décrétés par le gouvernement bolivien), la légalisation des syndicats, les télécommunications (dont les media ; l’attribution de fréquences serait organisée par le gouvernement régional), l’économie, etc… La région disposerait de Pouvoirs Exécutif, Législatif, et Judiciaire qui lui sont propre. Cerise sur le gâteau du séparatisme. Santa Cruz aurait son propre Hymne, son Drapeau et son Blason.

Le précédent de Santa Cruz fera ses émules puisque 3 autres départements ont déjà annoncé qu’ils convoqueront le même type d’élections illégales pour approuver le même type de statuts. Le travail de Philip Goldberg a porté ses fruits…

De Santa Cruz à la région pétrolière du Zulia

La réponse de l’opposition vénézuélienne à cette tentative de sécession en Bolivie a été immédiate. Dés le lendemain du référendum illégal à Santa Cruz, le Conseil Législatif de l’Etat du Zulia (CLEZ) a annoncé la tenue d’une session spéciale de l’Assemblée parlementaire régionale sur le thème de l’autonomie. L’orateur invité n’est autre que Nelson Suarez représentant de l’organisation Rumbo Propio. Comme pour donner une dimension nationale à cette tentative de sécession, l’ancien gouverneur de l’Etat de Carabobo et candidat à l’élection présidentielle contre Chavez en 1998, Henrique Salas Römer, affirmait le 7 mai 2008, dans les colonnes du journal El Universal, que l’autonomie est une alternative au gouvernement de Chavez et déclarait : ’Ainsi, les revenus pétroliers ne passeront plus par le pouvoir central et iront directement aux régions.’[5] (5) Sans commentaires.

Il n’est pas anodin que le parlement du Zulia agit ainsi. C’est l’Etat le plus riche du Venezuela grâce notamment à ses revenus pétroliers, et il est contrôlé par l’ancien candidat présidentiel Manuel Rosales[6] (6). Le fait d’inviter l’organisation Rumbo Propio s’inscrit dans cette tentative de la part des Etats-Unis et des élites vénézuéliennes de détruire l’Etat-Nation vénézuélien.

L’ancien ambassadeur des Etats-Unis au Venezuela (ancien consul à Maracaibo et aujourd’hui en poste à Bogota), William Brownfield, avait déclaré lors d’une visite à Maracaibo en compagnie de Manuel Rosales : ’comme vous le savez, j’ai toujours beaucoup aimé la République Indépendante du Zulia’. Manuel Rosales n’avait alors pas dit un mot pour défendre l’intégrité de la Nation vénézuélienne.

L’avant-garde de cette tentative d’indépendance est assumé par Rumbo Propio qui, à l’instar de ses collègues de Santa Cruz, a déjà rédigé les statuts ’d’autonomie’ du Zulia.[7] (7)

Outre la proposition de ’privatisations populaires’ (sic), ces ’statuts’ d’orientation clairement néolibérales proposent d’abolir les impôts pour les entreprises, de privatiser l’éducation, les retraites, la santé, de réserver le maniement des ressources naturelles (comprendre le pétrole) au gouvernement régional et aux multinationales, privatiser toutes les entreprises de l’Etat au profit des entreprises internationales et du gouvernement régional ’autonome’. L’article 10 précise même ’tout ce qui est à l’Etat doit être privatisé’.

Le versant social est transféré aux entreprises privés qui émettront des coupons (sorte de ticket-restaurant) gratuit pour aller chez le médecin o payer les frais de scolarité privée. Autrement dit, le gouvernement régional achètera ces coupons à des entreprises privés (généralement chez une entreprise amie, ou mieux dans sa propre entreprise) pour les distribuer seulement à ceux qui souffrent d’extrême pauvreté (moins de un dollar par jour). Ceux qui survive dans la misère avec 1.5 dollars (soit l’équivalent de 4 baguettes de pain ou du prix d’une bouteille de shampoing) par jour n’y auront pas droit !!!

La permanence de ces statuts ’d’autonomie’ est assuré par l’article 2§d qui affirme ’le droit à une démocratie limitée : aucune majorité populaire, aussi grande qu’elle soit, est autorisée à intervenir contre les libertés et les droits que ces [statuts] garantissent aux citoyens’. Nous nous demandons légitimement quelles seront alors les personnes en charge de définir ’les limites de la démocratie’ : les propriétaires terriens, les patrons, ou les multinationales ?

A la différence de la Bolivie, le Venezuela est une république fédérale. Le Zulia a déjà son Hymne, son Blason, son Drapeau et ses propres Pouvoir Exécutif et Législatif. Qu’à cela tienne, Rumbo Propio propose dans ces statuts ’d’autonomie’ la création d’une monnaie propre au Zulia. Pour voyager dans d’autres régions du Venezuela, les habitants de la région du Zulia devront passer par des bureaux de change. Il n’est pas précisé si ces bureaux changeront en dollars ou en Bolivars…

Alors, autonomie ou séparatisme ? Déjà, en 2001, le Plan Balboa, un exercice de simulation militaire mené par les forces armés espagnoles et planifié par les Etats-Unis, prévoyait une intervention directe dans la région et l’occupation militaire du Zulia.[8] (8)

Internationale du Séparatisme

Comme les tentatives de Coup d’Etats ou de déstabilisations économiques s’avèrent infructueuses dans les pays qui entendent rompre avec la domination étasunienne, les séparatismes doivent être vu comme une nouvelle stratégie des Etats-Unis pour affaiblir les Etats-Nations progressistes de la région et se réapproprier les ressources naturelles.

Déjà, se met en place, une internationale du Séparatisme. En septembre 2006, comme le note l’avocate Eva Golinger, ’Guayaquil fut le lieu du Premier Forum International sur la Liberté et l’Autonomie Régionale’[9] (9) où assistèrent parmi de nombreux participants, le maire de Quito et celui de Guayaquil pour Equateur, le secrétaire général de la Préfecture de Santa Cruz et un représentant de Rumbo Propio, l’organisation séparatiste du Zulia. Cette réunion n’a été possible que grâce aux financements de la NED et de la USAID.

Face à cette Internationale du Séparatisme financé par Washington, les peuples des pays concernés ont déjà affirmé leur rejet d’une balkanisation de l’Amérique Latine. Les grandes manifestations en faveur de l’unité de la Bolivie qui ont eu lieu dans ce pays mais aussi au Venezuela montrent bien que, plus que jamais, les citoyens des pays latino-américains sont décidés à défendre leur souveraineté et leur intégrité.

Au Venezuela, une enquête du Procureur Général de la République était ouverte depuis 2006 contre Rumbo Propio pour trahison à la Patrie. Malgré le fait que les preuves sont publiées sur le site web de l’organisation, l’enquête piétine…

Qu’importe, le Peuple veille !

Romain Migus

Notes :

[1] Interview de Eva Golinger pour Radio Venezuela en Vivo, 04/05/08.

[2] Voir Romain Migus, ’Réforme Constitutionnelle et Déstabilisation : Chronique(s) d’une Révolution en marche’, Le Grand Soir : http://www.legrandsoir.info/article...

[3] Voir la vidéo de ces formations sur le site du think tank ultralibéral Cato Institute : http://www.elcato.org/node/3228

Yon Goicochea vient de recevoir le prix ’Milton Friedman pour la liberté’ (sic) doté d’un montant de 500.000 dollars.

[4] Estatutos del Departamento Autónomo de Santa Cruz (en espagnol) :
http://www.asamcruz.org/Estatuto%20...

[5] Reyes Theis, ’Salas Römer propone proyecto de autonomías como alternativa’, El Universal, 07/05/08.

[6] Pour se faire une idée sur le personnage, voir Romain Migus ’Le Rose Brun’, Le grand soir : http://www.legrandsoir.info/article...

[7] Voir
http://www.rumbopropio.org.ve/rumbo... et
http://www.rumbopropio.org.ve/rumbo...

[8] Voir http://www.aporrea.org/tiburon/n629...

[9] (9) Eva Golinger, ’EE UU promueve la desestabilización regional’, 23/03/08 :
http://www.aporrea.org/tiburon/a536...

L ´ AUTRE GUERRE FROIDE

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Tribune libre


26 septembre 2008

Souvenirs de jeunesse d’un enfant né de parents communistes

Une nouvelle guerre froide pointe en Amérique Latine.

ROSS John

Sur la vieille photo jaunie que m’a envoyée ma sœur le mois dernier, les amis et la famille entourent le vieux couple, le docteur Milton Leof et sa femme Jenny, à l’occasion de leurs 50 ans de mariage. Le séjour de leur appartement est envahi de gens de gauche qui honorent l’un des leurs – le docteur Leof, qui avait vécu la révolution russe et y croyait encore. Parfois, quand j’allais le voir, il me racontait des histoires de cosaques sanguinaires et de congères de près de deux mètres de haut et comment le socialisme allait triompher.

Sur la photo, ma mère, belle à tomber, est assise à côté de Jean Boudin (elles étaient allées en colo ensemble dans les années 20). Leonard Boudin, l’avocat de Paul Robeson qui, avec son associé, Victor Rabinowitz, mort récemment, défendait beaucoup de cocos, de socialos et de sympathisants communistes de renom, est également affalé sur le divan, entourant de son bras la petite Kathy aux yeux ronds que j’avais parfois gardée. Ma sœur pense q’IF Stone est caché derrière, au fond (Izzie était du genre timide).

La photo avait été prise entre 1950 et 1952 en plein pendant la Guerre Froide et des choses terribles arrivaient à ces gens et à leurs amis. Des camarades avaient été emprisonnés, inscrits sur la liste noire, ils avaient fui l’Amérique, choisi de se suicider plutôt que d’aller en prison, ou s’étaient rétractés. Julius et Ethel Rosenberg allaient bientôt être exécutés par le gouvernement américain pour trahison. Pourquoi alors tout le monde souriait sur la photo ?

On pouvait attribuer ces sourires à la camaraderie. Tous ceux qui étaient là étaient des gens de gauche et des Juifs, et il est de mise de sourire pour des noces d’or, même aux heures les plus sombres. Mais j’ai une autre théorie, cependant : en 1950, l’Union Soviétique avait surpris le monde entier en procédant à son premier test nucléaire. Le fait de posséder la bombe comme les Etats-Unis était soudain une réalité et Washington n’avait plus le monopole pour terroriser les citoyens de la planète Terre.

Peut-être les Rosenberg avaient–ils contribué à créer ce nouvel équilibre, peut-être que non (mon camarade de classe au collège, l’exécrable Ronald Radosh, a passé sa vie à essayer d’apporter la preuve que c’étaient des espions) mais le fait est que les Etats-Unis n’étaient plus les maîtres d’un monde unipolaire.

J’ai grandi du mauvais côté de la Guerre Froide. Quand Harry Truman a annoncé le début de la Guerre froide en mars 1947 au cours d’une session de l’ensemble du Congrès américain portant essentiellement sur les agissements de l’Union soviétique en Grèce, on avait donné le choix aux Américains – soit nous soutenions le "Monde Libre" soit nous prenions position pour ces bons à rien de cocos derrière le Rideau de Fer. Nous avons choisi les communistes.

Les Russes avaient été nos alliés contre Hitler, l’exterminateur de Juifs, et avaient terriblement souffert à cause de cela. Nous avions souffert indirectement durant les 200 jours du Siège de Stalingrad. Tonton Staline était encore un bon gars à cette époque et c’était un privilège que de faire partie de la Société des Amis soviéto-américains. Les livres qui exaltaient les exploits de l’Union soviétique étaient très demandés dans les bibliothèques de nos écoles, *Little Red School House & Elizabeth Irwin et Downtown Community School.

Le Stanley Theater à Times Square passait des films soviétiques qui montraient des danseurs folkloriques qui bondissaient avec leurs sabres étincelants et les héroïques chœurs de l’Armée Rouge qui célébraient la patrie.

Ma mère a quitté le parti à peu près à l’époque où cette photo a été prise. Les chasseurs de sorcières enquêtaient sur les communistes influents à Broadway et elle avait la trouille. Autant que l’HUAC (House Un-American Activities Committee, commission d’enquête de la Chambre des Représentants sur les activités antiaméricaines, NDLT), les révélations sur les atrocités que commettait Staline ont poussé les communistes américains à entrer dans la clandestinité.

Les enfants de ces parents communistes ont grandi. Certains sont devenus des beatniks ou ont rejoint le mouvement pour les droits civiques et sont partis dans le Mississippi, se sont engagés dans des associations humanitaires pour s’investir dans la Lutte Contre la Pauvreté ou se sont installés dans la campagne et se sont lancés dans la culture bio. D’autres sont devenus des pourritures capitalistes. D’autres encore ont gardé leurs convictions de gauche.

Mais c’était une gauche différente de celle qu’avaient connue nos parents. Nous reprochions à nos parents d’avoir tu leurs opinions politiques pendant la "Peur Rouge". Nos différences étaient tout aussi générationnelles et oedipiennes qu’idéologiques. J’ai contribué à fonder un parti maoïste, Progressive Labour, dont de nombreux membres avaient également été élevés par des parents communistes. La petite Kathy Boudin avait été happée par le mouvement *Weather Underground et avait payé très cher son opposition à la barbarie capitaliste.

En 1989, le Mur tombait et l’Union Soviétique était démantelée (le Stanley Theater, lui, avait fait faillite des années auparavant). Les Etats-Unis étaient à nouveau les maîtres d’un monde unipolaire et faisaient exactement ce qu’ils voulaient, puisque rien ne pouvait les en empêcher. La dissuasion mutuelle n’était peut-être pas la meilleure des solutions mais, au moins, elle modérait l’arrogance de l’Amérique.

Aujourd’hui, les Etats-Unis ont envahi des états souverains, ont déclaré deux fois la guerre à l’Irak et assassiné des millions de citoyens irakiens, ils ont imposé un embargo à Cuba, ont fait du chantage, menacé, brandi leur force nucléaire quand les états rechignaient à se conformer aux règles de la Pax Americana.

En Amérique Latine, où je travaille, les retombées de la chute de l’Union Soviétique ont été terribles. Le mouvement révolutionnaire au Salvador s’est effondré et les Sandinistes ont succombé. La famine a frappé Cuba. Quand, à la Maison Blanche, on ne réussissait pas par la subornation, on passait au génocide – personne n’avait le pouvoir d’arrêter cela. Une poignée d’entre nous protestait bien devant l’ambassade des Etats-Unis ici, ou dans les rues de San Francisco ou de New York, mais nous ne pesions pas bien lourd.

Tout cela explique pourquoi la semaine dernière (le 10 sept) un large sourire a envahi mes joues creuses quand j’ai lu que les deux bombardiers TU-160 avaient atterri à Palos Negros au Venezuela pour participer à des manoeuvres conjointes avec les forces armées bolivariennes de Chavez.

Les Tupolev sont des bombardiers stratégiques, parfois appelés "Blackjacks" (par l’OTAN, NDLT), capables de transporter des missiles nucléaires. Juan Pablo Duch, le correspondant à Moscou du journal de gauche de Mexico la Jornada affirme que ce sont les avions de guerre les plus puissants au monde.

Les TU-160 vont participer à des manoeuvres dans les Caraïbes en même temps que trois navires de guerre russes, dont le croiseur à propulsion nucléaire "Pierre le Grand" - du 10 au 14 novembre, quelques jours à peine après les élections présidentielles américaines.

Hugo Chavez explique que les manoeuvres militaires sont une riposte à la réactivation de la Quatrième Flotte, outil complémentaire durant la guerre froide qui avait été mis dans la naphtaline depuis la chute du Mur. Ces futures manœuvres sont en effet une gifle retentissante à la domination unipolaire des Etats-Unis sur l’hémisphère occidental, telle qu’elle avait été synthétisée par la très critiquée doctrine Monroe.

Les grands groupes de presse ne cessent de jacasser sur la "nouvelle Guerre Froide". Ce qui a déclenché cette nouvelle série d’hostilités russo-américaines a été l’épisode lamentable de l’attaque géorgienne. La veille des JO, alors que Bush et Poutine étaient tous deux présents à Beijing pour applaudir ostensiblement leurs athlètes, Mikhail Saakashvili, la marionnette des US dans l’ancienne patrie de Staline, se livrait à une attaque surprise contre les enclaves dissidentes de l’Ossétie du Sud et d’Abkhazie, toutes deux ayant des frontières avec l’ancienne Union Soviétique et étant profondément ancrées dans la sphère d’influence de la Russie. Alors que la Russie réagissait instinctivement et que ses tanks avançaient sur Tbilisi, les grands médias ont aussitôt lancé leur propagande, qualifiant cette confrontation est-ouest de "Nouvelle guerre froide".

Actuellement les navires de guerre russes patrouillent la mer Noire au vu et au su des navires de guerre de l’OTAN et des destroyers américains porteurs de missiles guidés qui transportent de l’aide "humanitaire" destinée à Saakashvili. John Mc Cain, le successeur supposé de Bush, dont le conseiller le plus proche (Charlie Black) est un lobbyiste qui a travaillé pour le compte de l’homme de paille géorgien, est mouillé jusqu’au cou dans cette imposture.

En fait, la naissance d’une nouvelle guerre froide remonte à l’âge de pierre, depuis le moment où Bill Clinton et Wesley Clark poussaient au bombardement de la Serbie. Le tapis de bombes lâché sur le Kosovo avait heurté les sensibilités en Russie, et la reconnaissance du Kosovo comme état souverain par l’Otan à l’instigation de Bush, cet été, a brutalement rouvert ces blessures. La reconnaissance également de l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’ Abkhazie par la Russie rappelle les réponses du tac au tac du temps de l’ancienne guerre froide.

L’intégration dans l’OTAN d’anciens alliés du Pacte de Varsovie (l’Ukraine et la Géorgie sont dans les starting-blocks) enserre et irrite la Russie.

L’installation d’un bouclier antimissile en République tchèque et en Pologne par Bush, vendu à l’Europe pour soi-disant la protéger de missiles iraniens inexistants, exaspère Vladimir Poutine. Le général Nikolaï Solovtsov, commandant des RVSN, troupes balistiques russes, observe que ce prétendu "bouclier" fait des Tchèques et des Polonais des cibles potentielles en cas d’attaque contre la Russie. Les échanges verbaux entre Moscou et Washington sont saupoudrés du langage de la guerre froide.

Et maintenant, la nouvelle guerre froide se joue aux Amériques. Les manoeuvres russo-vénézuéliennes constituent la nouvelle manche de cette partie d’échecs mondiale. Poutine a proposé les mêmes manœuvres à Cuba, l’ancien état client de la Russie, en plus d’un don de millions de dollars d’aide à l’île frappée par les ouragans (Washington, de son côté, offrait des miettes). Mais jusqu’à présent, les Cubains, probablement refroidis par la crise des missiles de 1962 qui avait transformé ce "territoire libre des Amériques" en pion de la guerre froide, n’ont guère montré d’enthousiasme, c’est le moins qu’on puisse dire, pour les avances de la Russie.

La nouvelle guerre froide se différencie de l’ancienne de diverses façons.

Ce conflit n’est pas un bras de fer entre le communisme et le capitalisme, la Main Rouge qui s’insinuait sur la planète pour répandre une dictature du prolétariat athée jusqu’à l’Amérique de Norman Rockwell. Le communisme tel qu’on le connaît est mort, et à la fois la Russie et les Etats-Unis soutiennent le capitalisme sauvage. La nouvelle guerre froide consiste donc à déterminer lequel est le plus sauvage.

Pour correspondre à ce changement radical, le logo de cette nouvelle guerre froide ne serait plus la Main Rouge avec la faucille et le marteau, mais plutôt l’ours russe aguerri que l’ex-"monde libre" se croit obligé de dompter.

La nouvelle guerre froide, comme toutes les guerres qui seront menées au XXI° siècle, est une guerre pour les ressources naturelles.

Elles concernent bien plus les énergies fossiles que la surenchère nucléaire. Le Venezuela et la Russie sont des royaumes pétroliers et des oléocraties.

Le conflit en Géorgie a éclaté parce que la Mer Noire est l’endroit où circule le pétrole d’Asie Centrale, le nouveau filon.

Et comme pour toutes les guerres concernant les énergies fossiles, la question sous-jacente est le réchauffement climatique.

Même si la Russie et les Etats-Unis, s’affrontent dans les Caraïbes et dans le Caucase, les ours polaires (russes ? américains ?) parcourent près d’un millier de kilomètres à la nage à la recherche d’un bloc de glace pour y trouver refuge.

En fait, la nouvelle guerre froide pourrait bien être décrite comme une guerre contre le froid.

Par JOHN ROSS

John Ross is in Mexico City going mano a mano with "The Left-Hand of The Monstruo", the working title of his latest literary travesty to be published by Nation Books in 2009.

(John Ross est écrivain et journaliste. Il vit actuellement à Mexico)

Traduction Des Bassines et du Zèle blog.emceebeulogue.fr/
pour le Grand Soir
http://www.legrandsoir.info

Source de l’article original :
http://www.counterpunch.org/ross09222008.html

Titre original :
Flashbacks from My Red Diaper Youth
A New Cold War Comes to Latin America

Explication :
« Red Diaper Baby »
vendredi 4 avril 2003 par France-Isabelle LANGLOIS
http://www.alternatives.ca/article513.html

Red diaper babies
http://www.lewrockwell.com/stromberg/stromberg12.html

Notes annexes :

Dr. Milton Leof
http://www.editionsd.com/images/at03_geiger.pdf

Leonard Boudin, avocet, défenseur des droits de l’homme et du citoyen.
http://en.wikipedia.org/wiki/Leonard_Boudin

Paul Robeson
http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Robeson

Victor Rabinowitz
http://www.rabbireport.com/archives/2007/11/victor-rabinowitz-1911-2007.htm http://en.wikipedia.org/wiki/Victor_Rabinowitz

Isador Feinstein Stone
http://en.wikipedia.org/wiki/I._F._Stone

*Little Red School House & Elizabeth Irwin
http://lrei.org/whoweare/history_philosophy.html

*Weather Underground
http://fr.wikipedia.org/wiki/Weathermen

GUERRE FROIDE EN AMERIQUE DU SUD

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Analyses


13 octobre 2008

Guerre froide au Sud

KNEZEK Muriel

La gangrène des méthodes agressives et subversives étasuniennes en Amérique latine déclenche une poussée de réactions multilatérales des pays du continent brocardé. De concert, les Etats du Sud refusent désormais très clairement l’escalade de l’ingérence américaine sur leurs territoires et s’organisent contre sa domination. Une guerre de position et d’intimidation mutuelle s’installe et présage un renversement du postulat actuel.

La tension monte le long des côtes Caraïbes.

Après le stationnement temporaire au Venezuela, début septembre, de deux bombardiers TU-160 des forces aériennes russes, dans le but d’effectuer pendant quelques jours des vols d’entraînement au-dessus des eaux neutres, à la mi-novembre, la flotte russe s’avancera sur les frontières maritimes du Venezuela. A la demande du président Hugo Chavez, ces manœuvres stratégiques viennent répondre à la menace grandissante des Etats-Unis dans cette région.

En réaction aux débordements des pressions et agressions organisées par le gouvernement américain depuis bientôt 10 ans sur le continent latino-américain, Chavez – aujourd’hui directement visé – manifeste sa combativité et son pouvoir face aux Etats-Unis. Ce déploiement militaire, conjoint et officiel, entre le Venezuela et la Russie enclenche une nouvelle guerre froide du XXIe siècle qui se situe dorénavant entre l’Amérique du Nord et celle du Sud – puissance à part entière.

La cause réelle et sérieuse de cette démonstration de force vient comme une réplique à la vieille histoire de l’application de la doctrine Monroe, née en 1854. A cette époque, l’idée majeure consignait le principe d’une « Amérique américaine » qui perdure encore et toujours. Après avoir abandonné la peur d’une colonisation espagnole voire européenne du continent latino-américain au cours du XIXe siècle, les Etats Unis ont depuis appuyé leur théorie d’une Amérique latine leur revenant. Sous prétexte de bienveillance américaine, une véritable hégémonie sur l’hémisphère s’est ainsi établie, mettant en place dictatures et tutelles. Une façon d’asseoir clairement les droits des Etats-Unis sur ces territoires et d’intervenir dans les événements latino-américains en protégeant activement leurs intérêts continentaux.

La goutte d’eau

Cependant, il est temps pour Hugo Chavez de dire que « trop c’est trop ». L’Amérique du Sud ne sera plus l’arrière-cour des Etats-Unis et sa « balkanisation » n’aura pas lieu. Quant au principe « pitiyankee » de guerre préventive, l’Amérique latine le considère comme inacceptable. Cette réactivité vénézuélienne, ni gratuite ni paranoïaque, traduit plutôt un réflexe politique tactique vis-à-vis du danger d’ingérence nord-américaine flagrante et vérifiée.

Après les expériences désastreuses et meurtrières qui ont marqué l’histoire du continent au cours de ce XXe siècle – Colombie (1948-57, guerre civile et guérilla des Farc depuis 1960), Cuba (1961-62, crise des missiles et embargo), Equateur (1963-72, dictatures militaires), Bolivie (1964-82, dictatures militaires), Honduras (1972-83, gouvernements militaires), Argentine (1973-81, junte militaire), Chili (1973-88, dictature Pinochet), Nicaragua (1980-90, guerre anti-sandiniste), Salvador (1980-92, junte militaire), Grenade (1983, invasion américaine)… – le principe continue de se répéter.

Cette domination, qui s’exprime aujourd’hui non plus sous la forme de dictature directe mais sous couvert de coups d’état, d’embargos, d’espionnage, de sabotages, de subversion ou de sanctions, entretient un conflit à vif en permanence et met en danger la mouvance de gauche qui s’installe partout dans la zone Sud, et dont Chavez se fait le porte-parole.

Les derniers événements en date confirment la montée en puissance d’une activité américaine pernicieuse. Complices de cette déstabilisation, les groupes paramilitaires infiltrés, l’Usaid – l’agence américaine chargée du développement économique et de l’assistance humanitaire dans le monde –, le NED – l’association américaine dont l’objectif officiel est l’éducation et la formation vers la démocratie à travers le monde – font le travail. Sous couvert de non violence, mais finalement comme technique d’action politique qui peut être employée à n’importe quelle fin, l’Usaid – créée en 1961 par J.-F. Kennedy – et le Ned – créé en 1984 par Reagan – sont des paravents de la CIA qui les finance. Ainsi, sans soulever d’indignation internationale grâce à une vitrine idéologique, c’est à coup de millions de dollars que ces deux organisations commandites des formations politiques subversives, des paniques et des terreurs, des médiamensonges, des corruptions et infiltrations à l’intérieur des pays récalcitrants. Le Venezuela, la Bolivie, l’Equateur et le Mexique sont de ceux qui subissent actuellement et de plein fouet ces fourbes manipulations

L’Otan, qui s’intéresse à ce mécanisme bien huilé, voit en lui la façon d’organiser la résistance à tout mouvement s’opposant à son dictat. L’Albert Einstein Institution, qui préconise depuis les années 50 cette doctrine de résistance individuelle non-violente, s’est faite par exemple la bonne école de l’Otpor – organisation insurrectionnelle opposante au gouvernement serbe entre 1995-2000, qui finira par se transformer en mouvement d’extrême droite visant à la déstabilisation. La période des expériences des révolutions de couleurs à l’Est prend ainsi de l’expansion à travers ces méthodes, et s’exporte aujourd’hui sournoisement sur le continent latino-américain.

Crise

De par ces multiples façons, l’infiltration se veut insidieuse, dangereuse et encore efficace. Le 1er mars dernier, l’armée colombienne s’est permise d’éliminer Raul Reyes, n°2 des Farc, à l’intérieur du territoire équatorien. Cette agression sans foi ni loi a bien failli déclencher un conflit ouvert entre les deux pays, mais l’Equateur s’en est arrêté à rompre ses relations diplomatiques avec Bogota. Au mois de juillet, les Etats-Unis ont décidé de réactiver leur 4e flotte – mise en veille depuis 1958 – dans la mer des Caraïbes et de l’Atlantique sud avec l’intention de combattre le terrorisme, les activités illégales et d’envoyer un « message » au Venezuela et au reste de la région. Le 10 septembre, Evo Morales – président de la Bolivie – a sommé l’ambassadeur américain à La Paz de quitter le pays dans les 72 heures, accusé d’attiser les revendications autonomistes des cinq provinces les plus riches du pays et de conspirer contre la démocratie en tentant d’organiser l’éclatement de la Bolivie. Pour manifester son soutien à Evo Morales, le 11 septembre, Chavez a mis également un terme aux relations diplomatiques avec les Etats-Unis en annonçant l’expulsion de l’ambassadeur américain au Venezuela. « Allez au diable, Yankees de merde » s’autorisera Chavez, exaspéré par le culot permanant du gouvernement américain. Le ton de la crise et la réplique sont bel et bien donnés.

Au même moment, le 10 septembre à Caracas, 7 militaires vénézuéliens, soutenus par des filières extérieures, sont arrêtés pour complot putschiste contre Chavez, avec pour programme tentative de renversement et d’assassinat.

Les Etats-Unis, présentement affaiblis et discrédités, et déjà embourbés sur d’autres fronts au Moyen-Orient, se mettent dans une situation provocante risquée de ce côté du monde. Leur stratégie expansionniste de plus en plus hasardeuse s’expose à un retour de bâton inconfortable. « Détruire pour reconstruire » dans cette région ne semble plus faire partie des techniques incontestables que les Etats-Unis ont l’habitude de certifier et de mettre en œuvre. La résistance est implantée et la politique d’intégration du Sur – Sud – florissante (MercoSur, BancoSur, TeleSur, Alba…). L’intention latino-américaine est dirigée vers le développement économique et social et l’indépendance, non vers la guerre. Les Etats-Unis ne le souhaitent pas ainsi, mais pourtant il serait temps qu’ils se fassent une raison.

Muriel Knezek
journaliste

EXPERIENCES EN COURS AU VENEZUELA, EN EQUATEUR ET EN BOLIVIE.

Traits caractéristiques des expériences en cours au Venezuela, en Equateur et en Bolivie

TOUSSAINT Éric

En Amérique Latine, si l’on excepte Cuba, il y a en ce moment trois grandes catégories de gouvernements. En premier lieu, les gouvernements de droite, alliés de Washington, jouent un rôle actif dans la région et occupent une position stratégique : le gouvernement d’Alvaro Uribe en Colombie, Alan Garcia au Pérou et Felipe Calderon à Mexico. En deuxième lieu, les gouvernements prétendument « de gauche », qui poursuivent une politique néolibérale et soutiennent leurs bourgeoisies nationales ou régionales dans leurs projets : le Brésil, l’Uruguay, le Chili, le Nicaragua et aussi le gouvernement de Cristina Fernando Kirchner des péronistes argentins. Ce sont des gouvernements qui mènent une politique néolibérale favorable au grand capital teintée de quelques mesures d’assistance sociale. En effet, ils adoucissent un peu la pilule néolibérale en appliquant des programmes d’assistance. Par exemple, au Brésil, des familles pauvres reçoivent un peu d’aide du gouvernement, ce qui assure un appui populaire dans les régions les plus pauvres du pays.

Certains de ces gouvernements essaient d’améliorer leurs relations avec Washington, notamment en concluant des accords de libre échange avec les Etats-Unis. Le Chili en a signé un et Lula, au Brésil, cherche aussi un accord avec Washington autour d’une série de thèmes politiques. Mais en même temps, de fortes divergences d’opinion continuent à exister entre le gouvernement Lula et les Etats-Unis. Ces divergences concernent la défense des intérêts de la bourgeoisie brésilienne au niveau de l’agriculture et d’une série de secteurs industriels, en particulier les secteurs tournés vers les exportations qui n’acceptent pas le protectionnisme des Etats-Unis. Dans la troisième catégorie de pays se trouvent le Venezuela, la Bolivie et l’Equateur. Ils doivent compter avec une opposition active d’importants secteurs de la classe capitaliste locale et de Washington. Cuba forme à lui tout seul une quatrième catégorie.

L’importance des mobilisations populaires…

Insistons sur la troisième catégorie de pays : le Venezuela, la Bolivie et l’Equateur. Nous ne pouvons comprendre la politique de ces pays que si nous prenons en compte les très importantes mobilisations populaires qui jalonnent leur histoire récente. En Equateur, quatre présidents de droite ont été renvoyés à la maison entre 1997 et 2005 grâce à de grandes mobilisations de la population. En Bolivie, il y a eu une bataille importante contre la privatisation de l’eau en avril 2000 et à la fin de l’année 2004. Les mobilisations autour du gaz en octobre 2003 ont fait tomber et s’enfuir (vers les Etats-Unis) le président Gonzalo Sanchez de Lozada. Le Venezuela a connu dès 1989 d’importantes mobilisations qui inauguraient les grandes luttes sociales contre le Fonds monétaire international qui se sont développées à l’échelle planétaire dans les années 1990. Mais il y a encore eu plus spectaculaire avec les énormes mobilisations populaires du 12 avril 2002, manifestations spontanées de protestation contre le coup d’Etat pour renverser Hugo Chavez. Ces mobilisations ont eu directement pour effet le retour d’Hugo Chavez au palais présidentiel Miraflores le 13 avril 2002. Les grandes mobilisations populaires sont un facteur décisif dans l’existence et la survie des gouvernements au Venezuela, en Bolivie et en Equateur.

… et de l’adoption démocratique de constitutions nouvelles

Un deuxième point important est la révision de la Constitution. En 1999, durant le premier mandat de Hugo Chavez, une nouvelle Constitution démocratique a été adoptée par voie référendaire (elle avait été rédigée par une Assemblée constituante). Cette Constitution, toujours en vigueur aujourd’hui, a garanti davantage de droits culturels, économiques et sociaux à la majorité de la population. Elle a également instauré un mécanisme démocratique qui permet de révoquer à mi-mandat des élus à tous les niveaux (y compris le président de la République). L’adoption d’une nouvelle Constitution au Venezuela a inspiré ultérieurement les gouvernements de Bolivie et d’Equateur. La Bolivie a adopté une nouvelle Constitution en 2007 et, en Equateur, une Assemblée constituante élue en septembre 2007 est en train de rédiger un projet de nouvelle Constitution qui sera soumise à un référendum en septembre 2008. Ce sont effectivement des réformes profondes ! Ces changements politiques démocratiques en cours dans ces trois pays sont systématiquement passés sous silence dans la presse des pays les plus industrialisés et au-delà. Au contraire, une campagne de dénigrement est systématiquement orchestrée afin de présenter les chefs d’Etat de ces trois pays sous l’image repoussante de dirigeants populistes autoritaires.

Les expériences de ces trois pays andins, en terme d’adoption de nouvelles Constitutions, sont très riches. Elles devraient inspirer les peuples et les forces politiques des autres pays. Il suffit de comparer la situation en Europe avec l’absence de procédure démocratique en matière d’adoption du Traité constitutionnel. Bien sûr, les expériences en cours au Venezuela, de Bolivie et en Equateur sont aussi traversées par des contradictions et des limites importantes qu’il faut analyser. En Equateur, le processus de réforme en cours mobilise de larges couches de la population. Le président actuel, Rafael Correa, a été élu fin 2006 avec une grande majorité sans avoir un parti politique ou des parlementaires derrière lui. En dépit de la forte opposition de la droite et de tous les médias – en Equateur, il n’y a aucun canal public étatique de télévision et de radio –, Correa a gagné le referendum afin de convoquer une Assemblée constituante avec 82% des suffrages exprimés. Le mouvement politique que Correa a construit de manière improvisée dans le courant de 2007 a gagné plus de 70% des voix lors des élections à la Constituante. Si on y ajoute ses alliés, il bénéficie d’une majorité de plus de 80%. Il y a aujourd’hui en Equateur une Assemblée constituante à laquelle les mouvements sociaux sont invités de manière permanente, afin qu’on puisse mieux tenir compte de leurs propositions. De cette façon, la nouvelle Constitution pourrait être portée par une large majorité de la population. C’est donc un processus très ouvert et très intéressant. Nous connaîtrons le résultat final fin juillet quand le projet de nouvelle Constitution aura été adopté par l’Assemblée constituante afin d’être ensuite soumis aux électeurs fin septembre. Il est probable que le texte qui sera soumis aux suffrages sera critiquable sur plusieurs aspects (l’absence du concept de pluri-nationalité pour caractériser le pays –comme le demande les principales organisations indiennes-, l’absence du droit à l’avortement, l’absence d’interdiction des OGM).

En Bolivie, le processus de révision va de pair avec beaucoup plus de conflits. Le parti d’Evo Morales, le MAS, a bien gagné la majorité des parlementaires (55%), mais n’a pas la majorité des deux tiers. Cela complique la situation. Finalement, la nouvelle Constitution a été adoptée en décembre 2007 malgré les obstructions parfois violentes de la droite et des classes dominantes. Par la suite, la situation s’est polarisée à l’extrême à cause d’une mobilisation très agressive du camp réactionnaire. La droite est entrée en action avec une campagne raciste et la menace d’une séparation territoriale de la partie occidentale du pays où elle occupe une situation dominante. Cette agitation réactionnaire a réussi à empêcher jusqu’ici la tenue du referendum sur la nouvelle Constitution.

Retour au contrôle public sur les richesses naturelles

Un troisième point important : les gouvernements du Venezuela, de la Bolivie et de l’Equateur ont pris des mesures pour renforcer le secteur public et obtenir un contrôle des ressources naturelles. Au Venezuela, l’Etat a pris le contrôle de la grande compagnie pétrolière (PDVSA) qui, bien que publique, favorisait les intérêts privés et déclarait la plupart de ses revenus aux Etats-Unis. Cela ne s’est pas fait sans bataille et sans heurts. La classe capitaliste a organisé un coup d’Etat en avril 2002 suivi d’un lock-out qui a paralysé l’entreprise en décembre 2002-janvier 2003. Le Produit intérieur brut du Venezuela s’est effondré dans les premiers mois de 2003, mais finalement le gouvernement a repris la situation en main avec le soutien de la majorité du peuple. L’année dernière, l’Etat vénézuélien a aussi pu prendre en main le contrôle d’un important champ de pétrole, la falla del orinoco. Au Venezuela, les deux tiers du pétrole sont produits par l’Etat et un tiers par les grandes compagnies pétrolières. Mais aujourd’hui, le pétrole est exploité dans le cadre de nouveaux contrats négociés, où l’Etat décroche plus de revenus que précédemment. Il faut y ajouter d’autres nationalisations : la production et la distribution électrique, les télécoms (CANTV), la sidérurgie (SIDOR qui compte 15.000 travailleurs), le secteur du ciment, des entreprises de production alimentaire. Sans oublier la réforme agraire qui vise à donner la terre à ceux qui la travaillent. La Bolivie a nationalisé le pétrole et la production de gaz en 2006. Evo Morales a envoyé l’armée pour contrôler les champs pétroliers, mais les multinationales restent actives car ce sont elles qui extraient le pétrole et le gaz. L’Etat est bien propriétaire des richesses naturelles, mais ce sont les grandes multinationales qui exploitent le pétrole et le gaz. D’où l’importance stratégique des accords entre le Venezuela et la Bolivie qui permettront à la Bolivie de renforcer une compagnie pétrolière publique pour exploiter et raffiner elle-même le pétrole et le gaz. La Bolivie n’a pas de raffinerie, l’Equateur n’en a pas assez. La Bolivie et l’Equateur exportent du pétrole et importent du combustible et d’autres produits raffinés. Ici aussi, l’importance d’accords stratégiques entre le Venezuela, l’Equateur et la Bolivie pour renforcer l’autonomie de ces deux derniers pays. Ce que le Venezuela, la Bolivie et l’Equateur ont de commun avec la deuxième catégorie de pays (le Brésil, l’Uruguay, le Chili, l’Argentine), c’est une certaine politique de programmes d’assistance publique. Il ne s’agit pas de rejeter purement et simplement ces mesures, mais il faut absolument promouvoir la création des postes de travail, augmenter fortement les salaires, garantir davantage de droits sociaux et économiques pour les salariés, les paysans, les artisans, les vendeurs de rue, les retraités et autres allocataires sociaux. Le Venezuela et la Bolivie ont avancé dans cette direction mais il y a encore beaucoup de chemin à faire.

Equateur : Correa suspendra-t-il le paiement d’une partie de la dette ?

L’Equateur a pris une importante initiative concernant la dette publique. Rafael Correa a créé, en juillet 2007, la Commission d’audit intégral de la dette publique interne et externe (CAIC). C’est une commission composée de douze membres des mouvements sociaux et d’ONG d’Equateur, six membres de campagnes internationales pour l’annulation de la dette du Tiers-Monde (je fais partie de cette commission en tant que représentant du CADTM) et quatre délégués de l’Etat (le Ministère des Finances, la Cour des Comptes, la Commission anti-corruption et le parquet général). Ce qui est intéressant, c’est qu’on ne parle pas ici de représentants de la société civile (ce qui inclut les associations patronales par exemple), mais bien de délégués des mouvements sociaux, comme le mouvement indigène (la CONAIE) et d’autres mouvements sociaux radicaux d’Equateur. L’idée de Correa et d’un secteur de son gouvernement est d’essayer de ne pas rembourser une partie importante de la dette publique. Si Correa réussit dans son intention, cela signifie une confrontation directe avec sa propre bourgeoisie nationale, parce que c’est la bourgeoisie équatorienne qui tire le plus grand profit du remboursement de la charge de la dette publique. Cela signifie également une confrontation avec les marchés financiers internationaux et avec la Banque mondiale. La droite du gouvernement et les grands groupes financiers, sans compter la Banque mondiale et les capitales des pays les plus industrialisés, exercent une forte pression pour convaincre le gouvernement de Correa de ne rien faire. Celui-ci devrait prendre une décision mi-juillet 2008 lorsque la CAIC remettra son rapport. Rien n’est garanti et il est possible que Correa décidera d’éviter l’affrontement.

Stratégie des Etats-Unis et des capitalistes locaux : confrontation et séparation

La stratégie des Etats-Unis et de la classe capitaliste locale est clairement axée sur la confrontation : le coup d’Etat contre Chavez en 2002, le lock-out patronal de décembre 2002-janvier 2003, la campagne des médias en Bolivie, en Equateur et au Venezuela contre le gouvernement. Mais le thème fondamental est une nouvelle stratégie de partage du pays. La classe capitaliste de Bolivie organise la séparation de la partie occidentale du pays. Ils appellent cela Media Luna avec Santa Cruz comme centre économique important. Les grands propriétaires terriens, les patrons d’entreprises d’exportation (notamment le soja transgénique) incitent la population à proclamer l’indépendance vis-à-vis de l’Etat national. Ils recourent à des actes racistes de manière régulière. Il faut dire clairement que la population de cette région riche ne constitue pas une nation qui aurait le droit à l’autodétermination. Le gouvernement répond à la droite qu’il est prêt à accorder une autonomie plus grande des régions mais pas la séparation, et dans ce cas-ci il a raison. En Equateur, le centre économique se trouve à Guayaquil sur la côte pacifique, tandis que Quito – qui est aussi importante économiquement – est la capitale politique située à 2800 mètres d’altitude dans la cordillère des Andes. La classe capitaliste de Guayaquil veut proclamer son indépendance sous la direction du maire local de droite. Au Venezuela, le gouverneur de l’Etat occidental de Zulia (qui a une frontière commune avec la Colombie) brandit la menace d’une séparation. Ceci constitue sans aucun doute une stratégie continentale consciente de Washington, qui essaie de soutenir la bourgeoisie capitaliste locale dans un processus de scission des pays qui vivent des expériences de gauche. Cela rappelle la politique de la Belgique, des Etats-Unis et d’autres puissances à l’égard de la province du Katanga en République démocratique du Congo. Rappelons-nous que les capitales occidentales avaient soutenu le séparatisme du Katanga contre le premier ministre Patrice Lumumba. Quand le dictateur pro occidental Mobutu a pris le pouvoir (après l’assassinat de Lumumba amené de force au Katanga et livré à ses pires ennemis), les grandes puissances ont abandonné le soutien aux séparatistes… Cela me semble un thème important, parce que certains au sein de la gauche considèrent ce partage des pays comme l’expression automatique du droit des peuples à l’autodétermination. Dans le cas de la Bolivie, c’est manifestement la réaction de la bourgeoisie capitaliste locale contre les droits de la majorité indienne de la nation. Par-dessus le marché, ils manient souvent un langage de droite raciste. Le maire de Santa Cruz, Percy Fernández, a déclaré le 9 décembre 2007 en commentant l’adoption par l’Assemblée constituante du projet de nouvelle Constitution : « Dans ce pays, bientôt, il faudra se peindre et se mettre des plumes pour exister ! » . Depuis lors, des ratonnades ont été organisées par ses partisans contre les Indiens qui constituent, faut-il le rappeler, la majorité de la population du pays et sont victimes depuis plus de cinq siècles de la domination exercée par l’Europe puis par ses descendants. La stratégie de Washington et de certaines capitales européennes comprend encore un autre aspect. Il s’agit du différend entre la multinationale ExxonMobil et la compagnie pétrolière nationalisée du Venezuela PDVSA, le différend entre Occidental Petroleum des Etats-Unis et PetroEcuador qui est une entreprise publique en Equateur, le conflit entre Telecom Italia et la Bolivie, etc. De grandes multinationales (sans oublier Petrobras du Brésil) s’opposent aux décisions des trois gouvernements de gauche de restaurer le contrôle public sur les richesses naturelles. Ces multinationales utilisent le tribunal de la Banque mondiale (le CIRDI, Centre international de règlement des différends liés à l’investissement) pour résoudre les différends concernant des investissements. Ils ont aussi recours à des tribunaux de commerce, comme le tribunal de commerce de Londres, d’Amsterdam ou de New York. Un conflit en matière de contrat risque d’éclater dans les mois qui viennent entre deux gouvernements latino-américains. En effet, le nouveau président du Paraguay qui prendra ses fonctions en août 2008, Fernando Lugo, a déclaré qu’il remettait en cause le contrat léonin imposé par le Brésil à son pays, du temps où les deux pays vivaient sous des dictatures militaires (le contrat Itaipu remonte à 1973). Effectivement, à l’heure où le prix de l’énergie augmente très fortement, le Brésil paie un prix ridicule pour l’électricité produite au Paraguay . Le Paraguay et le Brésil pèsent un poids économique totalement différent et le Paraguay a tout à fait raison s’il demande la révision du contrat ou son abrogation. Ce type de situation conflictuelle met en évidence la nécessité pour les pays d’Amérique latine de sortir du CIRDI, ce qu’a fait la Bolivie, et de créer un organisme latino-américain pour régler les litiges qui surgissent entre des Etats et des multinationales (qu’elles soient du Nord ou du Sud) ou qui opposent des Etats latino-américains les uns aux autres. Bien sûr, dans ce dernier cas, il faut d’abord chercher un accord bilatéral avant d’avoir recours à un organisme multilatéral.

Les Traités de commerce entre les peuples

En opposition aux traités de libre commerce que signent certains pays d’Amérique latine avec les Etats-Unis ou l’Union européenne, les nouveaux accords qui ont été passés entre les gouvernements du Venezuela, de la Bolivie et de Cuba méritent d’être soulignés. Citons par exemple les 20.000 médecins cubains qui vont travailler volontairement au Venezuela pour fournir une médecine gratuite, en priorité dans les quartiers pauvres, ou les 40.000 opérations de la cataracte ou d’autres problèmes de la vue dont ont bénéficié gratuitement des citoyens vénézuéliens dans des hôpitaux cubains. En échange, principalement sous forme de troc, le Venezuela fournit du pétrole à Cuba. Le même type d’accords s’applique entre le Venezuela et la Bolivie.

En conclusion, les expériences en cours dans ces pays sont très différentes de l’image caricaturale et négative qu’en donne la majorité des medias. Les processus en cours sont complexes et parfois contradictoires, des reflux sont possibles, même probables, les gouvernements n’iront peut-être pas assez loin dans les transformations politiques et sociales favorables au peuple. La déstabilisation orchestrée par les classes dominantes locales et Washington peut réussir à infléchir le processus en cours. Avec l’agression de la Colombie contre l’Equateur en mars 2002, on voit bien que Bogota et Washington sont prêts à utiliser l’arme de la guerre contre les régimes de Quito et de Caracas. Une des dimensions marquantes qui n’ont pas pu être abordées ici, c’est la faiblesse du contrôle des producteurs sur l’ensemble du processus de production (ce qu’on appelle, dans la tradition du mouvement ouvrier, le contrôle ouvrier et l’autogestion).

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LE TRAVAIL SILENCIEUX DE LA CIA EN BOLIVIE ET AU VENEZUELA

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Le travail silencieux de la CIA en Bolivie et au Venezuela

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Le gouvernement des Etats- Unis a presque mis au point une méthode d'ingérence qui parvient à pénétrer et infiltrer tous les secteurs de la société civile dans un pays présentant des intérets économiques et stratégiques. Dans le cas du Venezuela,cette stratégie commence à prendre forme en 2002 avec l'augmentation du financement de secteurs de l'opposition à travers le National Endowment for Democracy (NED) et l'ouverture d'un bureau de transition (OTI) de l'USAID à Caracas.

Ces efforts réussirent à ce moment à consolider un mouvement d'opposition,qui malgré l'échec du coup d'état,parvint à causer de sévères dégats à l'industrie du pétrole et à l'économie nationale au travers d'un sabotage économique et une grève des gérants et chefs d'entreprises.

Après une division dans l'opposition,la stratégie a réorienté sa ligne principale vers les communautés à bas revenus,les secteurs chavistes,la communication et les besoins à l'intérieur du pays.
L'ambassade US à Caracas a ouvert une série de" consulats satellites" (American Corners)dans cinq états du pays,réussissant -sans l'autorisation du Ministère des Relations Extérieures - à avoir une présence officielle dans des régions importantes pour la vision énergétique de Washington.
Ces Etats: Anzoategui,Bolivar,Lara,Monagas y Nueva Esparta (Margarita) sont riches en pétrole,minéraux et autres ressources naturelles dont les EU chechent le controle.

Ces bases US trouvèrent une place dans des associations d'avocats et mairies municipales de l'opposition et continuèrent à fonctionner comme centre de propagande et conspiration contre la révolution bolivarienne.
Le travail de USAID et son OTI au Venezuela a contribué à approfondir la subversion contre- révolutionnaire dans le pays.
Jusqu'à juin 2007 plus de 360 "bourses" ont été accordées a des organisations sociales,partis politiques,communautés et projets politiques au Venezuela à travers la DAI,société sous contrat USAID qui a ouvert un siège au secteur El Rosal de Caracas en juin 2002.
Depuis le centre de Caracas,la DAI/ USAID a donné plus de 11.575.509,00$ à ces 360 groupes et projets au Venezuela sous le programme "Venezuela:Initiatives pour la Construction de la Confiance" (VICC) . La majorité des programmes financés par la DAI visent (selon leurs matières) "le dialogue politique,le débat public,la participation citoyenne et l'entrainement et mise en place de leaders démocratiques".
Les organisations financées et participantes comprennent: Sumate,Primero Justicia=Justice d'abord,Un nuevo Tiempo,la Mairie de Chacao,Liderazgo y Vision,Los del Medio,Convive,Transparencia Internacional,Institut Presse et Société,Queremos elegir=Nous Voulons Choisir,L'Université Métropolitaine et d'autres groupes liés à l'opposition.
L'USAID/ OTI finance également les partis politiques d'opposition comme Primero Justicia,un Nuevo Tiempo,Action Démocratique,COPEI,MAS entre autres à travers les ramifications internationales des partis US : l'Institut Républicain International (IRI) et l'Institut Démocratique National (NDI).
Depuis 2002, plus de 7 millions de $ ont été investis en assistance technique à ces partis d'opposition au Vénézuela de la part de USAID avec l'IRI et NDI.

Les soi-disant " défenseurs des Droits Humains" au Venezuela ou ONG (organisations non-gouvernementales) reçoivent la grande partie de leur financement via la "Freedom House" autre sous -traitante de l'USAID-OTI au Venezuela. Freedom House a sponsorisé,couvert des événements comme les "menaces à la liberté d'expression du XXI° siècle", avec la participation de Marcel Granier, Président du canal télévision putschiste RCTV, en collaboration avec Karen Hughes,la sous-secrétaire du Département d'Etat pour la Diplomatie Publique et les Affaires Publiques qui supervise la Voix de l'Amérique et d'autres médias de propagande de Washington.
Freedom House finance également des institutions comme le Centre International pour le Conflit Non-Violent (ICNVC) qui enseigne les techniques de la "résistance" de Gene Sharp et ont formé des mouvements de jeunes et étudiants en Serbie,Ukraine,Géorgie,Biélorussie et Venezuela. Son président de 2003-2005 fut James Woolsey,ex directeur de la CIA et son actuel président,Peter Ackerman est un banquier multimillionnaire qui a sponsorisé les "changements de régime" en Serbie,Ukraine et Géorgieà travers l'Institut Albert Einstein et son ICNCV. Le fils d'Ackerman a participé au massacre du peuple irakien à Fallujah.

Le dernier sous-traitant de l'USAID au Venezuela est la Fondation du Développement Pan Américain (PADF) dont la mission est d'appuyer la société civile.
La PADF a accordé 937.079.00 $ à 14 ONG vénézueliennes depuis fin 2006. Pour l'instant les noms de ces groupes sont inconnus.

Les dernières informations publiques de l'USAID dénotent qu'en aout 2007, ils organisèrent une conférence rassemblant 50 maires de tout le pays pour traiter du thème de la "décentralisation" et des "réseaux populaires". Ce thème est tres semblable au projet développé actuellement par Léopold Lopez,maire d'opposition de Chacao.
Le programme USAID-OTI au Venezuela s'engage à continuer ses efforts pour "renforcer la société civile et les partis politiques", "promouvoir la décentralisation et les conseils municipaux" et "entrainer les défenseurs des droits humains".
Le Congrès US a déjà approuvé 3,6 millions de dollars pour le bureau du Venezuela en 2007/2008 , ce qui indique que cette subversion ira en croissant et menaçant la révolution bolivarienne.

Bolivie

Mais le Venezuela n'est pas la seule cible de la subversion et de l'ingérence américaines au travers de l'USAID et ses millions de dollars en financement à des mouvements d'opposition.
En mars 2004,l'USAID a ouvert un autre Bureau d'Initiatives de Transition (OTI) en Bolivie pour soi-disant aider à "réduire les tensions en zones de conflits sociaux et appuyer le pays avec la préparation d'événements électoraux".
Dans ce cas ,l'USAID engagea l'entreprise américaine Casals & Associates,Inc (C& A) pour gérer les 3,3 millions de dollars accordés à 379 organisations,partis politiques et projets en Bolivie.
C & A joue le rôle en Bolivie de la DAI au Venezuela,et autant que la DAI, C& A est une entreprise avec d'importants contrats avec le Département de la Défense,l'Armée US,le Département de l'Energie, Broadcasting Board of Governance,la Voix de l'Amerique,le Bureau des Transmissions ( de propagande) à Cuba,le Département de Sécurité Intérieure,le Département d'Etat et bien plus encore.
Jusqu'à ce jour, C & A a oeuvré en exécutant des programmes interventionnistes issus des différentes agences de Washington et ce dans plus de 40 pays dont l'Albanie, Arménie,Bolivie,Colombie,,République Dominicaine,Salvador,Guatemala,Madagascar,Malawi,Mexique,Nicaragua,Panama et Paraguay.

En Bolivie,l`USAID-ATI a concentré ses efforts pour combattre et influencer l`Assemblee Constituante et le séparatisme des régions riches en ressources naturelles comme Santa Cruz et Cochabamba. La grande partie des 13,3 millions de dollars a été donnée a des organisations et programmes travaillant a "renforcer les gouvernements régionaux dans l`intention d`affaiblir le gouvernement national d`Evo Morales"; "créer des liens entre les groupes indigènes et les structures démocratiques" ; "offrir des opportunites économiques et de développement communautaire" ; "éducation civique pour leaders émergents" et "diffusion d`information". Les nobles thèmes de ces programmes indiquent que Washington cherche a miner le pouvoir national d`Evo Morales en Bolivie, pénétrer et infiltrer les communautes indigènes majoritaires dans le pays, promouvoir le modèle capitaliste et influencer les moyens de communication par une propagande pro-américaine,pro-capitaliste et anti-socialiste.
Le programme de l`USAID-OTI en Bolivie appuie ouvertement l`autonomie de certaines régions comme Santa Cruz,Beni,Pando et Tarija pour la promotion du séparatisme et la déstabilisation du pays et du gouvernement d`Evo Morales.
Le National Endowment for Democracy (NED) autre organe financier de Washington qui assure la subversion et l`ingérence dans plus de 70 pays du monde dont le Venezuela, finance des groupes dans des régions comme Santa Cruz en faveur du séparatisme. L`actuel ambassadeur US en Bolivie, Philip Goldberg, est expert en séparatisme, ayant été chef de mission en ex-Yougoslavie qui fut divisée en deux pays : la Bosnie et la Serbie, avec "l`aide américaine".
Le gouvernement d`Evo Morales a déjà dénoncé publiquement cette subversion via l`USAID en Bolivie, en prévenant le gouvernement des USA qu`il devait obéir aux lois du pays ou opter pour s`en aller. "La porte est ouverte" a déclaré le porte parole du gouvernement bolivien ces jours-ci, faisant référence à l`ingérence US dans son pays.

Néanmoins, Washington ne s`en ira pas facilement. Ce réseau d`ingérence et de subversion ne sera pas facile à éradiquer. Le président Chavez a proposé dans sa réforme constitutionnelle ,un changement de l`article 67 qui inclus une interdiction de financement à des fins politiques et aux campagnes politiques de la part d`entitès publiques ou privées de l`étranger.
Il est essentiel de définir le concept "buts politiques" car dans de nombreux cas,les ONG et groupes défendant les droits humains refusent d`être classés à "buts politiques". Mais nul ne peut nier que les droits humains sont un thème fondamentalement politique et c`est le terrain où se cache aujourd`hui la subversion de Washington utilisant les ONG comme bouclier.
Il apparait clairement la nécéssité urgente de développer des stratégies pour empêcher cette subversion au Vénézuela,Bolivie et dans tous les pays frères aujourd`hui sous le joug de l`empire et qui luttent pour exprimer leur propre volonté et souveraineté.

Eva Golinger est avocate et chercheuse dans le domaine de l`ingérence US au Venezuela et en Amérique latine.
Auteur du "Code Chavez" dénoncant l`intervention US au Vénézuela. Préface de Michel Collon

Ce livre est disponible via la page d'accueil de notre site:
http://www.michelcollon.info

MENACE CONTRE LA DEMOCRACIE EN AMERIQUE LATINE

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Menace contre la démocratie en Amérique latine (appel collectif)

BENN Tony, PILGER John, PINTER Harold

Le 10 septembre, le président de la Bolivie Evo Morales a déclaré l’ambassadeur des Etats-Unis persona non grata. Le 11 Septembre (35eme anniversaire de coup d’état militaire contre Salvador Allende au Chili) le président du Venezuela a demandé à l’ambassadeur US de quitter le pays. Le président Hugo Chavez croyait à la possibilité d’un coup d’état imminent dans lequel l’administration US était impliquée. Le président Morales pensait que son gouvernement était sous la menace d’une grave déstabilisation fomentée aussi par les Etats-Unis. Un troisième pays, le Paraguay, avait annoncé 10 jours auparavant qu’il avait repéré une conspiration impliquant des officiers et des politiciens de l’opposition.

L’Amérique latine fait actuellement face à une de ses plus graves crises depuis la restauration de la démocratie à la fin du 20eme siècle. Le complot contre la démocratie au Venezuela via une conspiration, révélée par des conversations téléphoniques entre officiers militaires de haut rang et diffusées à la télévision nationale, visait à faire assassiner le chef de l’état démocratiquement élu. En Bolivie, les préfets séparatistes de cinq provinces de l’est et du sud ont entamé une campagne de violence et de sabotage économique destinée à déstabiliser le régime démocratique.

Ces événements démontrent sans équivoque qui sont ceux qui défendent la démocratie et qui sont ceux qui la menacent aujourd’hui. Nous sommes scandalisés devant l’échec d’une bonne partie des médias internationaux à fournir une information précise et fiable sur ces événements. Tous les démocrates doivent se rassembler pour défendre la démocratie en Amérique latine.

Signé : Harold Pinter, John Pilger, Tony Benn, Ken Loach, Jean Lambert MEP, Ian Gibson MP, Kelvin Hopkins MP, Billy Hayes, General secretary, CWU, Bill Greenshields

http://www.guardian.co.uk/world/200...

Traduction VD pour le Grand Soir
http://www.legrandsoir.info

LES PLANS DE BUSH AVANT DE QUITTER LA MAISON BLANCHE

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Les plans de Bush avant de quitter la Maison Blanche

Politique de la terre brûlée

Ismael León Arias Envoyer à un(e) ami(e) Imprimer

Le jour où l’on commémorait les 35 ans du coup d’état au Chili et les 7 ans de l’effondrement des tours jumelles de New York, deux ambassadeurs de Georges Bush étaient expulsés d’Amérique Latine. Le premier par Evo Morales et le second 48 heures plus tard par Hugo Chavez.
Le deux gouvernants ont tenté de cette façon de mettre fin aux quasi-évidentes conspirations nord-américaines, qui ne semblent pas s’arrêter là.
Tout indique que Christina Kirchner, d’Argentine, le paraguayen Fernando Lugo, Rafael Correa, d’Equateur, et Daniel Ortega, du Nicaragua, sont aussi dans la ligne de mire.

Lima, 12 septembre 2008


Dans une réaction rapide et simultanée, Madame Kirchner et Luis Inacio da Silva, du Brésil, ont apporté leur soutien au gouvernement de Morales face à la grave crise politique qu’il doit affronter. Ils ont de plus annoncé l’envoi prochain de leurs ministres des Affaires Etrangères à La Paz, « pour collaborer au rétablissement de l’ordre public ». Quelques heures auparavant la présidente argentine avait analysé la crise avec sa voisine chilienne, Michelle Bachellet, pendant que Lugo, depuis Asuncion, apportait lui aussi son soutien à Evo Morales.

De manière surprenante, en milieu de journée ce vendredi 12, Correa a atterri à Lima, a exprimé son total engagement auprès de La Paz, a soutenu l’expulsion de l’ambassadeur nord-américain, a condamné les putschistes de l’Altiplano et, sans le vouloir, a neutralisé Garcia Perez, habituellement si bavard et, de façon suspecte, silencieux et absent ces derniers jours.


La goutte qui fait déborder le vase
L’ambassadeur nord-américain expulsé de Bolivie, Philip Goldberg, avait déjà été averti par Morales, de même que la secrétaire d’Etat, Condoleeza Rice. Arrogant et insolent, le diplomate a confirmé son caractère séditieux, écopant de l’inévitable « carton rouge » avec la déclaration de « persona non grata », décision nuancée par le désir exprimé par le ministre des Affaires Etrangères David Choquehuance de maintenir les relations bilatérales. Golberg a été surpris dans des réunions suspectes avec les préfets d’opposition Ruben Costas, Leopoldo Fernandez et Savina Cuellar, de Santa Cruz, Pando et Chuquisaca, et aussi avec Branco Marincovik, président du Comité Civique de Santa Cruz, un fasciste et fier de l’être. Le jeudi le complot a monté d’un cran avec l’assassinat de 8 paysans dans le Beni et la ratonnade de 20 autres, crimes commis pour déclencher une guerre civile prétexte au séparatisme, comme dans les Balkans. Actuellement l’état de siège règne là-bas, déclaré « de légitime défense » par un gouvernement populaire mais harcelé.
La charge est venue de toutes parts. La semaine précédent le 11 septembre, à Tarija, un autre groupe terroriste a commis un attentat contre le gazoduc en provenance du Brésil, provoquant des dégâts pour 8 millions de dollars à l’économie bolivienne. Jusqu’à ce moment-là le président insistait encore pour exiger un dialogue avec ses adversaires, qui de leur côté semblaient plutôt attendre des signes de l’extérieur.

Durant ces mêmes journées, le quotidien « O Estado de Sao Paulo » livra la nouvelle inquiétante selon laquelle l’attentat fut commis sous l’indifférence des officiels boliviens, qui ont ordonné aux militaires de ne pas intervenir. Ceci expliquerait l’attitude patiente de Morales, extrêmement prudent avec des forces armées peu fiables.

Durant la nuit du jeudi 11, le gouvernement a suspendu les écoles, tandis qu’à Santa Cruz la classe moyenne se jetait sur les supermarchés, suite aux rumeurs de déstabilisation. Quasi à la fin de la journée, la Conférence Episcopale Bolivienne, par la voix de l’évêque Jesus Suarez, a demandé de la retenue aux auteurs de violences, ce qui ne semble pas être dans ses habitudes.
Arrivent les Russes

Le jeudi 11, Chavez a également mis hors-jeu le représentant nord-américain à Caracas, Patrick Duddy, à qui il a donné 72 heures pour quitter le pays, en solidarité avec le gouvernement de Morales. Jetant de l’huile sur le feu, le commandant a déclaré à la presse mondiale que si les choses devaient devenir difficiles pour le bolivien, « si ils le renversent ou le tuent, ils nous donneraient le feu vert pour envoyer des armes à tout mouvement (de résistance) ».

Il apparaît que l’ambassadeur de Bush glissait aussi une peau de banane sous Chavez. La nuit de mercredi- dans le programme « La Hojilla », émis par la Venezolana de Television- on a transmis les enregistrements de militaires actifs et à la retraite, qui discutaient de possibilités pour commettre un coup d’Etat et assassiner le président. De nouveau les regards se sont tournés vers le Nord et ont visé l’appui que de là-bas on offre aux putschistes de tout acabit, chose que le commandant a eu à subir en 2002.

Comme pour confirmer cela, le « Zar » antidrogue nord-américain, durant une présentation en Europe, a pratiquement accusé Hugo Chavez d’être laxiste avec le narcotrafic, une accusation si grave qu’elle justifierait à elle seule un coup d’Etat en règle, que personne ne pourrait condamner face à un tel argument.
Et comme Chavez ne souhaite pas subir le même sort que Sadam Hussein, un jour avant il a fait savoir au monde l’arrivée au Venezuela de 2 avions stratégiques russes, des bombardiers TU-160, qui se préparent pour des manœuvres conjointes avec la marine vénézuélienne. Il a défendu le droit à l’entraînement et à la souveraineté défensive et a confirmé la possibilité qu’une flotte de la Fédération de Russie rejoigne bientôt les eaux vénézuéliennes et participe à des exercices avec ses homologues nationaux.

Voilà où nous en sommes en Amérique Latine, à quelques mois de la sortie de Georges Bush de la Maison Blanche par la petite porte.

Source: http://columnadeleon.wordpress.com

AMERIQUE DU SUD, PROCHAINE GUERRE DES USA ?



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La guerre froide du XXIème siècle

Eva Golinger Envoyer à un(e) ami(e) Imprimer

Qui aurait pu imaginer qu’en 2008 la Russie aurait une présence militaire dans les eaux des Caraïbes, que les pays latino-américains seraient en situation de confrontation hostile avec les Etats-Unis d’Amérique et que la société humaine serait dans une course contre la montre pour savoir qui, des tempêtes naturelles ou de celles déclenchées par la guerre, détruiraient le plus vite la planète ?
L'auteur donnera une conférence à Paris mardi 23 septembre (voir en bas de l'article Septembre 2008

Car peu de temps après la confrontation tendue entre la Russie et les Etats-Unis à propos de la situation en Géorgie, les avions TU-160, des bombardiers russes, sont arrivés en territoire vénézuélien pour des manœuvres militaires conjointes avec les Forces Armées Boliviennes.
La réaction publique de Washington fut cynique : le porte-parole du Département d’Etat a déclaré que les Etats-Unis étaient prêts à escorter les avions TU-160 pour leur retour en Russie s’ils ne partaient pas au moment prévu- mais au Pentagone on activait les codes secrets pour préparer la défense et la puissance militaire dont les Etats-Unis disposent dans la région.
A ce propos, il n’y avait pas de raison d’escorter les avions russes chez eux, puisqu’ils étaient déjà partis le 18 septembre, mais rapidement était arrivée une flotte russe avec d’autres avions de combat, qui participaient à des manœuvres militaires avec l’armée bolivienne.
L’invitation du Venezuela à la Russie d’amener un petit échantillon de ses forces dans cet hémisphère n’est ni exagérée ni réactionnaire.
Depuis 2006, Washington a augmenté sa présence militaire en Amérique Latine, surtout dans les bases de Colombie, de la région andine et des Caraïbes. Curieusement, la base qui a maintenu le plus de présence et d’investissement étasunien ces dernières années est sur la petite île de Curazao, à quelques kilomètres des côtes vénézuéliennes. Washington a ouvert sa base aérienne à l’aéroport international de Hato, à Curazao, en 1999, avec une série d’autres bases, dans l’île voisine de Aruba, au Salvador et à Manta, en Equateur. Ces bases, appelées FOLS ( Foward Operating Locations) étaient en principe la réponse à la fermeture de la base Howard, au Panama, pour que Washington puisse continuer sa lutte contre les narcotrafiquants de la région. Ils ont justifié le nombre de bases en disant que c’en étaient des petites, opérationnelles et dans des lieux plus éloignés, pour pouvoir couvrir un plus grand territoire avec les satellites et la surveillance aérienne (espionnage etc…). Washington a signé des contrats de 10 ans pour installer les FOLS dans les différents pays et îles.
Quand Rafael Correa a gagné la présidence en Equateur en 2006, il a annoncé que son gouvernement ne renouvellerait pas le contrat pour maintenir la base de Washington à Manta. Cela a provoqué une réaction sévère du Pentagone, qui a commencé à activer les plans de déstabilisation en Equateur contre le gouvernement de Correa , tout en déplaçant les forces militaires dans d’autres endroits. Logiquement, elles ont été déplacées en Colombie et dans les Caraïbes.

Les navires de guerre, les porte-avions et les sous-marins nucléaires étasuniens et des pays de l’Otan qui ont croisé dans les eaux des Caraïbes durant la dernière année et demi ont de loin dépassé le nombre de ceux qui sont passés par ces eaux durant les dix dernières années.
En 2006 et 2007, Washington déclarait que sa présence militaire accrue dans la région, notable mais non prévue, était simplement due à la participation à des exercices militaires de routine. Mais en 2008 ce qui était seulement des exercices s’est mué en de véritables simulations de guerre.
En février 2008, le Pentagone a lancé l’Opération « Enduring Freedom Caraïbe- Amérique Centrale », envoyant un bataillon de forces spéciales sur zone pour répondre aux menaces terroristes potentielles de l’hémisphère. Dans le même temps, le gouvernement de George W. Bush a annoncé qu’il étudiait l’idée de mettre le Venezuela sur la liste des états terroristes, ce qui impliquerait l’application de la doctrine de la guerre préventive inventée par ce même gouvernement.
Quelques mois plus tard, en juillet 2008, la Pentagone a annoncé l’activation de la quatrième flotte de l’armée des USA, qui n’avait plus été activée depuis la seconde guerre mondiale. Pour quelle raison Washington a-t-il activé une force militaire qui était restée en réserve depuis 60 ans ?

Les méthodes étasuniennes, faites de coups d’états, de sabotage économique, de guerre psychologique, d’intervention dans les élections, de déstabilisation et de subversion dans la société civile, etc., ont échoué, dans la région.
Depuis la première élection de Chavez il y a dix ans, l’Amérique Latine a quasiment complètement basculé à gauche et, en plus d’avoir aujourd’hui des présidents dignes, forts et souverains, comme Chavez, Correa, Evo et Christina, la politique extérieure du Venezuela a réalisé un niveau d’intégration et de souveraineté latino-américaine jamais vue auparavant dans l’Histoire.

Les gouvernements actuels d’Amérique Latine ne se mettent plus à genoux devant leur ex-maître du Nord. Lorsque les représentants diplomatiques de Washington en Bolivie ont fait preuve d’ingérence et de provocation sans arrêt, le gouvernement d’Evo Morales les a expulsés.
Le Venezuela a fait de même ensuite. Ce n’était pas pour autant un caprice. Les preuves de la participation de Philip Goldberg à des plans violents, séparatistes et déstabilisateurs en Bolivie étaient nombreuses et incontestables.
Au Venezuela, l’ambassade des Etats-Unis a été le centre de financement de l’opposition, de conseil et d’entraînement des mouvements déstabilisateurs et anti-démocratique du pays, et en plusieurs occasions des membres de ce corps diplomatique ont été surpris en train d’infiltrer et d’espionner les forces armées vénézuéliennes.
Par conséquent, les réactions de la Bolivie et du Venezuela de ne pas permettre davantage cette ingérence insolente étaient justifiées.

Les Etats-Unis d’Amérique ont perdu leur domination et leur contrôle sur la région, une zone qu’ils appelaient autrefois leur
« arrière-cour ». Cette perte est un coup sévère pour l’empire du nord. En plus du coup porté à son orgueil de superpuissance, l’indépendance latino-américaine remet en question la livraison et la garantie d’accès aux ressources naturelles nécessaires pour l’existence même du modèle étasunien.
A ne plus pouvoir contrôler les réserves pétrolières du Venezuela et les économies des pays d’Amérique du Sud, les Etats-Unis entreront dans une crise financière et sociale très grave, bien plus grave que celles qu’ils ont déjà connues. En conséquence, Washington réagit avec son arme la plus puissante, sa puissance militaire, qui est la plus grande du monde entier.

Depuis la crise des missiles entre Cuba, Washington et l’Union Soviétique (Cuban Missile Crisis) en 1962, on n’a plus vu une présence russe de cette taille en Amérique Latine. Que signifie ceci pour la région et la communauté internationale ?

Aujourd’hui la grande différence tient à ce que l’Amérique Latine est beaucoup plus forte qu’il y a quatre décennies. Aujourd’hui Cuba n’est plus seul. Et bien que l’Union Soviétique n’existe plus et que la Russie soit affaiblie, Washington l’est aussi. Sans domination sur la région, Washington ne peut plus serrer le poing pour frapper la Russie. Bien plus de portes sont ouvertes aujourd’hui en Amérique Latine pour la Russie et pour l’autre « bête noire » de Washington- l’Iran- que pour les Etats-Unis. Cependant Washington n’abandonnera pas la partie aussi facilement.

Les plans d’assassinat contre les Présidents Chavez et Morales s’intensifieront. On a déjà mis à jour au Venezuela un grand complot pour un coup d’état (*) et l’assassinat du Président Chavez, conduit par un groupe de militaires actifs et à la retraite, conjointement avec les médias de communication privés et les secteurs d’opposition.
Heureusement, on est parvenu à les mettre au jour, jusqu’ici. Mais il y aura davantage d’attentats et d’agressions au fur et à mesure que Washington et ses alliés seront de plus en plus désespérés.

On peut juste espérer que cette guerre reste froide et ne se réchauffe pas.

Eva Golinger donnera une conférence mardi 23 septembre à 17h45 à l’Ambassade de la République Bolivarienne du Venezuela
11, rue Copernic, 75116 Paris

(*) en français dans le texte.

Traduction : Jean-Louis Seillier pour Investig'Action.