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TROIS ANS APRES KATRINA

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Trois ans après Katrina

Alors que républicains et démocrates se rassemblent et font la fête, toute une ville

cherche encore à se relever.

Jordan Flaherty Envoyer à un(e) ami(e) Imprimer

Alors qu’une grande partie des médias focalisent leur attention sur les conventions et les colistiers, le troisième anniversaire de Katrina offre l’occasion d’examiner les résultats de la désastreuse politique des autorités du pays, de l’État et de la région sur la population de La Nouvelle-Orléans.
Plusieurs organisations ont sorti de solides rapports, la semaine dernière, examinant l’état actuel de la ville, alors que des militants locaux font des plans pour diffuser leur message à partir des rues.
Pour ceux qui n’ont entendu que des récits édifiants à propos du redressement de la ville, les faits sur le terrain rappellent avec insistance le désastre toujours en cours.

27 août 2008


Selon une étude réalisée par Policy Link, 81 % des personnes qui ont reçu des dons du Road Home financés au niveau fédéral et gérés par l’État, n’ont pas reçu assez pour couvrir leurs dommages. Les personnes ayant fait appel au Road Home ont reçu en moyenne 35.000 USD donc trop peu pour reconstruire leur maison. Et de plus les ménages afro-américains ont reçu presque 35 % de moins en moyenne.

Plus d’une résidence sur trois – soit plus de 70.000 – est demeurée vacante ou inhabitée, selon un rapport de la Banque de données de la Communauté du grand La Nouvelle-Orléans. Alors que les travailleurs du projet Make It Right de Brad Pitt travaillent sur les chapeaux de roues pour terminer les premières des rangées de maisons prévues dans le Lower Ninth Ward (Circonscription Neuf bas) particulièrement dévasté, le voisinage, lui, reste nettement à la traîne des autres quartiers en reconstruction, avec la réinstallation de seulement 11 % du nombre de ménages d’avant Katrina.
Le même rapport fait remarquer que, depuis la dévastation de la ville, les loyers ont augmenté de 46 % au moins (et de bien plus dans certains quartiers) alors que de nombreux services urbains restent très limités. Par exemple, 21 % seulement des bus des transports publics circulent.


Race et classe

Il n’y a pas que les radicaux qui parlent des divisions raciales et de classes à La Nouvelle-Orléans. Un sondage effectué par la Kaiser Family Foundation a découvert que 70 % des résidents estiment qu’ils sont divisés selon des critères de classe et/ou de race.
L’étude Kaiser a également constaté une unité parmi les habitants de la ville : ils sont unis en ce sens qu’ils se sentent oubliés du reste des États-Unis. Huit résidents sur dix ont déclaré que le gouvernement fédéral n’avait pas apporté assez d’aide. Presque deux tiers pensent que le public américain a en grande partie oublié ce qui s’était passé.

L’étude a relevé d’importants pourcentages de gens disant que leur situation personnelle s’était détériorée depuis. 53 % des résidents à bas revenus déclarent que leur situation financière est pire aujourd’hui qu’avant Katrina. Le pourcentage des résidents qui disent qu’on a diagnostiqué chez eux un grave trouble mental, telle la dépression, a triplé depuis 2006 .

Il y a un débat permanent sur le nombre exact de personnes qui vivent dans la nouvelle Nouvelle-Orléans. On ne disposera pas des chiffres définitifs avant le prochain recensement complet. Mais, l’an dernier, le bureau du recensement a estimé la population à 239.000 habitants. D’autres analystes, ainsi que le maire, C. Ray Nagin, évaluent la population à presque 100.000 de plus.
Lors de chaque évaluation, ce chiffre s’avère avoir stagné, alors que des chiffres légèrement optimistes estiment à 150.000 ou 200.000 (sur une population avoisinant le demi million) les résidents qui n’ont pas pu revenir.
La ville qui, naguère, comptait presque 70 % d’Afro-américains, en compte moins de 50 % aujourd’hui, estime-t-on. Et ce changement s’est reflété dans le virage opéré dans la politique électorale au niveau de l’État. Alors que les républicains ont perdu un peu partout à travers les États-Unis, le candidat de la Coalition chrétienne, Bobby Jindal, a été facilement élu au poste de gouverneur l’an dernier et, en ville, après des décennies de majorité noire au conseil municipal, c’est une majorité blanche qui siège aujourd’hui.


Une ardoise blanche ou un terrain funéraire ?

Une grande partie des changements, en ville, émanent d’une nouvelle couche de la population urbaine – planificateurs, architectes, développeurs de projets et autres réformateurs.
Nombre d’entre eux s’identifient comme des « YURPs » (Young Urban Rebuilding Professionals – Jeunes pros de la reconstruction urbaine) – dans leur travail en compagnie d’innombrables associations non marchandes, fondations et autres firmes à vocation commerciale. Certains ont décrit La Nouvelle-Orléans comme une vaste ardoise blanche sur laquelle ils peuvent traduire sous forme de projet puis mettre en pratique leurs idées de réforme, que ce soit dans les soins de santé, l’architecture, la planification urbaine ou l’enseignement. Cette vision du monde néglige une chose selon certains avocats : ce sont, parmi les gens qui vivaient là auparavant, ceux qui ont été les plus affectés par ces changements qui pourtant ont le moins à dire dans la façon dont on les traite. « Cela n’avait rien d’une ardoise blanche, c’était un cimetière », déclare le poète et éducateur Kalamu Ya Salaam. « Des gens ont perdu la vie et ils bâtissent juste au-dessus de leurs ossements. »

La grande majorité des nouveaux professionnels de La Nouvelle-Orléans est venue ici avec les meilleures intentions du monde, avec de l’amour pour cette ville et le désir d’aider à sa reconstruction. Toutefois, de nombreux militants critiquent ce qu’ils perçoivent comme des tentatives de faire pression sur la façon dont la communauté s’implique et comme une attitude paternaliste de la part d’une grande partie des nouveaux décideurs.

Par exemple, notre système d’éducation était en crise, avant Katrina, et il avait certainement besoin d’un changement révolutionnaire. Du changement, nous en avons eu à profusion : l’actuel système est, sous bien des aspects, méconnaissable, comparé au système d’il y a trois ans, mais cette révolution a été bien trop menée à partir de l’extérieur, avec très peu de participation des parents, des étudiants et de l’équipe du système scolaire néo-orléanai Peu de temps après l’évacuation de la ville, après le passage de Katrina, toute l’équipe du système scolaire fut virée. Puis, dans la foulée, les responsables de la gestion de l’enseignement choisirent de ne plus reconnaître l’union (syndicale) des enseignants et de ne plus négocier avec elle – il s’agissait de l’union la plus nombreuse et, sans doute, du plus important organe de pouvoir politique de la classe moyenne noire de la ville et depuis lors, le paysage scolaire a remarquablement changé – depuis les hautes instances jusqu’aux structures de prise de décision et aux installations scolaires. D’après Lance Hill, professeur à Tulane, « La Nouvelle-Orléans a connu un profond changement dans les hautes instances de gestion de l’enseignement et une réduction dramatique du contrôle des écoles par les parents et les contribuables locaux ».

Le système scolaire consistait naguère en 128 écoles, dont 124 contrôlées par le New Orleans School Board (Commission scolaire de La Nouvelle-Orléans). Aujourd’hui, d’après Hill, 88 ont ouvert leurs portes pour l’automne et « 50 d’entre elles sont des charter schools (écoles à la carte à gestion privatisée) dirigées par des comités autodésignés et aux mandats illimités ; 33 sont gérées par le département d’État de l’Éducation par l’entremise du Recovery School District (District scolaire du relèvement) et cinq seulement sont dirigées par la commission scolaire élue ».

« Il y a aujourd’hui 42 systèmes scolaires séparés en fonction à La Nouvelle-Orléans », poursuit Hill, avec leur propre « politique scolaire, y compris les critères professoraux, les programmes, les règles en matière de discipline, les conditions d’admission et les promotions sociales. Les écoles responsables vis-à-vis du public, c’est-à-dire où les parents ont la possibilité de remédier publiquement aux doléances, ne sont plus que cinq, soit 5,6 % du total ».

Plusieurs articles récents se montraient enthousiastes et admiratifs à l’égard du nouveau système scolaire, entre autres dans le New York Times et le New Orleans Times-Picayune. Pour les réformateurs scolaires, qui sont venus à La Nouvelle-Orléans dans le désir d’appliquer les changements qu’ils avaient imaginés, cela représente un rêve devenu réalité.
Ils ont le soutien des médias, des instances fédérales, de l’État et des autorités de la ville, en même temps qu’ils bénéficient d’un afflux massif de main-d’œuvre bon marché (jeune et idéaliste, en outre). L’association Teach for America (Un enseignement pour l’Amérique) a fourni 112 enseignants l’an dernier, elle s’est engagée à en fournir 250 cette année et 500 autres encore pour l’an prochain, alors que des millions dollars de fonds affluent de sources telles les fondations Gates et Walton.

Il ne fait pas de doute que certains étudiants et écoliers reçoivent une excellente éducation dans les nouveaux districts scolaires, mais des critiques s’inquiètent de ce que les étudiants qui ont été laissés pour compte soient précisément ceux qui ont le plus besoin d’aide – ceux qui n’ont personne pour les représenter ou pour chercher à les inscrire dans les meilleures écoles. Selon Kalamu Ya Salaam, de La Nouvelle-Orléans, et qui dirige un programme scolaire baptisé Students at the Center (étudiants au centre des préoccupations), les nouveaux systèmes représentent « une expérimentation dans la privatisation et tout ce que cela implique ».
« Il ne pleuvra pas sur la parade d’Obama », déclare Sess 4-5, star du hip-hop et militant qui vit à La Nouvelle-Orléans, « mais les gens, par ici, ont besoin que le monde comprenne que notre situation est toujours tragique. Les loyers ont triplé, le système des soins de santé est un désastre, nous avons moins d’accès à l’enseignement pour nos enfants. La classe ouvrière et les pauvres sont de plus en plus exploités alors qu’au sommet, tout le monde s’engraisse sur notre misère. »

« Nous pensons que le 29 août devrait être un jour sacré, pas un jour où l’on vaque à ses affaires comme à l’accoutumée », explique Sess, qui est en même temps l’un des organisateurs de la Marche de commémoration de Katrina, qui démarrera vendredi au matin, à Lower Ninth Ward, et qui se rendra jusqu’au 7th Ward.
Cette marche est l’une des deux commémorations militantes de la ville, l’autre partant de la vile haute, à proximité du projet BW Cooper, l’un des principaux projets de logement obtenus de haute lutte cette année. « Le maire a annoncé au monde entier que La Nouvelle-Orléans était ‘ouverte au monde des affaires’ mais nous sommes ici pour vous dire qu’elle est fermée aux familles », déclare une ancienne habitante des logements publics, Barbara Jackson, qui participera à la manifestation à BW Cooper, baptisée « Journée sankofa (1) de la commémoration ». « Cinq mille logements démolis. Huit mille nouveaux lits de prison. Voilà exactement le plan de relèvement qu’ils ont concocté pour nous. »

Descendre dans la rue n’est pas le seul point au programme des militants locaux. À La Nouvelle-Orléans, les gens se sont organisés à la base, oeuvrant ensemble à construire un mouvement. Dans le sillage du Forum social américain de l’an dernier, à Atlanta, une large coalition d’organisations en faveur de la justice sociale a décidé de se réunir chaque mois en vue de combiner les efforts. Le groupe, baptisé « the Organizers Roundtable » (table ronde des organisateurs), est un important lieu de rassemblement pour les collaborations et la mise sur pied communautaire.

C’est la communauté, et non les fondations ou le gouvernement, qui a dirigé ce relèvement de la ville à partir de la base. Bayou Road – une rue du 7th Ward de La Nouvelle-Orléans regroupant nombre de commerces aux mains des noirs et tournés vers la communauté – s’est reconstruite après Katrina et compte aujourd’hui plus de commerces qu’avant la catastrophe. Ce n’est pas l’aide du gouvernement qui a permis à ces petits commerces de revenir, mais les efforts conjoints des membres de la communauté.

C’est aussi le soutien local qui a amené les gens à s’affilier de nouveau aux nombreuses organisations culturelles, comme le réseau des Social Aid and Pleasure Clubs (Clubs d’aide sociale et de loisirs), les institutions noires vieilles d’un siècle qui organisent des parades locales presque chaque week-end tout au long de l’année ou des collectes pour des causes telles les fournitures scolaires des étudiants et écoliers.

Sur le plan national, le Right to the City alliance (RTTC – Droit à l’alliance en ville), une coalition d’organisations qui s’intéresse aux problèmes urbains comme les soins de santé, la justice pénale et l’éducation, considère la continuité de la crise le long du golfe du Mexique comme la préoccupation première de son travail et qualifie La Nouvelle-Orléans et ses environs de « lignes de front dans la lutte contre le déplacement des populations et l’embourgeoisement des États-Unis ». Il sponsorise lui aussi la marche de La Nouvelle-Orléans, de même que des actions devant avoir lieu dans sept autres villes : Los Angeles, New York City, Oakland, Providence, San Francisco, Washington, D.C. et Miami.

Le travail du RTTC mérite une mention spéciale en tant que coalition qui a œuvré à soutenir les luttes des habitants de La Nouvelle-Orléans et à intégrer ce combat et la solidarité dans leurs propres communautés, tout en se faisant guider par les avis de la base. En ces temps de compétition effrénée entre les visionnaires qui se battent pour remodeler la ville, la volonté d’écouter les gens dont les vies ont été bouleversées et de rendre ce combat et ses leçons aux communautés concernées, peut constituer le changement radical dont La Nouvelle-Orléans a le plus besoin.
Jordan Flaherty est un journaliste dont le point d’attache est La Nouvelle-Orléans. Il est éditeur responsable de Left Turn Magazine . Il a été le premier auteur à donner une audience nationale à l’histoire des Six de Jena et ses reportages sur La Nouvelle-Orléans après Katrina ont été publiés et diffusés dans nombres de médias, y compris Die Zeit (le journal d’Europe au tirage le plus élevé), Al-Jazeera, TeleSur et Democracy Now.

Note :

(1) Le mot « sankofa » est dérivé des mots akan (d’une famille ethnique vivant au Ghana et en Côte d’Ivoire) « san » (retour), « ko » (aller, avancer) et « fa » (regarder, chercher et prendre).
Il symbolise la quête de savoir des Akan, laquelle s’appuie sur un examen critique et une recherche intelligente et patiente. (NdT)


Traduit de l’américain par Jean-Marie Flémal pour Investig’action.
Source: http://www.leftturn.org

VOTES TRUQUEES AU USA


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Faces cachées


20 août 2008

Greg Palast : « les gens savent qu’ils se font avoir, mais ils ne savent pas exactement comment »

Elections truquées aux Etats-Unis : une autre manière de livrer la lutte des classes

PALAST Greg

Chris Pepus : Les grands médias US ont enfin commencé à parler des illégalités de l’administration Bush. Cependant, le trucage des élections est encore largement ignoré. Au cours des dernières années, le Parti Républicain a eu recours à tout un éventail de tactiques pour éliminer les votes en faveur de leurs opposants. On y trouve l’envoi de machines à voter défectueuses dans des circonscriptions démocrates ainsi que la suppression des listes électorales des électeurs à revenus modestes ou membres de minorités ethniques.

Le journaliste Greg Palast enquête sur ce sujet depuis l’année 2000, lorsqu’il révéla comment les officiels de la Floride ont assuré l’élection de George W. Bush en rayant de manière illégale les électeurs afro-américains et démocrates des listes électorales. (voir article ici ). (...)

PRECISION : L’article en question peut être difficile à comprendre avec le terme américain "vote caging". Ce terme est en fait utilisé lorsque les minorités, qui ont tendance à voter pour les Démocrates, n’ont pas répondu aux lettres envoyées à une adresse où ils ne vivaient pas (partis dans un autre Etat, à la guerre ...etc) pour s’enregistrer sur les listes électorales. C’est une pratique courante aux USA, trop inconnue médiatiquement. La seule personne qui a travaillé sur ce sujet est le célèbre journaliste Greg Palast qui travaille à la BBC. L’instigateur de ces pratiques illégales s’appelle Tim Griffin, bras droit de Karl Rove, et vient de démissionner au moment même où la BBC vient de publier certains documents qui le compromettraient. (...). (extrait édité par LGS et trouvé sur http://politiquesusa.blogspot.com/2... )

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CHRIS PEPUS : vos articles sur la suppression d’électeurs ont provoqué une enquête du Congrès et la démission de Tim Griffin, un des procureurs du Président Bush. Pouvez-vous nous décrire comment l’administration Bush a violé le droit de vote en 2004 ?

GREG PALAST : la première chose que nous avons découverte s’appelle le caging. Il y avait des courriers électroniques rédigés par un responsable du Comité National Républicain, un personnage nommé Tim Griffin, un protégé de Karl Rove. Il envoyait des listes de caging qui sont des listes d’électeurs qu’on cherche à éliminer des listes électorales. Le système marche comme ça : ils envoient un courrier d’inscription sur les listes électoraux aux électeurs et lorsque ces derniers sont absents - sur l’enveloppe, ils prennent soin de préciser « ne pas faire suivre » - leur inscription est contestée. La liste que nous avons reçue comportait principalement des électeurs de la base aérienne navale de Jacksonville (Floride). Il y de bonnes raisons pour qu’une personne domiciliée dans une base militaire soit absente. Par exemple, parce qu’elle est partie faire une guerre à l’étranger, contrairement à Bush pendant la guerre du Vietnam. Les Républicains ont aussi envoyé des courriers à des universités à majorité noire en plein mois d’août, sachant que les étudiants seraient absents. Ils ont illégalement contesté ces électeurs. En 2004, les Républicains ont procédé ainsi avec 3 million d’électeurs, ce qui est absolument incroyable et n’est jamais mentionné. Tous les faits étaient là, dans les archives de la Commission d’Assistance Electorale du gouvernement fédéral. Ces électeurs ont reçu des bulletins de vote provisoires et un million de ces bulletins ont été jetés à la poubelle. Ca, c’est une de leurs astuces. Il y en a d’autres et ils sont en train d’affuter leurs méthodes en vue des élections de 2008.

CHRIS : Mais Griffin a affirmé qu’il ne savait pas ce qu’était le caging avant de lire votre articles. « Il faut que je regarde ça », a-t-il dit.

GREG : En fait, j’ai découvert qu’il avait raison. Il a envoyé un courrier électronique qui disait « voici une liste de caging ». Comme il l’a dit, il faut être un spécialiste en techniques de marketing direct pour comprendre la technique de caging. Ce qui veut dire que quelqu’un d’autre lui a dit d’envoyer ces listes, quelqu’un dont il ne discutait pas les instructions, même lorsqu’il ne les comprenait pas. Qui connaissant les techniques de marketing direct et qui pouvait donner de telles instructions à Tim Griffin ? Eh bien, avant de travailler pour George W. Bush, Karl Rove dirigeait Rove & Company, une société de marketing direct. Rove est donc un expert en caging. Le professeur de droit Bobby Kennedy Jr, qui enquête sur cette affaire avec moi, affirme qu’il s’agissait d’un acte illégal. Alors qui a ordonné cet acte illégal ? M. Rove ?

CHRIS : comment avez-vous obtenu ces courriers électroniques ?

GREG : Griffin n’est pas un gars, disons, très futé. Alors il a envoyé ces courriers non pas à l’adresse GeorgeWBush.com, qui était l’adresse interne de l’organisation de campagne, mais à GeorgeWBush.org, qui est un site satirique. Le responsable du site, John Wooden, me connait. Il a immédiatement transféré ces courriers à mon équipe. Il ne savait pas de quoi il s’agissait et franchement, au début, nous non plus. Il a fallu beaucoup de travail pour comprendre de quoi il retournait.

CHRIS : y’a-t-il eu du nouveau dans cette affaire, à part le refus de Karl Rove de témoigner devant la Commission Judiciaire de la Chambre des Représentants ?

GREG : Je reviens tout juste d’une réunion avec David Iglesias, un procureur de l’état du Nouveau Mexique qui a été démis de ses fonctions. Les techniques de caging et autres expliquent sa destitution ainsi que celles d’autres procureurs US. Les grands médias US, comme toujours, ont tout faux dans cette affaire. La destitution des procureurs US n’a rien à voir avec leurs opinions politiques ou leur gestion. C’est plutôt une tentative destinée à contraindre les procureurs à participer à un plan visant à faire arrêter des électeurs sous prétexte qu’ils auraient violé la loi électorale et créer une hystérie pour justifier leur retrait des listes électorales. Je n’arrêtais pas de demander à des Républicains, « s’il y a autant d’électeurs délinquants, pourquoi n’ont-ils pas été arrêtés ? Pourquoi n’ont-ils pas été inculpés ? » Ils me répondaient, « Oh, mais ça va venir. Parlez-en à David Iglesias. » Je l’ai appelé, ainsi que d’autres procureurs, et j’ai eu droit à tout le baratin. D’un côté on me dit qu’Iglesias est sur le point d’engager des poursuites et lui me répond, « je ne crois pas, non ». Pour moi, il est clair qu’Iglesias résistait aux pressions exercées sur lui pour l’obliger à engager des poursuites bidons. Il cherchait partout des électeurs fraudeurs mais n’en trouvait aucun. Certains étaient dans l’armée, et donc absents de leur adresse de domiciliation.

Je viens de vérifier certains de ces soi-disant fraudeurs qu’Iglesias refuse de poursuivre. Ce sont des dirigeants Républicains eux-mêmes qui m’ont donné les noms. Il y avait une dame, une serveuse, qui s’était enregistrée deux fois avec deux différentes signatures en face du nom. Alors je suis allé parler à cette « fraudeuse » et je lui ai demandé si elle s’était fait inscrire deux fois. Elle m’a répondu « oui ». Elle m’expliqua que, selon la loi, si on ne reçoit pas un accusé de réception de son inscription, on peut et on doit s’inscrire de nouveau. Ils ne mettent pas votre nom deux fois sur la liste. Je lui ai demandé pourquoi les deux signatures différentes et s’il y avait quelque chose de frauduleux là dedans. Elle m’a répondu « non. La première fois j’ai signé sur une table. La deuxième, j’ai signé en tenant le papier à la main. » Le cas de cette femme figurait parmi les soi-disant six cas les plus graves de fraude dans tout l’état du Nouveau Mexique. Le Gouverneur Bill Richardson a signé des lois qui rendent l’inscription sur les listes électorales plus difficile, à cause de ces soi-disant fraudes. Ces lois sont tellement sévères que Richardson, un Démocrate d’origine hispanique, a fait l’objet d’une plainte déposée par le Centre Brennan pour la Justice pour obstruction illégale des électeurs hispaniques.

CHRIS : ce qui est remarquable, c’est le nombre de groupes visés. Je me souviens d’avoir lu quelque chose sur les machines à voter défectueuses dans (le livre de Greg Palast) Armed Madhouse. Vous écrivez qu’en 2004, la circonscription du Nouveau Mexique où le plus de voix ont disparu est une circonscription ouvrière à majorité blanche.

GREG : Oui. J’appelle ce vol de voix une « lutte de classes par d’autres moyens ». Les circonscriptions à majorité amérindienne, noire, ou mexicaine sont souvent les plus visées. Mais, statistiquement, nous avons découvert que c’était plus le niveau de revenus que l’origine ethnique qui déterminait la prise en compte ou non du vote. Je peux vous indiquer avec quelle probabilité votre vote sera prise en compte si vous me dites quels sont vos revenus. Au fait, le secrétaire d’état Républicain du Colorado, Mike Coffman, vient de m’attaquer. J’ai raconté qu’il avait éliminé tous ces électeurs. Il a dit, « Palast ne cherche qu’à récolter des fonds pour son opération », mais il n’a pas dit que j’avais tort. Il a dit qu’il ne faisait que respecter la loi. J’ai déjà entendu tout ça dans la bouche de Katherine Harris. J’avais dit, « devinez la couleur des électeurs rayés ». Il m’a répondu « la race des électeurs n’est pas mentionné dans nos docments ». Ouais, bien sûr. Ils savent. Par le code postal. Ca c’est encore autre chose : s’ils ne savent pas, ils devraient le savoir. Parce que les lois sur les libertés civiques obligent les officiels chargés des élections à prendre des mesures pour éviter que leurs décisions ne soient entachées par des préjugés raciaux. Il est censé savoir, surtout lorsqu’il fait rayer des listes un cinquième des électeurs du Colorado.

CHRIS : un autre état où des électeurs sont régulièrement rayés est la Floride. En 2000, vous avez écrit que les Républicains de la Floride ont rayé des listes des dizaines de milliers d’électeurs Démocrates. Avez-vous trouvé quelque chose qui ferait croire à une action similaire cette année ?

GREG : Pire même. L’ensemble du pays à été « Floridisé ». George W. Bush a signé une loi en 2002, « Help America Vote Act » et, en 2006, ils ont mené une opération à la Katherine Harris dans tout le pays. Ils ont dit aux secrétaires des états, qui sont des officiels partisans (i.e. « politiques » - ndt) dans chaque état, de rayer des listes tous les « électeurs douteux ». Beaucoup de choses qui étaient illégales, comme la technique du caging, sont désormais inscrites dans la loi. Pour résumer, nous avons désormais une loi fédérale qui couvre les magouilles, au lieu de les interdire. Dans une circonscription du Nouveau Mexique, la moitié des Démocrates qui se sont présentés aux primaires (de 2008) n’ont pas pu voter. Il a des purges basées sur des adresses, sur des identités. Le Centre Brennan a dit qu’environ 85.000 électeurs en Floride sont en train d’être rayés, parce qu’ils se sont fait inscrire lors de campagnes d’inscriptions où leurs identités n’ont pu être vérifiées. Pour l’écrasante majorité, ces électeurs sont noirs, parce que de nombreux noirs se font inscrire lors de campagnes menées à la sortie des églises. Alors, si la Floride respecte désormais les règles du jeu, c’est simplement parce que les régles ont été changées.

CHRIS : en quoi la loi Help America Vote facilite-t-elle ces manipulations ?

GREG : par exemple, en Floride, lorsqu’ils ont imposé des mesures particulières pour identifier ceux qui se font inscrire lors de campagnes, ils ont fait référence à la loi Help America Vote. Ils ont dit que c’était obligatoire. Cela dit, le fait est que 46 états ne sont pas d’accord sur cette interprétation, mais ça ne les a pas empêchés de le faire. De plus, cette loi oblige chaque état des Etats-Unis à modifier sa loi électorale. Et une fois que vous avez ouvert la boite de Pandore des lois électorales, chaque réforme devient une occasion pour une nouvelle magouille. Cette loi crée une zone obscure dans la législation. Les officiels de la Foride disent, « nous avons fait ça à cause de la nouvelle loi ». Alors les avocats du Centre Brennan demandent, « où ça ? Comment pouvez-vous dire que c’est à cause de la nouvelle loi ? ». Les autres répondent « oh, eh bien, c’est comme ça que nous l’avons compris ». S’agit-il d’une loi fédérale ? D’une loi d’état ? Non, c’est la loi de Bush, la loi de Rove. Ce qu’il y a d’agréable dans les élections pour les tricheurs, c’est qu’il y a une clause « allez vous faire foutre ». Si vous gagnez, c’est vous qui validez les résultats. La police vous appartient.

CHRIS : quelles sont les clauses de cette loi les plus souvent invoquées pour lancer des attaques contre les droits des électeurs ?

GREG : retournons à 2006. Certaines choses ont fait leur apparition en 2006 relatives au contrôle d’identité des électeurs. C’est la chose la plus louche. La loi exigeait, début 2006, que chaque état tienne une liste informatisée, centralisée, des électeurs. Le premier état à se lancer bille en tête dans la purge d’une base données informatisée, centralisée, fut la Floride. C’est comme ça que nous nous sommes retrouvés en 2000 avec une purge de pseudo-délinquants. Avec la loi Help America Vote, ils ont pris prétexte des incidents en Floride pour soi-disant procéder à une réforme, et la « réforme » a consisté à généraliser à tout le pays les méthodes de la Floride... Mais les gens se disent, « quel mal y a-t-il à vérifier les listes électorales ? » La réponse est que cette nouvelle loi prétend empêcher un délit qu’on ne rencontre pratiquement jamais. Chaque année, aux Etats-Unis, nous avons au maximum cinq condamnations pour fraude sur les listes électorales. Nous pensons qu’avec la nouvelle loi, cinq millions d’électeurs sont rayés chaque année. Vous avez donc littéralement, pour chaque véritable délinquant, un million d’électeurs qui se voient rayés des listes. On n’arrête pas un million de personnes pour attraper un assassin.

CHRIS : concernant ces listes centralisées, vous avez écrit que c’est une société appelée Accenture qui gère les listes informatisées pour différents gouvernements d’état. Pouvez-vous nous en parler ?

GREG : Accenture s’appelait Arthur Anderson, mais après qu’ils aient été pris la main dans le sac dans les magouilles d’Enron, ils ont tendance à ne plus utiliser ce nom. Arthur Anderson a été coupée en deux : une partie fût liquidée, déclarée en faillite, et l’autre rebaptisée Accenture. Ils n’ont pas changé leurs pratiques. Il y a Accenture ; il y a ES&S (Election Systems & Software). Ces personnages sont les plus louches dans cette affaire. Ils arrivent à combiner à la fois le parti paris, l’incompétence et des tarifs exorbitants. ES&S a été impliquée dans le Nouveau Mexique. C’est une société créée par le sénateur Républicain Chuck Hagel, du Nebraska. Chaque fois que ES&S s’occupe d’une liste électorale, la liste devient étonnamment républicaine. Tout le monde sait que si on applique certaines méthodes, on élimine certains types d’électeurs. C’est pour cela que je mène cette enquête avec Bobby Kennedy. Nous enquêtons sur le vol du scrutin de 2008 avant qu’il ne se produise. Nous examinons ce qui se passe au Colorado, au Nouveau Mexique, en Alabama, en Floride. Nous allons publier un grand article dans un magazine national. Nous ne pouvons pas vous dire lequel.

CHRIS : ce sera publié quand ?

GREG : En septembre. Il y aura aussi un film qui sera diffusé à la télévision sur la chaine BBC et sur un réseau national aux Etats-Unis. Pour la première fois, nous allons briser le mur du silence médiatique aux Etats-Unis.

CHRIS : j’ai lu que vous récoltez des fonds pour cette émission. Ca se passe comment ?

GREG : Eh bien, c’est ça le problème. (La chaine de télévision) a finalement accepté notre proposition, mais a dit « évidemment, nous n’allons pas la financer ». D’accord, je vais dire à ceux de mon équipe qu’ils seront réduits à manger de la nourriture pour chiens. Ils sont assez doués pour survivre avec le minimum. Ils étaient ici la nuit dernière, jusqu’à deux heurs du matin. Zach Roberts, je tiens à lui rendre cet hommage, était censé s’arrêter de travailler avec nous il y a sept semaines. On travaille non-stop, mais il faut trouver ne serait-ce qu’un minimum d’argent. Nous voulons toucher les organisations militgantes et leur fournir du matériel. Nous allons publier un guide de l’électeur, Retrouvez Votre Voix, que je suis en train de rédiger avec Kennedy. Une bonne partie sera sous forme de bandes-dessinées, conçues par Top Shelf. Une personne qui s’occupe de récolter des fonds s’est plaint du fait que nous donnions trop de choses – mes livres, des DVD. Mais c’est notre façon de faire : faire sortir l’information et bâtir une base de connaissances. Maintenant, et ça va vous donner un indice sur mon âge, les protestations contre la guerre au Vietnam ont commencé par de grands cours magistraux d’information, genre « voici une carte, et voici où se trouve le Vietnam. » Il faut apprendre les enjeux. Les gens sont désarmés. C’est-à-dire que les gens savent qu’ils se font avoir, mais ils ne savent pas exactement comment.

Traduction VD pour Le Grand Soir
http://www.legrandsoir.info

ARTICLE ORIGINAL
http://www.gregpalast.com/the-razor...

BUSH, CHENEY ET CIA ACCUSES DE CRIMES DE GUERRE

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De mal empire

6 juin 2008

Bush, Cheney et Cie accusés de crimes de guerre dans un dossier du FBI

VAN AUKEN Bill

La révélation la plus étonnante d’un rapport de 370 pages de l’inspecteur général du département de la Justice américain est que des agents du FBI avaient officiellement ouvert un dossier de « Crimes de guerre », documentant la torture dont ils avaient été témoins à la prison de Guantanamo Bay, avant de recevoir l’ordre de l’administration de cesser d’écrire leurs rapports.

Le World Socialist Web Site, ainsi que des groupes de défense des droits humains et d’autres opposants de la répression et du militarisme américains, ont longtemps insisté que les actes de l’administration Bush (le déclenchement de guerres d’agression, les assassinats, l’enlèvement et la séquestration sans procès de civils et, le plus répugnant de tous, la torture) constituaient des crimes de guerre selon toute interprétation légitime des décrets et traités internationaux de longue date.

De voir cependant cette évaluation confirmée par l’inspecteur général du département de la Justice, le seul responsable majeur n’étant pas directement subordonné à la Maison-Blanche, et par des agents du FBI, une agence qui n’est pas particulièrement reconnue pour être intéressée aux questions de droits démocratiques, est un signe du caractère endémique de ces crimes et de la crise qu’ils ont engendrée au sein du gouvernement des Etats-Unis et de l’élite dirigeante américaine en son ensemble.

Le rapport établit clairement que la torture fut ordonnée et planifiée en détail aux plus hauts niveaux du gouvernement, y compris la Maison-Blanche, le conseil national de sécurité, le Pentagone et le département de la Justice. Les tentatives de faire cesser ces pratiques, sur une base légale ou pragmatique, par des individus à l’intérieur du gouvernement furent systématiquement contrées et les preuves de ces activités criminelles dissimulées.

Il n’y a pas eu de réaction immédiate de la Maison-Blanche face à ces nouvelles révélations. Les réactions d’autres agences directement impliquées dans les crimes commis à Guantanamo ont donné une idée du sentiment général d’impunité dans lequel la torture décrite dans le rapport de l’inspecteur général se poursuit à ce jour.

« Il n’y a rien de nouveau là-dedans », a affirmé le porte-parole du Pentagone Bryan Whitman. Un porte-parole du département d’Etat à quant à lui décrit les accusations contenues dans le rapport comme étant « assez vagues ».

Assez vagues ? On peut se demander qu’est-ce que ce porte-parole qualifierait d’explicite. Le rapport contient des pages et des pages de témoignages d’agents du FBI sur les pratiques sadiques et répugnantes à Guantanamo.

À un endroit le rapport affirme : « [Un agent du FBI] se rappelait que, à un certain moment durant l’interrogatoire, l’officier militaire “versa de l’eau” dans la gorge d’un détenu qui était assis. Il affirma qu’il pensait que le but de cette pratique était de faire croire au détenu qu’il se noyait, et ainsi le forcer à fournir l’information souhaitée par l’interrogateur. [L’agent] a affirmé que le détenu avait des haut-le-coeur et crachait de l’eau. Il a dit que le détenu semblait incommodé, et il pensait qu’il avait de la difficulté à respirer. »

Et selon une description de l’interrogation de Mohamedou Ould Slahi, un Mauritanien arrêté par son propre gouvernement, remis aux forces américaines et déporté à Guantanamo en 2002 :

« Il fut laissé seul dans une chambre froide connue sous le nom du "congélateur", où des gardes l’empêchaient de dormir en appliquant de la glace ou de l’eau froide sur lui… »

« Il fut privé de sommeil pour une période de 70 jours à l’aide d’interrogatoires prolongés, de lumières stroboscopiques, de musiques menaçantes, de consommation forcée d’eau et d’obligation de demeurer en position debout. »

« Une interrogatrice féminine l’empêcha de mettre des vêtements ;

« Deux interrogatrices féminines lui ont fait des attouchements sexuels et ont fait des commentaires à caractère sexuel sur lui ;

« Avant et pendant l’incident du bateau, il fut sévèrement battu. »

De plus, écrit le document, il fut « amené à penser qu’il serait exécuté et il s’est uriné dessus » et il s’est fait dire que sa mère et d’autres membres de sa famille seraient détenus et qu’il leur serait fait du mal.

Des centaines d’agents du FBI ont été témoins de torture

Des épisodes similaires ont été décrits, selon le rapport de l’inspecteur général, par littéralement des centaines d’agents du FBI, qui ont vu des interrogateurs de la CIA, de l’armée et de sous-traitants privés réaliser des actes illégaux de torture et d’abus contre des détenus.

De plus, le rapport cite : plusieurs agents du FBI qui ont rapporté des cas de raclées ; 30 agents qui ont rapporté avoir vu des détenus enchaînés dans des positions de stress sur de longues périodes ; 70 agents qui ont rapporté des cas de détenus privés de sommeil ; 29 agents qui avaient de l’information sur l’utilisation de températures extrêmes dans le but de « briser la détermination des détenus de résister à la coopération » ; et 50 agents qui ont rapporté l’utilisation d’un isolement prolongé pour « saper la résistance d’un détenu ».

De plus, quatre agents ont rapporté le cas de deux détenus en Afghanistan battus à mort après avoir été enchaînés debout pour une longue période.

Les histoires de tortures détaillées dans ce rapport ne sont que la pointe de l’iceberg.

Elles n’incluent pas le traitement de Murat Kurnaz, un citoyen turc né en Allemagne, qui fut arrêté pendant un voyage au Pakistan à l’automne 2001 et qui fut remis aux responsables américains pour une récompense de 3000 dollars. Tout d’abord amené à la base américaine à Kandahar en Afghanistan, il fut ensuite transféré à Guantanamo. Même si en 2002, les autorités américaines avaient conclu que Kurnaz n’avait rien à voir avec le terrorisme, il fut emprisonné jusqu’au milieu de 2006 et relâché seulement à cause de la pression du gouvernement allemand.

Empêché d’entrer aux Etats-Unis, il a témoigné par un lien vidéo devant une audience peu nombreuse du comité des Affaires étrangères du Sénat cette semaine.

« Je n’ai rien fait de mal et j’ai été traité comme un monstre », a-t-il dit. Il a dit comment il avait été assujetti à des chocs électriques, suspendu par les poignets pendant des heures et soumis à un « traitement par l’eau », dans lequel sa tête était enfoncée dans un sceau d’eau alors qu’on le frappait à l’abdomen pour le forcer à inhaler le liquide. (Il vaut la peine de mentionner que le rapport de l’Inspecteur général du département de la Justice a affirmé que cette dernière forme de torture ne constitue pas une « simulation de noyade », mais représente « une tentative d’intimider les détenus et d’augmenter leurs sentiments d’impuissance ».

« Je sais que d’autres sont morts de ce genre de traitement, a dit Kurnaz. J’ai souffert de privation de sommeil, du confinement, d’humiliations sexuelles et religieuses. J’ai été battu à de multiples reprises. »

« Il n’y avait pas de lois à Guantanamo, a conclu Kurnaz. Je ne pensais pas que ça pouvait arriver au 21e siècle… Je n’aurais jamais pu imaginer que cet endroit avait été créé par les Etats-Unis. »

Les détenus de Guantanamo ne représentent qu’un pour cent de ceux détenus dans des camps de détention américains et des prisons secrètes opérées par les militaires et la CIA en Irak, Afghanistan et d’autres points du globe. Il est estimé que près de 27.000 personnes sont détenues sans accusation, sans parler de procès, plusieurs d’entre eux ayant simplement disparu dans le goulag global de Washington. Certains sont détenus dans des navires de détention, d’autres dans des donjons secrets opérés conjointement par la CIA et des régimes vers lesquels elle « transfère » les détenus, comme l’Égypte, la Jordanie et le Maroc, où d’autres formes plus cruelles de torture (être enterré vivant, l’électrocution ou la lacération avec un scalpel) sont employées.

Le rapport confirme également que les scènes révoltantes saisies dans les photographies prises à la prison d’Abou Ghraib en Irak et rendues publiques il y a quatre ans montrant des hommes nus cagoulés, soumis à la torture et à l’humiliation sexuelle par des gardes américains, n’étaient pas des aberrations. Les méthodes décrites dans le rapport — la nudité forcée, l’utilisation des chiens d’attaque lors d’interrogatoires, l’enchaînement des détenus dans des positions de « stress », les promenades en laisse — étaient identiques à celles officiellement mises sur le compte de quelques « pommes pourries » à Abou Ghraib.

La torture sadique « orchestrée » à partir de la Maison-Blanche.

L’uniformité des abus dans ces endroits si éloignés l’un de l’autre démontre que ce sadisme psychopathique et criminel infligé à ces détenus par les forces américaines était planifié et orchestré à partir du sommet.

En fait, comme le révélait ABC News le mois dernier, les représentants officiels du soi-disant comité de principe (le vice-président Dick Cheney, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, le secrétaire d’État Colin Powell, le directeur de la CIA George Tenet, le procureur général John Ashcroft et la conseillère à la sécurité nationale Condoleezza Rice) ont eu des discussions détaillées sur les « techniques renforcées d’interrogatoire » qui, selon ABC, « étaient quasiment chorégraphiées – allant jusqu’à préciser le nombre de fois où les agents de la CIA pouvaient utiliser une tactique particulière. »

Bush a affirmé par la suite sur ABC qu’il « savait que notre équipe sur la sécurité nationale avait des rencontres sur cette question. Et je les ai approuvées ».

Le rapport établit que les représentants du FBI et du département de la justice ont avisé le conseil national sur la sécurité de la Maison-Blanche de leurs préoccupations que les pratiques observées par les agents « minaient sérieusement… l’autorité de la loi » à Guantanamo.

À la fin, cependant, on leur a dit de reculer, et ils se sont soumis, devenant ainsi complices de ces crimes et de leur camouflage.

Les révélations du rapport du FBI n’ont pas suscité de réactions importantes ou de demandes d’agir sur cette question par les démocrates élus au Congrès ou encore par les prétendants à la candidature présidentielle du Parti démocrate, le sénateur Barack Obama et la sénatrice Hillary Clinton, qui n’ont pas fait de la torture une question essentielle de leur campagne.

Le New York Times a publié un éditorial mardi intitulé « Ce que les agents du FBI ont vu » qui détaillait le rapport et déclarait qu’il « montrait ce qui arrive lorsque qu’un président américain, son secrétaire à la Défense, son département de la Justice et d’autres hauts responsables corrompent la loi américaine pour justifier et autoriser l’abus, l’humiliation et la torture de prisonniers ».

Le quotidien concluait son éditorial en écrivant : « Les démocrates doivent faire toute la lumière » sur cette affaire au moyen d’audiences portant sur « l’ampleur du manquement à la loi et aux conventions de Genève par le président Bush ». Cela, écrivait le New York Times, « est l’unique façon d’amener le pays du côté des défenseurs, et non des violateurs, des droits de l’Homme ».

On voit bien là l’impuissance de ce qui fut l’élite du libéralisme américain. L’ampleur de la criminalité de l’administration Bush a été largement mise à nu au cours des dernières années.

La violation délibérée et en bloc des conventions de Genève et des traités contre la torture sont, en vertu du droit international, des crimes de guerre, exactement comme le FBI l’a reconnu. Ce qu’il faut, ce n’est pas une autre audience sans conséquence d’un comité du Congrès, mais plutôt la constitution d’un tribunal pour crimes de guerre. Ceux qui ont commis ces crimes doivent en être reconnus coupables.

Bush, Cheney, Rice, Rumsfeld, Powell, Tenet et Ashcroft doivent subir un procès. Les individus tels que l’ancien conseiller de la Maison-Blanche et procureur général, Alberto Gonzales, le chef du bureau de Cheney, David Addington, et le conseiller au département de Justice, John Yoo (qui ont élaboré les arguments pseudo-légaux pour légitimer la torture), doivent aussi être poursuivis ainsi que les responsables de l’armée et des services d’espionnage qui ont présidé aux pratiques criminelles ayant eu cours à Guantanamo, Abou Ghraib, Bagram et les autres camps et prisons de la CIA et de l’armée.

Les dirigeants du Parti démocrate n’ont ni le désir ni l’intention de lutter pour un tel règlement de comptes. La speaker de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi et d’autres dirigeants du parti ont insisté à plusieurs reprises que la destitution du président et du vice-président « n’était pas à l’ordre du jour ». Ils n’ont aucun intérêt à poursuivre l’administration sur la question de la torture parce qu’ils en sont eux-mêmes les complices. Pelosi et d’autres démocrates en vue au Congrès ont été informés en détail sur les méthodes criminelles utilisées à Guantanamo, ils les ont approuvées et les ont cachées au peuple américain.

A un niveau plus essentiel, les démocrates ont été complices de la politique du militarisme et de l’agression partout dans le monde, politique menée au nom de la soi-disant guerre globale contre le terrorisme et impliquant la pleine utilisation de la force armée pour défendre les intérêts de l’oligarchie qui dirige les Etats-Unis. C’est cette stratégie criminelle (qui est responsable de la mort de plus d’un million d’Irakiens) qui a créé les conditions pour le crime même de la torture.

Néanmoins, l’approfondissement de la crise du capitalisme américain crée les conditions pour de profonds chocs et changements dans les rapports politiques et sociaux qui pourraient bien résulter en la comparution devant un tribunal de Bush, Cheney et compagnie et leur jugement pour crimes de guerre.

Par Bill Van Auken

28 mai 2008

(Article original anglais paru le 23 mai 2008)

http://www.wsws.org/francais/News/2008/mai08/crim-m28.shtml

PRISONS SECRETES AMERICAINES

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11 juin 2008

Prisons secrètes étasuniennes et complicités britanniques

« 17 Guantanamo flottantes »

DELLA PORTA Fausto






illustration : carte des prisons secrètes, http://indexresearch.blogspot.com/2008/02/robicheauxs-nightmare-us-rendition.html

Pas une, mais 17 Guantanamo. Avec des prisonniers enfermés non pas sur une île mais sur 17 navires de guerre. La dénonciation provient de l’ONG « Reprieve », d’après laquelle des navires de guerre étasuniens seraient utilisés comme prisons pour détenir, interroger –avec des méthodes proches de la torture- et déplacer de par le monde une partie des prisonniers capturés pendant la « guerre à la terreur ». Washington a immédiatement démenti le rapport.

L’utilisation de navires prisons aurait commencé fin 2001 (au début donc de la campagne contre l’Afghanistan des talibans). Le rapport de Reprieve sera publié dans les prochains jours mais a été anticipé hier par le quotidien britannique Guardian.

Il avait déjà été question dans ces dernières semaines de la possibilité que les USA exploitassent des navires de guerre en déplacement pour cacher des détenus illégaux. Selon les éléments recueillis par l’ONG, au moins 200 cas de rendition –transferts illégaux dans des prisons secrètes délocalisées dans des pays où il est possible de pratiquer la torture - auraient été vérifiés depuis 2006. Et pourtant, il y a deux ans, le président Georges Bush avait assuré que de telles pratiques étaient finies. Clive Stafford Smith, le responsable juridique de Reprieve, a déclaré au Guardian que les Etats-Unis « ont choisi les bateaux afin de garder leurs méfaits loin des yeux des médias et des avocats des associations humanitaires ; mais à la fin nous arriverons à réunir tous ces détenus fantômes et à faire valoir leurs droits ». « Les Etats-Unis – poursuit Smith- détiennent en ce moment, de leur propre aveu, 26.000 personnes dans leurs prisons secrètes, mais nos estimations sont qu’au moins 80.000, à partir de 2001, sont passées dans l’engrenage du système. Il est temps que l’administration Us montre un engagement concret à respecter les droit humains ». Parmi les nombreux témoignages recueillis dans les documents de l’ONG britannique on peut lire celui d’un prisonnier de Guantanamo (où environ 300 musulmans restent prisonniers en régime de détention administrative, sans accusation formelles à leur charge) qui rapporte l’expérience d’un de ses voisins de cage : « Il me raconta qu’ils étaient une cinquantaine sur ce navire, enfermés au fond de la cale, et qu’ils étaient plus tabassés qu’à Guantanamo ».

Le rapport suspecte en outre que certains prisonniers fantômes aient transité par des structures de la base militaire de « Diego Garcia », dans l’Océan Indien. Ce qui coïnciderait avec la reconnaissance partielle du ministre des Affaires Etrangères de Londres, David Miliband, qui avait dit en février dernier que deux avions étasuniens en mission de type « rendition » avaient fait escale dans cette base. « Pas à pas – a commenté Andrew Tyrie, président de la Commission parlementaire sur les missions torture - la vérité sur les « renditions » voit le jour : ce n’est qu’une question de temps. Le gouvernement ferait mieux d’éclaircir ça immédiatement ».

Un porte-parole de la marine militaire étasunienne a cependant démenti les conclusions de Reprieve. « Il n’y a pas de prisons américaines » a dit le commandant Jeffrey Gordon au Guardian. Mais c’est désormais un fait établi que les missions-torture étasuniennes aient été consolidées et soient de pratique commune : des bases secrètes de la CIA – dit le Guardian- opéraient en Roumanie, Pologne, Thaïlande et Afghanistan. « Toutes ces bases secrètes font partie d’un réseau global dans lequel les gens sot détenus indéfiniment, sans que des chefs d’accusation soient formalisés, et sont soumis à la torture – en violation totale de la Convention de Genève et de la Charte des droits de l’homme de l’ONU », avait dit Ben Griffin, ex-membre des forces spéciales britanniques. Griffin fut ensuite réduit au silence par le ministre de la Défense qui obtint, à ses dépens, une mise en demeure du Tribunal.

Edition de mardi 3 juin 2008 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/argomenti...

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

LA MISE EN EXAMEN DE GEORGE W. BUSH POUR MEUTRE.

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La mise en examen de George W. Bush pour meurtre

Le livre qu’ils n’arrivent pas à cacher

Michael Collins Envoyer à un(e) ami(e) Imprimer

Vincent Bugliosi veut voir George W. Bush mis en examen pour meurtre.
D’autres sont complices du crime, notamment le vice-président et Condoleezza Rice, mais Bush est la cible principale de ce célèbre procureur de Los Angeles (affaire Charles Manson) et auteur à succès (Helter Skelter et The Betrayal of America, par exemple).

Août 2008



Le procureur et le président


Bugliosi présente un dossier dévastateur dans son livre « The Prosecution of George W. Bush for Murder (la mise en examen de George W. Bush pour meurtre - ndt) ».
Alors que j’écris ces lignes, j’ai encore du mal à me remettre du choc ressenti à la lecture du titre et du nom de l’auteur. Procureur légendaire avec un passé presque parfait dans de grandes affaires criminelles, Bugliosi développe une des idées les plus révolutionnaires qu’on puisse imaginer dans le contexte présent où la pensée politique est devenue quasi-nulle. Mais parlons du livre et examinons le raisonnement du procureur.

Dés les premières lignes, il aborde la question du titre choc. On peut lire :

« Le livre que vous avez entre les mains traite de ce que je crois être le crime le plus grave jamais commis dans l’histoire des Etats-Unis – le président de la nation, George W. Bush, en toute connaissance de cause et délibérément, a entrainé le pays dans une guerre en Irak sous de prétextes fallacieux, une guerre qui a condamné plus de 100.000 personnes, dont 4000 soldats étatsuniens, à une mort horrible et violente. »

Le président a « en toute connaissance de cause et délibérément » provoqué la mort de soldats US et de civils Irakiens et cela s’appelle un meurtre, c’est aussi simple que ça. Il ne s’agit pas d’une situation hypothétique qui pourrait se produire sous une juridiction d’exception. Lorsque le président quittera ses fonctions, il sera soumis aux mêmes lois que tout un chacun. Bugliosi explique la possibilité d’une mise en examen de George W. Bush par un procureur de district ou d’état dans n’importe quelle juridiction où quelqu’un aurait perdu la vie dans la guerre en Irak. Les procureurs fédéraux ont aussi cette possibilité. L’analyse détaillée de cet aspect représente la meilleure partie du livre avec ses notes et ses références diverses.
Dans le premier chapitre, « Ouvrir les yeux », Bugliosi explique comment il est arrivé à cette conclusion et encourage le lecteur à faire de même.
Il attribue son très grand succés en tant que procureur et auteur à sa capacité de « voir ce que j’ai en face de moi sans me laisser influencer par les habits (ou la réputation, ou les rumeurs, etc) que d’autres ont enfilés. »

Après cet appel à garder l’esprit ouvert, l’auteur offre à ses lecteurs une série de citations de Bush, Cheney, Rice et autres. Avant l’invasion, ces déclarations ont eu le pouvoir de faire basculer l’opinion publique en faveur de la guerre. Comment pouvons-nous tolérer un dictature, demanda Bush, qui « menace le monde avec des maladies et des poisons horribles, avec des armes chimiques et atomiques » ? L’Irak possédait des « appareils volants sans pilotes » et « cherchait à les utiliser contre les Etats-Unis ». Ces déclarations, et d’autres, étaient non seulement totalement fausses, mais en plus il le savait, sans aucun doute.

Après les deux premiers chapitres, méticuleusement construits, le procureur, connu pour ses plaidoyers de plusieurs centaines d’heures devant un jury, a préparé le lecteur à admettre la recevabilité de ses accusations. Ensuite il ouvre une parenthèse, avant d’en arriver au fait, pour nous rappeler le coût de ces mensonges. Plus de cent mille personnes sont mortes dans une guerre basée sur les mensonges délibérées du président.
Ce ne sont pas n’importe quelles morts, nous dit-il. Nous sommes en présence du meurtre d’états-uniens jeunes, influençables, patriotiques qui se sont engagés dans l’armée pour toute une série de raisons honorables. Un même lien les unit, une loyauté envers leur pays pour lequel ils étaient prêts à mourir dans une guerre. Bugliosi n’oublie pas les civils irakiens morts dans le chaos provoqué par l’invasion de Bush, mais précise qu’il n’a trouvé aucune loi qui permette une mise en accusation pour ces morts là.

Après les trois premiers chapitres, nous connaissons la tragédie qui demande que justice soit faite et nous sommes conscients de la détermination de l’auteur à chercher à obtenir cette justice pour tous ceux qui sont tombés. Il est en colère devant ce crime et veut obtenir justice. Bugliosi est indifférent devant le silence quasi-total des médias résultant de l’état comateux dans lesquels sont plongés les milieux dirigeants, état illustré par la censure calculée de tous les réseaux d’information et les pisse-copie de l’administration Bush au sein du New York Times et du Washington Post.

Bugliosi présente trois dates dans son dossier à charge :

Le 1er octobre 2002, Bush reçut un rapport rédigé par tous les services de renseignement du pays. Le danger que représentait l’Irak pour les Etats-Unis était résumé par cette simple phrase : « il n’y a pas d’indication de drones pouvant lancer des armes chimiques, ni de ventes d’armes à Al Qaeda qui pourraient être retournées contre nous, ni d’autres dangers imminents. Bagdad pour le moment ne semble pas disposé à mener des attaques terroristes par des armes conventionnelles ou chimiques contre les Etats-Unis, par crainte de fournir aux Etats-Unis un prétexte pour attaquer. L’Irak pourrait probablement tenter des attaques clandestines sur le sol des Etats-Unis si Bagdad craignait qu’une attaque mettant en danger le régime était imminente ou inévitable, ou possiblement par vengeance. De telles attaques – probablement avec des armes bactériologiques plutot que chimiques – seraient probablement menées par des forces spéciales ou des services de renseignement ». NIE, 10/2002 et (V. Bugliosi, pp. 104-105)

Le 4 octobre 2002, Bush présenta au Congrès une version manipulée du rapport, appelé le Rapport Blanc (White Paper). Il avait retiré l’information essentielle, à savoir que l’Irak n’était considérée comme un danger imminent que si la survie du régime était menacée par une attaque US. Les « jugements » et autres suppositions avaient été transformés en affirmations afin de faire passer le rapport pour un aval des services de renseignements pour passer à l’attaque.

En fait, le rapport présenté au Congrès disait exactement le contraire que celui qui avait été rédigé par les services de renseignement le 1er octobre. L’élément qui pouvait déclencher une menace irakienne était exactement ce que Bush se proposait de faire : lancer une attaque qui menacerait la survie du régime de Saddam Hussein. Plutôt que de penser à la sécurité du pays, en toute logique et selon les avis de ses propres services de renseignement, Bush a risqué la sécurité de la nation tout en occultant des informations cruciales.
Le 7 octobre 2002, Bush s’exprima devant un public à Cincinnati, Ohio, et affirma que Saddam Hussein représentait un danger pour les Etats-Unis avec ses « drones volants » équipés d’armes de destruction massive « visant des objectifs aux Etats-Unis ».

Il s’agit d’éléments importants. Sans ambiguité. Bush savait que l’Irak ne représentait pas une menace pour le pays, mais a prétendu le contraire pour obtenir un soutien à sa guerre. Tout ceci ne représente qu’une petite partie des arguments qui sont présentés dans ce livre d’une manière déterminée, complète et prenante et où Vincent Bugliosi tient ses promesses.

Il présente un dossier accablant contre George W. Bush, explique les bases juridiques qui rendraient une mise en examen possible, et explique que cette mise en examen du président était un élément fondamental pour restaurer le prestige de cette « grande nation » que sont les Etats-Unis.

Mais la mise en examen aurait des répercussions plus larges, si elle devait avoir lieu.

Le procès et la condamnation de George W. Bush pour meurtre serait un événement d’une importante gigantesque, mais ne serait encore rien devant la jurisprudence que cela représenterait. Les présidents ne pourraient plus jouer avec les vies des soldats et des civils dans des guerres autres que celles qui seraient spécifiquement menées dans le cadre de la défense nationale ou en riposte à un danger imminent pour le pays.

Bien que le président ait plusieurs fois changé de version dans ses justifications d’une invasion, son déclenchement et l’occupation n’avaient pas grand-chose à voir avec la sécurité des Etats-Unis. Comme Bugliosi l’a dit lors d’une interview avec l’auteur de ces lignes, plus de 4000 soldats sont morts « pas dans votre guerre, pas dans ma guerre ni dans celle des Etats-Unis, mais dans la guerre de Bush ». Toutes les explications offertes par Bush ont été rejetés par tous sauf par les auteurs du crime et aucune des motivations financières ou politiques avancées par d’autres ne sont acceptables devant les morts et les destructions provoquées.

Si un procès devait se tenir, et l’accusé condamné, tout futur président devra réfléchir à deux fois avant de servir des propres intérêts ou ceux de ses financiers et de quelques autres heureux élus, peu importe leurs promesses ou leurs cadeaux. Le président et ses conseilleurs principaux seraient responsables du droit fondamental de chaque individu, évident pour nous mais pas pour eux, de ne pas risquer sa vie au nom des desiderata égoïstes, politiques ou financiers du président. Les présidents ne pourraient plus couvrir le péché de meurtre avec préméditation en le drapant d’une fiction sur les pertes nécessaires au nom d’un intérêt national supérieur. Les véritables fondements d’une décision présidentielle seraient publics et soumis à l’examen du peuple via leurs procureurs locaux.
L’éternel conflit entre les droits individuels et les droits collectifs serait résolu aussi. Dans l’impossibilité de recourir à des guerres inutiles, le chef de l’exécutif agirait dans l’intérêt de chaque citoyen et l’industrie militaire surdimensionnée serait réduite au minimum au lieu de servir d’outil à une présence impérialiste partout dans le monde. La diplomatie servirait les intérêts communs, et se substituerait à la force imposée sur les états plus faibles. Et ceci ne concernerait pas que les grandes guerres.

Depuis la deuxième guerre mondiale, Les Etats-Unis ont effectué plus de 40 interventions militaires. Alors à moins que le président puisse être certain qu’aucun soldat ne mourrait, il serait bien avisé de trouver une justification solide pour engager toute opération militaire afin de ne pas se retrouver inculpé et risquer une peine sévère [ndt - lors d’une interview filmé du procureur, celui-ci parle ouvertement de 'peine de mort' ou 'prison à vie' - NDT]. Le président aurait aussi devant lui l’exemple d’un vice-président qui s’est livré à des mensonges incessants sur les justifications d’une guerre.

La Défense Nationale était cruellement défaillante le jour du 11 Septembre, malgré l’incroyable puissance militaire déployée dans le monde. L’administration a réussi à s’exempter d’avoir des comptes à rendre devant les tribunaux internationaux, alors qu’il existe une possibilité de poursuites à l’intérieur du pays, souligne Bugliosi. La menace est donc plus sérieuse et concrète pour tous ces dirigeants qui jouent avec la vie de leurs concitoyens juste pour servir quelques intérêts financiers qui refusent toute véritable concurrence sur leur terrain.

Traduction VD pour le Grand Soir

Source: le Grand Soir


The Prosecution of George W. Bush for Murder
By Vincent Bugliosi
Vanguard Press (May 26, 2008 )

AUX USA, ON SAISIT LE DROIT DE VOTE

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Aux USA, on te saisit ton droit de vote en même temps que ta maison

Gregoire Seither Envoyer à un(e) ami(e) Imprimer

On est à fond dans la stratégie annoncée par Greg Palast, dans son livre l’an dernier (Armed Madhouse).
Le but de l’opération n’est plus de bourrer les urnes ou de trafiquer les résultats (c'est trop visible) mais tout simplement d’empêcher un maximum d’électeurs du camp adverse de se rendre aux urnes. A la fin, l’élection se joue sur une poignée de voix… commme dans l’Ohio, en 2004, où la victoire de Bush a été décidée sur une avance de moins de 45 000 voix, pour un pays de 300 millions d’électeurs.

Septembre 2008



L’Etat du Michigan est un “swing state”, un Etat où le basculement même infime de la majorité des votes pourrait bien décider du résultat de l’élection présidentielle US de 2008. Le comté de Macomb (Michigan) est lui-même un levier important pour décider du résultat de l’élection. Les électeurs démocrates y sont nombreux, mais aussi les indécis. La victoire se jouera donc sur quelques milliers, voire quelques centaines de voix.

Dans le comté de Macomb, comme ailleurs, la crise du “subprime” a surtout frappé des familles pauvres, noires, dont les faibles revenus ne permettent pas la poursuite du paiement de traites immobilières qui ont triplé par endroit. Des milliers de personnes ont perdu leurs maisons, saisies pour non paiement des traites. Aujourd’hui, "grâce" au Parti républicain, ces personnes vont également perdre leur droit de vote.

Comme par hasard, la majorité de ces personnes vit dans des districts électoraux traditionnellement acquis au Parti démocrate.
James Carabelli, premier secrétaire du Parti républicain dans le comté de Macomb, a compilé une liste de maisons saisies et les noms de leurs propriétaires, afin de contester la participation de ces personnes à l’élection de novembre prochain. “Si leur maison a été saisie, c’est donc qu’ils n’habitent plus ici… et donc ils ne devraient pas avoir le droit de voter ici.”

‘Nous avons compilé les listes des maisons saisies et nous allons être vigilant que personne ne puisse utiliser ces adresses pour prétendre voter dans les bureaux de vote que nous supervisons.” Pour Carabelli, il s’agit simplement de respecter la loi.

La législation électorale de chaque Etat permet aux partis politiques de désigner des ’superviseurs électoraux’ qui ont le pouvoir d’empécher une personne de voter. Les superviseurs ne se contentent pas de surveiller le bon déroulement du vote, ils peuvent également contester le droit de vote d’une personne “pour laquelle ils ont de bonnes raisons de penser que cette personne n’est pas en droit de voter dans ce bureau de vote”. Il peut s’agir d’une personne tentant de voter alors qu’elle est privée de droits civiques, il peut s’agir d’un étranger en situation irrégulière… ou tout simplement une personne qui ne réside pas vraiment dans la circonscription électorale.

Le Parti républicain du Michigan compte apparemment s’appuyer sur ce dernier point pour empécher de voter des personnes “qui ne sont plus résidentes du district, puisque leur maison a été saisie”.

De nombreux experts juridiques mettent en doute la légalité d’une telle démarche. Pour Gerald Hebert, ancien expert électoral pour le Ministère de la Justice U.S. et directeur du Campaign Legal Center à Washington : “Vous ne pouvez pas empêcher un citoyen d’user de son droit de vote, sans élément concret à présenter. Une note de saisie n’est pas une preuve suffisante que la personne ne réside plus dans le district, la plupart des personnes ne quittent pas immédiatement leur maison, même quand elle a été officiellement saisie par la banque.”

Pour Hebert, “cette tactique est de toute évidence une manoeuvre mesquine pour écarter des urnes des gens dont on soupçonne qu’ils ne voteront pas pour le candidat McCain. On n’est plus en Floride, ils ne traficotent plus les bulletins de vote et les machines à voter, ils empêchent simplement un maximum d’électeurs démocrates de se rendre aux urnes. Soit par des méthodes légales comme celle-ci, soit par du harcèlement, soit par du sabotage de l’élection, en provoquant des embouteillages dans les bureaux de vote, obligeant les gens à faire la queue pendant longtemps… toujours dans le but de les décourager d’aller voter. “

L’exploitation de la crise du subprime à des fins électorales est une nouvelle illustration de l’étroite implication de la campagne de John McCain avec les milieux financiers engagés dans la saisie de centaines de milliers de maisons à travers le pays.
Ainsi, dans le comté de Macomb, le bureau de campagne du Parti républicain est installé dans les locaux de l’entreprise Trott & Trott, spécialiste de la saisie immobilière. Le fondateur de la société David A. Trott, a collecté près de 250 000 dollars pour la campagne de John Mc Cain.


Source: Alter Info

PRINCIPES DU NOUVEL ORDRE IMPERIAL MONDIAL

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Principes du Nouvel Ordre Impérial Mondial

Edward S. Herman et David Peterson

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Il faut bien reconnaître que dans le Nouvel Ordre Impérial Mondial (NOIM) – les Etats-Unis, plus agressifs et ultramilitarisés que jamais depuis la disparition de l’Union Soviétique projetant leur superpuissance à travers toute la planète et semant déstabilisation et dévastation dans tous les principaux théâtres d’opération au prétexte d’y apporter liberté et stabilité – la réactualisation d’un certain nombre de principes devient de plus en plus flagrante. Bien qu’ils n’aient rien de très novateur, ces principes réduisent les relations de pouvoir à l’affirmation ou au déni de certains droits, bien plus audacieusement que par le passé, avec pour conséquence l’émergence d’un « double standard » [ndt : politique des deux poids deux mesures] applicable littéralement partout dans le monde. Dans le monde réel, trois facteurs déterminent la prévalence de ces principes :
a) Selon que Washington les fait valoir pour soi-même (au bénéfice explicite ou implicite de ses proches alliés ou vassaux).
b) Selon que Washington les dénie à ses ennemis.
c) Selon qu’il est indifférent à Washington de les voir appliqués ou non.

21 avril 2008
Traduit de l’anglais par Dominique Arias
(Les notes entre [ndt : …] sont du traducteur et n’engagent que lui)


Ainsi que nous allons le voir, bien que purement arbitraires, ces affirmations ou dénis de droits soient jugés parfaitement recevables par nos élites, qu’il s’agisse des leaders des puissances occidentales, des représentants de partis politiques, des responsables de l’ONU, de l’establishment médiatique ou de ceux de nos intellectuels qui ont droit au chapitre [ndt : les autres passant à la trappe]. Ils dénotent l’institutionnalisation d’un système autocratique au sein duquel la justice est inopérante et dont la perversion se nimbe d’un brouillard de rhétorique et d’occultation.

1. Le droit d’agression :

Les Etats Unis disposent d’un droit d’agression de première classe et jouissent depuis toujours de la possibilité de violer la Charte des Nations Unies, en particulier en ce qui concerne le « crime international suprême » [ndt : agression et occupation d’un pays], bien évidemment sans encourir la moindre sanction (ex : le Vietnam puis toute l’Indochine, le Panama, la Yougoslavie, l’Afghanistan, l’Irak, etc.). Etant le principal client des USA, Israël a toujours bénéficié du droit de faire de même (ex : le Liban, en 1982 puis 2006, mais aussi la Syrie, l’Algérie, les territoires occupés de Palestine, etc.) là encore, sans aucune sanction, bien sûr. Dans les milieux politiques et intellectuels de ces deux pays, la plupart des objections faites à ces agressions restent purement pragmatiques, portant sur des questions d’efficacité, de coût (pour l’agresseur), voire de pertinence décisionnelle, mais le droit d’agresser n’est jamais remis en cause, ni chez l’agresseur lui-même, ni sur le plan international. La loi, manifestement, c’est seulement pour les autres.

Inversement, s’agissant d’incursions imputables à des pays considérés comme ennemis des USA ou des puissances occidentales, comme l’invasion du Cambodge par le Viêt-nam, en 1979 ou de celle du Koweït par l’Irak, en 1990, l’indignation de nos élites est à son comble et les envahisseurs sont sévèrement sanctionnés (embargo international et invasion chinoise au titre de représailles contre le Viêt-nam – le régime Khmer Rouge déchu se voyant pour sa part gratifié du siège du Cambodge aux Nations Unies – l’Irak, chassé du Koweït, se voyant, lui, plongé avec l’aval des Nations Unies dans une guerre dévastatrice conduite par les USA, en prélude à treize années de sanctions drastiques ouvrant à leur tour sur l’invasion américaine de 2003). Différence notable cependant entre 1979 et 1990, tandis qu’en 1979 l’Union Soviétique avait opposé son veto à une résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies exigeant le retrait des forces vietnamiennes hors du Cambodge – en dépit de la remarque de l’ambassadeur d’Australie qui déclarait : « Nous ne pouvons accepter que les affaires intérieures d’un gouvernement, quel qu’il soit [en l’occurrence celui du Cambodge] et si répréhensible soit-il, puissent justifier une agression militaire lancée contre lui par un autre gouvernement [en l’occurrence celui du Viêt-nam] » [ndt : L’Australie venait de participer pendant une quinzaine d’années à la guerre du Vietnam aux côtés des USA].

Mais dans les débats qui, au Conseil de Sécurité, suivirent l’invasion de l’Irak du 2 août 1990, jamais aucun représentant d’un des cinq Membres Permanents n’opposa son veto à une résolution appelant l’Irak à un retrait immédiat de ses troupes hors du Koweït ou imposant des sanctions à l’agresseur. Ce qui faisait toute la différence, c’est qu’en 1979, l’URSS était encore une superpuissance, ce qui n’était plus le cas en 1990 ou depuis.


2. Le droit de recourir au terrorisme (et le droit de massacrer à volonté sans être considéré comme terroriste) :

Ce droit est consubstantiel à celui d’agression, dans la mesure où la frontière entre terrorisme et agression demeure floue et n’est généralement qu’une question d’échelle, dans un cas comme dans l’autre. Bien sûr, l’usage de ces deux termes demeure proscrit pour qualifier les exactions américaines en matière de bombes ou de massacres.
L’attaque « Shock and Awe » [ndt : stratégie U.S. qui vise le plus officiellement du monde à laisser, par son extrême violence et sa démesure, l’adversaire atterré, sous le choc, et incapable de se défendre] qui fut le point de départ de l’occupation de l’Irak, fut ouvertement planifiée pour terroriser civils et militaires irakiens. De même les attaques U.S. contre des villes comme Fallujah, avaient des objectifs ouvertement terroristes. Et il en va de même des attaques militaires israéliennes. Pour autant, le présupposé politique occidental selon lequel l’Etat d’Israël n’agit jamais qu’en « réponse » et en « représailles » contre un terrorisme qu’il se garde bien de pratiquer, demeure une constante absolue. L’introduction de la résolution 951 du Conseil – adoptée le 5 mars à une quasi-unanimité de 404 voix contre une, lors même que les Forces de Défense israéliennes attaquaient sauvagement un camp de refugies

palestiniens à Gaza – stipule que « les opérations militaires du Gouvernement israélien à Gaza visent exclusivement le Hamas et d’autres organisations terroristes » et précise que « les « négligences » [ndt : casualties : euphémisme U.S. pour victimes innocentes] civiles causées par inadvertance du fait d’opérations militaires de défense visant des cibles militaires, pour profondément regrettables qu’elles puissent être, ne sont en aucun cas moralement équivalentes au fait de prendre délibérément pour cible des populations civiles comme le font le Hamas et d’autres groupes terroristes basés à Gaza. » C’est purement et simplement un blanc seing sans limite au terrorisme d’Etat Israélien. D’abord parce que tous les leaders israéliens, de Abba Eban à Ariel Sharon ou à l’actuel Premier ministre Ehud Olmert, ont ouvertement admis que terroriser les populations civiles comptait parmi leurs objectifs. Ensuite parce que la proportion de Palestiniens tués (soi disant « par inadvertance ») par des Israéliens, a toujours été très largement supérieur au nombre d’Israéliens tués soi disant délibérément par des Palestiniens (le rapport était de 25 pour 1 avant la seconde Intifada, de 4.6 pour 1 depuis le début de celle-ci, en 2000, et de 25 pour 1 depuis la Conférence de « paix » d’Anapolis, en novembre dernier). Enfin parce que les prétendus « massacres par inadvertance » d’Israël sont en fait plutôt délibérés, vu que les forces israéliennes n’hésitent nullement à utiliser un armement lourd dans des zones civiles très fortement peuplées de Gaza et du Liban (été 2006), où les victimes civiles s’avèrent aussi nombreuses qu’elles étaient prévisibles.
3. Le droit au nettoyage ethnique :

Les pays occidentaux jugent le nettoyage ethnique répréhensible – et pleurent abondamment sur le sort des victimes – mais uniquement lorsqu’ils sont perpétrés par nos ennemis déclarés, comme les Serbes de Bosnie et la République Fédérale de Yougoslavie de Milosevic (dans les années 1990) ou le gouvernement soudanais aujourd’hui, ou qu’ils peuvent leur être imputés. En réalité, le nettoyage ethnique reproché aux Serbes de Bosnie participait très largement de l’implacable loi du talion qui caractérisait une guerre civile où les autres protagonistes (Musulmans bosniaques et Croates) partageaient les mêmes pratiques de nettoyage ethnique. Milosevic n’a d’ailleurs jamais cherché à nettoyer le Kosovo pour en remplacer les Albanais par des colons serbes. L’exode des populations fuyant les combats était la conséquence d’une guerre civile puis, avec les bombardements de l’Otan, d’un conflit bien plus large. (1)

Présentant les choses sous un angle totalement biaisé, le quotidien The New Républic fait apparaître « une multitude de parallèles entre l’actuelle crise du Darfour et celle du Kosovo en 1999. […] Lorsque des rébellions se firent jour au Kosovo comme au Darfour, Belgrade et Kartoum décidèrent de combattre les guérillas en s’en prenant aux populations civiles au sein desquelles elles étaient apparues. » C’est aussi faux s’agissant du Darfour que du Kosovo. En réalité, le seul point commun véritablement flagrant, c’est la partialité sélective et politique à l’égard des faits, dans la représentation que les pays occidentaux donnent de ces conflits. En 2007, une évaluation du Programme des Nations Unies pour l’Environnement montrait que « La dégradation de l’environnement ainsi que les changements et l’instabilité climatiques, comptent parmi les principales causes dont découlent l’insécurité alimentaire et les conflits du Darfour. […] La région est assaillie par une combinaison problématique

d’augmentation de la population, de surexploitation des ressources et de grave et manifestement durable pénurie de pluies. Par voie de conséquence, la majeure partie du nord et du centre du Darfour est si dégradée qu’elle ne peut durablement subvenir aux besoins de ses populations rurales. »

En revanche, s’il était un authentique cas de nettoyage ethnique, avec en outre des implications mondiales du fait du ressentiment qu’il inspire à l’ensemble du monde arabe et plus généralement au monde musulman, c’était bien la constante expulsion des Palestiniens hors de leurs terres dans les territoires occupés de Cisjordanie et de Jérusalem Est, dans le but d’implanter de nouvelles colonies juives. Les Occidentaux n’utilisent littéralement jamais le terme de « nettoyage ethnique » dans ce cas particulier. Et cela en dépit du fait que les leaders israéliens ont ouvertement reconnu, depuis des années, que l’objectif de ces créations de colonies était précisément de remplacer les Palestiniens par des juifs. Et c’est la mise en œuvre de cet objectif qui les a amenés à tuer des milliers de personnes, à démolir plus de 18 000 habitations depuis le début de l’occupation armée, en 1967, et à chasser du pays des centaines de milliers d’indigènes non-juifs.
Rapporteur Spécial de l’ONU sur les Droits de l’Homme dans les territoires occupés de Palestine, John Dugard a maintes fois mis en garde [les pays membres] contre la volonté israélienne de « judaïser davantage Jérusalem » privant de fait, par avance, tout futur Etat palestinien de capitale. « L’objectif sans équivoque de ces déplacements [de populations] est d’évacuer tout ce qui pourrait suggérer que Jérusalem Est soit une entité palestinienne capable de devenir à terme la capitale d’un Etat palestinien » explique Dugard. « La construction du mur, l’expansion des colonies et la dépalestinisation de Jérusalem sont une menace pour la viabilité d’un Etat palestinien. » Et malgré cela, comble du « double standard » [politique du « deux poids deux mesures »] et de l’hypocrisie occidentale, ce nettoyage ethnique systématique, qui dure depuis des décennies, a toujours joui du soutien positif des leaders et des médias occidentaux, et Israël n’a cessé d’être honoré tandis que ses victimes étaient présentées comme d’insatiables agresseurs.
En dépit de la volonté sans équivoque d’Israël de nettoyer ethniquement et de spolier toutes les terres appartenant aux Palestiniens, cet objectif a toujours été présenté en Occident comme « une nécessité pour la sécurité d’Israël. » Selon le « double standard » froidement raciste des Occidentaux, les Palestiniens n’ont aucun besoin de sécurité et le fait que leurs actions ne font que répondre au terrorisme massif d’Israël et au processus de spoliation en cours est totalement occulté. C’est ça le véritable « miracle israélien. »

4. Le droit de subversion : A l’instar du droit d’agression dont jouissent les Etats-Unis – qui y ont eu recours bien plus fréquemment depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale – leur droit d’interférer, de subvertir [voire renverser] tout gouvernement de leur choix, reste une constante. L’intervention « contre-révolutionnaire » en Grèce (1947-1949), le renversement de Mohammad Mossadegh en Iran (1953) et de Jacobo Arbenz Guzmàn au Guatemala (1954) [ndt : pour ne rien dire de la guerre de Corée] ne sont que quelques exemples remarquables de la manière dont s’imposa par la force l’autorité américaine, dès la première décennie qui suivit la Seconde Guerre mondiale. Michael McClintock explique que pendant la Guerre Civile grecque, lors de l’intervention de contre-guérilla des USA, « le contrôle des opérations passa presque intégralement sous le commandement des Américains, en plus de la présence de conseillers américains sur le terrain même des opérations de combat. » Cette pratique « allait demeurer la principale caractéristique des priorités des forces contre-insurrectionnelles U.S., depuis Vietnam jusqu’au Salvador. » Les recherches historiques de McClintock ne s’étendent pas au-delà de l’année 1990, mais nous pourrions largement inclure dans ces priorités, la Colombie, la Yougoslavie, l’Afghanistan ou l’Irak.

Regardée par beaucoup comme « le berceau de la stratégie U.S. de la Guerre Froide » – comme la désignait une déclaration militaire U.S. des années 1960 – l’intervention en Grèce portait l’estampille caractéristique de la stratégie contre-insurrectionnelle U.S. Cette stratégie s’est trouvée récemment redéfinie (mais non remplacée en pratique) par la mythique « Doctrine Petraeus » [ndt : Du nom du commandant en chef des forces d’occupation en Irak], et par la version réactualisée (2006-2007) de l’U.S. Counterinsurgency Field Manual [ndt : Enième mouture du « Manuel de campagne contre-insurrectionnel » à l’usages des forces armées U.S. et coalisées, et dont Petraeus est coauteur]. Il semble d’ailleurs que cette nouvelle version du manuel soit désormais à disposition des forces U.S. en Irak, dans le cadre de « La Déferlante » U.S. [ndt : « The Surge » : Euphémisme de l’administration Bush pour la guerre anti-insurrectionnelle menée actuellement contre la population irakienne]. Selon ladite doctrine Petraeus, dans la « guerre contre le terrorisme », l’actuelle « nouvelle vague d’insurrections » est alimentée non par la subversion « communiste » à l’ancienne mais par « les Etats faibles et minables » et bien plus encore par « des acteurs non-étatiques » ou « terroristes ». Pour autant, au-delà des nuances sémantiques de la terminologie utilisée pour instituer tant la fin de la Guerre Froide que l’avènement de la « Guerre contre le Terrorisme », en substance, la stratégie elle-même reste inchangée.

La politique américaine de subversion a revêtu une multitude de formes. Dans le chapitre « Le Droit Naturel des USA à la Subversion » de notre ouvrage de 1982 Le Véritable Réseau Terroriste, un tableau montrait une douzaine de types de subversion mis en œuvre par les USA dans huit pays d’Amérique Latine et des Caraïbes entre 1950 et 1980. On y trouvait notamment différentes formes de violences visant la population et les biens, une large gamme de méthodes de corruption et de pratiques telles que la « propagande noire » [ndt : campagnes de dénigrement, de décrédibilisation et de désinformation] ou le financement à très grande échelle de partis d’opposition et de mouvements de protestation, comme les mouvements d’étudiants et certaines organisations féminines. On y trouvait aussi un résumé de la description que donnait Philip Agee [ndt : ancien agent secret U.S., dont les ouvrages dévoilent, attestent et dénoncent les méthodes de subversion de sabotage et d’assassinats de la CIA] des méthodes de subversion à plusieurs niveaux mises en œuvre en Equateur dans les années 1960.

Ces mêmes techniques furent aussi employées au Brésil (1964) ou au Chili (1973) et toutes sont encore d’un usage courant aujourd’hui. On ne peut qu’être frappé par les similitudes entre cet âge d’or de la subversion [les années 1960-70-80] et les méthodes déployées de nos jours en Iran ou au Tibet (voire dans tout l’Ouest de la Chine). Mais tandis que ces actions avaient autrefois pour prétexte de contrer la « subversion communiste », elles prétendent aujourd’hui participer d’une volonté de « promouvoir la démocratie », de « repenser la diplomatie », de « défendre les Droits de l’Homme », etc.

5. Droit d’imposer des sanctions

Le pouvoir hégémonique ne garantit pas seulement le droit d’agression et celui de pratiquer le terrorisme ou la subversion, il offre aussi celui d’imposer des sanctions aux pays cibles, d’en faire souffrir les populations et d’en discréditer les dirigeants, le plus souvent avec le concours de la « communauté internationale. » L’Union Soviétique, Cuba, le Viêt-nam (de 1975 à 1994), le Nicaragua sous le régime sandiniste, l’Iran (depuis le renversement du Shah en 1979), la Libye ou l’Irak (suite à l’invasion du Koweït en 1990), la République Fédérale de Yougoslavie (à partir de 1992) puis la République de Serbie (de sa création jusqu’aujourd’hui), l’Afghanistan sous les Talibans, etc. Tous ces pays ont été soumis à un régime de sanctions à la demande des USA. Bien sûr, il va sans dire que les USA eux-mêmes et leurs clients ne se sont jamais vu imposer aucune sanction, fut-ce pour des crimes tels que ceux pour lesquels l’Allemagne fut condamnée à Nuremberg, notamment l’agression ou de graves crimes de guerre [ndt : comme le massacre planifié de populations civiles ou le déclenchement délibéré de famines (Vietnam Cambodge Laos, etc.)] Le « double standard » évoqué plus haut est ici particulièrement flagrant.

Autre miracle de ce « double standard », non seulement Israël ne se voit jamais imposer aucune sanction – bien que perpétuellement en violation de la quatrième convention de Genève (selon laquelle la protection des civils dans les zones militairement occupées incombe aux forces d’occupation), et malgré les punitions collectives infligées aux Palestiniens de Gaza – mais depuis 2006, la « communauté internationale s’est même alignée sur l’axe Israélo-américain en imposant des sanction à des victimes déjà délibérément persécutées, affamées et littéralement privées de tout [ndt : A Gaza, l’état de siège a causé l’effondrement des infrastructures sanitaires et sociales, un taux de chômage de près de 50 % (selon un rapport de l’ONU) et une grave pénurie d’eau potable, d’électricité, de nourriture, de médicaments, de carburants et de nombreux autres produits de première nécessité]. Huit organisations humanitaires britanniques attestent que le siège israélien de Gaza a transformé ses quelque 1.5 millions d’habitants en une « population carcérale » de fait, démantelant leur économie, anéantissant leur infrastructure physique et handicapant lourdement leurs services de base, tels que la santé et l’éducation. Aujourd’hui, 80 % des Palestiniens de Gaza sont « dépendants de l’assistance humanitaire » pour leur survie quotidienne.

Selon ces organisations, « la politique israélienne [de rétorsions] affecte indistinctement toute la population civile […] et constitue une punition collective […] illégale au regard du droit international et humanitaire. »

Décrivant la vie des Palestiniens de Gaza « en état de siège », le Rapporteur Spécial des Nations Unies, John Dugard, observe qu’ils « ont été soumis à ce qui semble bien être la forme de sanctions internationales la plus drastique de l’époque moderne », c’est sans doute « la première fois que des populations occupées ont été ainsi traitées […] Israël viole ici les principales résolutions du Conseil de Sécurité et de l’Assemblée Générale des Nations Unies, embarqué dans des déplacements illégaux de populations et en pleine violation des Droits de l’Homme, Israël n’a tenu dans les faits strictement aucun compte de l’arbitrage de la Cour Internationale de Justice et échappe néanmoins à se voir imposer aucune sanction. […] Il est important de se rappeler que les nations occidentales avaient refusé d’imposer des sanctions économiques contraignantes à l’Afrique du Sud, pour lui imposer l’abandon de la politique d’apartheid, au prétexte que cela porterait tort aux populations noires d’Afrique du Sud. Les Palestiniens, eux, ne peuvent même pas bénéficier d’une telle mansuétude en matière de Droits de l’Homme. » Les interrogations du Rapporteur Spécial trouvent néanmoins leur réponse dans le fait que, dans les véritables principes du Nouvel Ordre Impérial Mondial, les sanctions n’ont rien à voir avec les crimes réels, de même que les récompenses n’ont rien à voir avec la bonne conduite. La puissance, et elle seule, fait loi.

6. Le droit de résister à une agression
A l’opposé des perspectives qu’ouvre le travail de John Dugard, les Palestiniens de Gaza n’ont pour leur part, aux yeux de l’establishment occidental, aucun droit de résister aux attaques israéliennes, bien que celles-ci participent d’une occupation illégale et d’un impitoyable nettoyage ethnique en cours.
Dans l’idéologie occidentale, bien qu’on ne puisse parler « d’agression », les attaques des Palestiniens contre Israël constituent une forme intolérable de « terrorisme », non une résistance légitime. Elles justifient donc pleinement toutes les formes de violences qu’Israël peut bien décider d’infliger à Gaza au titre de punition collective.

Dans un communiqué de presse d’avril dernier, le Secrétaire Général de l’Initiative Nationale Palestinienne, le parlementaire Mustafa Al-Barghouthi, rappelait que depuis la fin de Conférence d’Annapolis, en novembre dernier, « les attaques israéliennes contre les Palestiniens avaient augmenté de 300 % » tandis que « dans la seule Cisjordanie, elles avaient augmenté de 46 % ». Ces attaques visant la Cisjordanie montrent assez clairement que l’objectif réel d’Israël « n’a rien à voir avec les tirs de roquettes de la résistance palestinienne à Gaza. » Depuis début avril, Israël a relâché 788 prisonniers palestiniens, comme convenu à Annapolis, mais en a fait arrêter dans le même temps 2 175 de plus. Israël a aussi augmenté le nombre de check points, n’a pas suspendu la construction du mur et, ce qui est plus grave, a continué d’augmenter le nombre des colonies juives en Cisjordanie. John Dugard a d’ailleurs souligné que les attentats suicides palestiniens et autres tirs de roquettes Al Quassam sur Israël, étaient comparables à la résistance à l’occupation allemande des différents pays d’Europe au cours de la Seconde guerre mondiale. « Le bon sens exige », explique-t-il, « que l’on fasse clairement la différence entre des actes de terreur insensés […] et des actes commis dans le cadre d’une guerre de libération nationale contre le colonialisme, l’apartheid ou une occupation militaire » et qui sont « la conséquence pénible mais inévitable du colonialisme, de l’apartheid ou de l’occupation. L’histoire regorge d’exemples d’occupations militaires auxquelles on a résisté par la violence […] C’est pour cette raison que tous les efforts doivent être faits pour mettre rapidement un terme à l’occupation. Tant que nous n’y serons pas parvenus, il n’y aura aucun espoir de paix et la violence continuera. »

S’agissant d’agressions transfrontalières où l’envahisseur ne dispose pas du droit d’agression – celle du Viêt-nam au Cambodge ou celle de l’Irak au Koweït – les victimes de telles attaques illégales sont gratifiées d’office du droit de se défendre et la communauté internationale s’empresse de voler à leur secours. Inversement, ceux qui résistent aux attaques de pays disposant du droit d’agression – le Liban envahi et bombardé par Israël en 1982 et 2006 ou la Yougoslavie, l’Afghanistan puis l’Irak successivement envahis puis occupés [ndt : Et qui le sont toujours] par les USA et leur coalition (pour s’en tenir à la seule dernière décennie) – ne disposent pour leur part d’aucun droit de résister et leur résistance est bien sûr taxée de « terrorisme ». Ainsi, bien qu’il n’opère qu’à l’intérieur des frontières du Liban [ndt : les soldats israéliens arrêtés en 2006, l’ont été en territoire occupé par l’armée israélienne] le Hezbollah est déclaré « organisation terroriste » soutenu par un Etat accusé, de fait, de soutenir le terrorisme, à savoir l’Iran. Ainsi, suite aux accords de paix relatifs à l’invasion israélienne de 2006, c’est en territoire libanais et non en Israël que l’ONU a décidé de déployer ses Casques Bleus, bien que ce soit Israël qui ait envahi le Liban et non l’inverse. La raison avancée par l’ONU pour ce déploiement en territoire libanais était naturellement la nécessité de contenir le Hezbollah et de sécuriser la frontière nord de l’agresseur.
frontière nord de l’agresseur.

De même la résistance à l’invasion/occupation U.S. de l’Irak est-elle baptisée « insurrection », comme s’il s’agissait d’un mouvement apparu dans les plus grandes capitales d’Europe et non dans un pays occupé militairement par une puissance ennemie. Témoignant devant le Congrès des Etats-Unis en avril dernier, le général David Petraeus définissait la « nature fondamentale du conflit » à l’intérieur de l’Irak comme « une compétition entre des communautés ethniques et sectaires, pour le contrôle du pouvoir et des ressources. » Les forces en compétition incluraient selon lui « les terroristes, les insurgés, les milices extrémistes, et les gangs criminels », mais aussi le soi disant « Al Qaeda en Irak », la Syrie et les « groupes spéciaux » qui, selon le Quartier Général U.S., travailleraient pour le compte de l’Iran. De sorte que ladite « nature fondamentale du conflit » exclurait totalement l’idée qu’on puisse voir comme l’une des causes possibles du conflit, le pays qui a militairement envahi l’Irak, qui a fait main basse sur son territoire [ndt : et sur ses ressources], et qui se trouve à présent engagé dans sa sixième année d’une féroce répression de toute opposition à son occupation, où qu’elle se manifeste et quelque forme qu’elle prenne. Et la communauté internationale de reconnaître effectivement à cet envahisseur là le droit d’écraser par n’importe quels moyens toute résistance qui pourrait lui être opposée. Ce droit de « détruire un pays pour le sauver » [ndt : l’expression date du Vietnam] participe aussi bien du droit d’agression que du déni de droit de résister à une agression.

7. Le droit à l’autodéfense

Les cibles de l’hégémon ne disposent d’aucun droit à l’autodéfense. Lorsqu’en 1953-1954 le minuscule Guatemala, puis le Nicaragua en 1980, sous la menace sérieuse d’une attaque américaine imminente, tentèrent de se procurer des armes auprès du bloc soviétique, ce fut un tollé de panique et d’indignation dans les milieux politiques et médiatiques U.S. Ces pays furent accusés de menacer les Etats-Unis. Leur recherche d’armement ne pouvait être une question de légitime défense, c’était une menace ouverte à l’encontre du pitoyable géant et des voisins du pays cible. Il en va de même de l’Iran, désormais sur la liste des prochaines frappes américaines. Bien que des forces américaines hostiles aient été déployées tout autour du pays et que ce dernier fasse l’objet de menaces ouvertes de la part des Etats-Unis et d’Israël, son droit à l’autodéfense est annulé. Sous la houlette des Etats-Unis, le Conseil de Sécurité a déjà renforcé par trois fois les sanctions qui pèsent sur l’Iran, en raison de son programme nucléaire, bien qu’il soit parfaitement clair que l’Iran est incapable de contrer les armes nucléaires U.S. et israéliennes avec l’armement dont il dispose. L’Iran est aujourd’hui même sous le coup d’une attaque imminente, alors qu’aucun analyste sérieux n’estime qu’il dispose de la moindre capacité nucléaire. En d’autres termes, il n’a aucun droit de se défendre.
Dans le même temps, les USA et Israël peuvent s’armer jusqu’aux dents et laisser planer la menace d’une guerre au titre de leurs impératifs de « sécurité » et de leur droit à l’autodéfense. Leurs cibles, elles, ne sauraient avoir ni droits légitimes ni impératifs de cet ordre. Comme l’expliquait Ban Ki-moon, le Secrétaire Général des Nations Unies, lors de la réunion d’urgence du Conseil de Sécurité du premier mars dernier : « Je condamne les attaques à la roquette des Palestiniens et appelle à la cessation immédiate de tels actes de terrorisme […] Tout en reconnaissant le droit d’Israël à se défendre, je condamne le recours à la force disproportionné et excessif qui a tué et blessé tant de civils et notamment d’enfants. J’appelle donc Israël à cesser ces attaques. » Précisons que cette déclaration était faite après quatre jours d’une attaque féroce des Forces de Défense Israéliennes contre les Palestiniens de Gaza, qui avait fait environ 120 morts parmi ces derniers, dont une soixantaine le jour même, au nombre desquels 39 civils. Sans se démarquer du protocole depuis longtemps attaché à sa charge, Ban Ki-moon prenait bien sûr le soin de préciser, pour introduire sa déclaration sur l’attaque sanglante et illégale d’Israël contre les Palestiniens Gaza, « Tout en reconnaissant le droit d’Israël à se défendre... » Tout comme l’hégémon lui-même, le client favori de l’hégémon ne fait jamais que se défendre…

8. Le droit d’acquérir des armes nucléaires

Les Etats-Unis et les autres Grandes Puissances jouissent du droit de posséder des armes nucléaires, à l’instar de tout pays qui reçoit sur ce point l’aval des USA (Israël, bien sûr, mais aussi l’Inde ou le Pakistan). Pour les pays cibles, en revanche, comme l’Iran ou la Corée du Nord, le droit de posséder des armes nucléaires est parfaitement exclu et se trouve dénié avec véhémence par lesdits USA. Dans les cas extrêmes, comme celui de l’Iran, les USA vont jusqu’à interdire au pays cible de jouir du simple droit que lui accorde le TNP (Traité de Non-Prolifération nucléaire), d’enrichir de l’uranium « à des fins pacifiques, quelles qu’elles puissent être. » Au contraire, les USA s’appuient sur la soi disant très réticente coopération de l’Iran avec l’AIEA (Agence Internationale pour l’Energie Atomique) et pire encore, sur le refus de l’Iran de renoncer aux droits qui lui sont garantis par le TNP, pour lui imposer des sanctions à titre dérogatoire et pour justifier par avance l’attaque tant attendue contre l’Iran et un éventuel « changement de régime ». De même qu’elles avaient collaboré avec les USA en soutenant les agressions contre l’Afghanistan et l’Irak, l’ONU et la communauté internationale s’empressent de collaborer de nouveau par leur déni de droit frappant l’Iran et son programme nucléaire civil, et par leur reconnaissance des bases « morales » de cette prochaine agression israélo-américaine.

Pas question, bien sûr, d’infliger à Israël la moindre sanction, que ce soit pour son refus de signer le TNP ou pour la manière dont ce pays a, en bon « Etat voyou », développé son arsenal nucléaire pendant pas moins de quarante ans... De même, le mépris affiché des USA pour leur obligation de signataire (du TNP) de négocier « en toute bonne foi sur des mesures effectives concernant la fin de la course aux armements [et la signature d’un] traité pour un désarmement complet et général », n’entame en rien la crédibilité de leurs exigences concernant l’urgence de réprimer et de sanctionner des violations infiniment moins graves, commises par d’autres signataires. Et c’est la même chose littéralement dans tous les domaines sur le plan international, les plus grandes puissances exigent que leur soient garantis les droits qu’elles dénient à d’autres, sans que leurs propres violations du droit international ou des conventions internationales puissent entrer en ligne de compte.

9. Le droit à voir leurs propres victimes civiles jugées dignes d’une compassion internationale.

Le monde entier s’est bien sûr indigné des attentats d’Al Qaeda du 11. 09. 2001, qui firent près de 3 000 victimes civiles aux Etats-Unis même. Mais même des massacres de bien moindre envergure, tel le meurtre de huit étudiants de la yeshiva Mercaz Harav à Jérusalem Ouest, le 6 mars dernier, font la une des journaux et suscitent la plus grande indignation. On utilise communément le terme de massacre pour qualifier ce type d’événement. Cette attaque d’un Palestinien isolé contre les étudiants d’un séminaire fut d’ailleurs qualifiée de « sauvage » par Ban Ki-moon et de « d’attaque barbare et vicieuse contre des civils innocents, [et qui mérite] la condamnation de toutes les nations », par George Bush en personne.

Pour autant, on évoque sans grande indignation le massacre de bien plus de 3 000 civils afghans lors de raids aériens lancés en représailles contre les attentats du 11 septembre ou celui de 127 Palestinien de Gaza, dont une majorité – parmi lesquels un grand nombre d’enfants – étaient des civils sans armes, au cours de « l’Opération Hot Winter » des Forces de Défense Israéliennes (Opération Hiver Chaud, du 27 février au 10 mars 2008). Bien sûr, il ne s’agit pas de « massacres », encore moins « d’attaques sauvages », et ces exactions se trouvent même généralement excusées d’office par l’usage de termes tels que « dommages collatéraux » ou « erreurs tragiques ».

L’Etat d’Israël peut sporadiquement faire l’objet de critiques pour son « usage disproportionné et excessif de la force », voire prié de « refreiner autant que possible » ce genre de pratiques, nul ne le condamnera pour autant pour avoir délibérément et par pure malveillance, massacré des civils avec une chaîne de responsabilité qui remonte clairement et sans ambiguïté du simple pilote de F-16 ou d’hélicoptère Apache jusqu’au Premier ministre en personne, en passant par toute la hiérarchie militaire des Forces de Défenses Israéliennes. « Il y a une claire distinction entre les attaques terroristes à la roquette, qui visent des civils, et des actions d’autodéfense » déclarait le porte-parole de la Sécurité Nationale U.S., Gordon Johndroe – et rares sont les représentants de l’establishment occidental qui oseront s’aviser de risquer leur carrière politique en négligeant de faire clairement cette distinction.

Bien plus flagrant encore fut le cas de Madeleine Albright en 1996 – alors ambassadeur U.S. auprès des Nations Unies – lorsqu’elle convint devant les télévisions américaines que la mort d’un demi-million d’enfants de moins de cinq ans en Irak, imputables aux « sanctions de destruction de masse » étaient « worth it » [ndt : « valaient le coup », c'est-à-dire qu’ils « valaient la peine d’être sacrifiés »]. Nul ne décrivit jamais cette réflexion comme une apologie de crime de guerre ou même de « massacre ». C’est passé comme une lettre à la poste… (2)

Forces de Défenses Israéliennes. « Il y a une claire distinction entre les attaques terroristes à la roquette, qui visent des civils, et des actions d’autodéfense » déclarait le porte-parole de la Sécurité Nationale U.S., Gordon Johndroe – et rares sont les représentants de l’establishment occidental qui oseront s’aviser de risquer leur carrière politique en négligeant de faire clairement cette distinction.

Bien plus flagrant encore fut le cas de Madeleine Albright en 1996 – alors ambassadeur U.S. auprès des Nations Unies – lorsqu’elle convint devant les télévisions américaines que la mort d’un demi-million d’enfants de moins de cinq ans en Irak, imputables aux « sanctions de destruction de masse » étaient « worth it » [ndt : « valaient le coup », c'est-à-dire qu’ils « valaient la peine d’être sacrifiés »]. Nul ne décrivit jamais cette réflexion comme une apologie de crime de guerre ou même de « massacre ». C’est passé comme une lettre à la poste… (2)

Ce dont il s’agit ici, c’est de cette bonne vieille distinction entre victimes « dignes d’intérêt » et victimes « indignes d’intérêt », entre « peuples » et « non-peuples », une distinction qui a permis aux Occidentaux d’exterminer et de spolier au fil des siècles des centaines de millions de sauvages, de nègres, de bougnoules, de niakoués, et autres non blancs, sans jamais que leur manière de se tenir pour moralement supérieurs s’en trouve le moins du monde remise en cause. Certes, il est devenu très inconvenant d’utiliser couramment le mot nègre (bien que le terme « arabe », selon les circonstances, soit très clairement péjoratif), mais il n’y a rien d’inconvenant à dire : « We don’t do body count » [ ndt : Ce qui revient sensiblement à : « Peu importe le nombre exact des victimes »], ni le cas échéant à convenir que frapper directement à la base le soutien de la population civile – vider les eaux où nage le poisson terroriste – n’a rien d’inacceptable sur le plan militaire…
Le plus extraordinaire, c’est qu’au bout du compte, la bonne vieille distinction entre EUX et NOUS s’en trouve si bien entretenue et maniée avec tant d’aplomb – principalement par le silence et par un double standard implicite – qu’elle finit par devenir la norme et par n’avoir plus rien de choquant aux yeux du public. On s’inquiètera donc à grand bruit des victimes civiles du Darfour, du Zimbabwe ou du Tibet, imputables à des pays cibles, alors que dans le même temps, cette bienveillante compassion sera systématiquement détournée de celles d’Afghanistan, d’Irak, du Congo, de Colombie ou de Palestine, sitôt qu’elles sont victimes des Occidentaux ou de leurs régimes clients.

10. Le « droit d’exister » (et d’exiger de ses victimes la reconnaissance de ce « droit d’exister »)

Ce droit fut initialement invoqué comme un outil, pour renforcer la politique américano-israélienne de rejet d’un règlement négocié avec les Palestiniens, de façon à pérenniser le conflit, à empêcher le traçage de frontières définitives et à laisser aux Israéliens la possibilité de poursuivre leur annexion des territoires palestiniens. Il constitue pour Israël et son protecteur un atout substantiel pour invalider la reconnaissance de qui bon leur semble – les « acteurs non-étatiques », tels que l’OLP, le Hamas ou le Hezbollah, mais aussi certains Etats de la région [ndt : leurs revendications ou leur légitimité], comme l’Iran, la Syrie ou l’Egypte, à une certaine époque – et quand bon leur semble, au prétexte que leur non-reconnaissance du « droit à l’existence » d’Israël est criminelle. Outre le fait que cette reconnaissance préalable conditionne toute négociation, et que l’existence matérielle d’Israël peut difficilement se voir menacée, a fortiori niée, par d’aussi faibles adversaires, le comble de cet outil de propagande qu’est le « droit à l’existence », réside dans son ambiguïté : S’agit-il du droit à l’existence d’Israël en tant qu’Etat juif ? Du droit d’être reconnu sans pour autant reconnaître le droit au retour dans leur patrie des victimes du nettoyage ethnique (les réfugiés non juifs chassés de leurs terres) ?

Il semble bien que ce « droit », des plus sinistres, ne soit en réalité qu’un dispositif supplémentaire pour maintenir indéfiniment dans l’impasse le règlement du conflit israélo-palestinien, tandis qu’Israël continue de déposséder ceux-là même qu’on accuse de ne pas reconnaître son droit à l’existence. Il est pourtant impossible de discuter de ces sujets dans les pays occidentaux, où la reconnaissance du droit à l’existence d’Israël et l’exigence de le voir défendu sans hésitation sert avant tout de « test de loyauté » et de mécanisme « disciplinaire » ou « de mise au pas ».

Le bien-fondé de telles observations se voit largement confirmé par le fait que le concept de « droit à l’existence » est presque exclusivement évoqué au sujet d’Israël et non pour aucun autre Etat ou peuple au monde. Afin d’illustrer ce point, nous avons mené toute une série de recherches à travers les banques de données Factiva et Nexis, afin de relever combien de fois l’expression « droit à l’existence d’Israël » avait été utilisée sur une période de 31 mois – du premier septembre 2005 au 31 mars 2008. Nous avons ensuite renouvelé les mêmes recherches mais en y substituant au terme d’Israël le nom de 28 autres entités (comme par exemple le « droit à l’existence de la Palestine », le « droit à l’existence de la France », et ainsi de suite). Sur Factiva, dans la catégorie la plus large, « Toutes Sources », nous avons trouvé 8 689 textes mentionnant le « droit à l’existence d’Israël », pour seulement 15 mentionnant le « droit à l’existence de la Palestine » et 7 mentionnant le « droit à l’existence des Palestiniens ». Sur Nexis [ndt : qui permet de cibler ce type de recherche sur l’intégralité des publications d’un journal ou d’un magazine] en visant le New York Times, notre recherche a produit des résultats univoques : tandis que 120 textes mentionnaient le « droit à l’existence d’Israël », Nexis n’en trouva aucun, dans toutes les archives du New York Times, qui accorde à aucune des 28 autres entités recherchées un « droit à l’existence » équivalant à celui d’Israël.
Quel est donc cet attribut, ce « Droit à l’existence », qui est littéralement l’apanage exclusif de l’Etat d’Israël, puissance nucléaire sous égide américaine, et d’aucun autre Etat, d’aucun autre peuple, d’aucune autre espèce ? Inversement, le droit à l’existence de la Palestine est pourtant une question brûlante, voire existentielle, Israël ayant refusé six décennies durant d’admettre jusqu’à l’existence d’une « nation » palestinienne, pour ne rien dire de la reconnaissance d’un « Etat » défini notamment par des frontières précises. La représentation totalement biaisée de la réalité que tout cela met en évidence en dit vraiment très long sur beaucoup de choses.
Ce qui sous-tend la consolidation de ces « principes d’un Nouvel Ordre Impérial Mondial », c’est le déclin planétaire de l’idée même de démocratie, les élites politiques mondiales [ndt : le terme anglais est « globales »] s’étant avérées parfaitement libres de faire tout ce qui pouvait leur sembler propre à servir au mieux leurs intérêts personnels – la sainte trinité : programme néolibéral, militarisation, projection de puissance, ayant fait preuve de son omnipotence – au mépris d’une opposition massive de toutes les populations de la planète. Le récent échange entre le Vice-Président et Martha Raddatz, correspondante de ABC-TV News, en offre une illustration sans concession. Comme la journaliste l’interrogeait au sujet des deux tiers d’Américains qui estiment que la guerre d’Irak « ne mérite pas d’être menée », Cheney répondit froidement : « Et alors ? » Pour exprimer le peu de cas qu’on fait des attentes du public et la conviction, très largement répandue parmi nos responsables politiques, que le public lui-même est de peu d’intérêt – sinon en tant que main d’œuvre, comme consommateurs ou comme un vaste champ dont on peut récolter les votes après chaque campagne électorale – on n’aurait pu trouver de concision plus éloquente.
Ce qui sous-tend la consolidation de ces « principes d’un Nouvel Ordre Impérial Mondial », c’est le déclin planétaire de l’idée même de démocratie, les élites politiques mondiales [ndt : le terme anglais est « globales »] s’étant avérées parfaitement libres de faire tout ce qui pouvait leur sembler propre à servir au mieux leurs intérêts personnels – la sainte trinité : programme néolibéral, militarisation, projection de puissance, ayant fait preuve de son omnipotence – au mépris d’une opposition massive de toutes les populations de la planète. Le récent échange entre le Vice-Président et Martha Raddatz, correspondante de ABC-TV News, en offre une illustration sans concession. Comme la journaliste l’interrogeait au sujet des deux tiers d’Américains qui estiment que la guerre d’Irak « ne mérite pas d’être menée », Cheney répondit froidement : « Et alors ? » Pour exprimer le peu de cas qu’on fait des attentes du public et la conviction, très largement répandue parmi nos responsables politiques, que le public lui-même est de peu d’intérêt – sinon en tant que main d’œuvre, comme consommateurs ou comme un vaste champ dont on peut récolter les votes après chaque campagne électorale – on n’aurait pu trouver de concision plus éloquente.

Note de conclusion : Droits à une démocratie consistante ou pure foutaise ?

Ce qui sous-tend la consolidation de ces « principes d’un Nouvel Ordre Impérial Mondial », c’est le déclin planétaire de l’idée même de démocratie, les élites politiques mondiales [ndt : le terme anglais est « globales »] s’étant avérées parfaitement libres de faire tout ce qui pouvait leur sembler propre à servir au mieux leurs intérêts personnels – la sainte trinité : programme néolibéral, militarisation, projection de puissance, ayant fait preuve de son omnipotence – au mépris d’une opposition massive de toutes les populations de la planète. Le récent échange entre le Vice-Président et Martha Raddatz, correspondante de ABC-TV News, en offre une illustration sans concession. Comme la journaliste l’interrogeait au sujet des deux tiers d’Américains qui estiment que la guerre d’Irak « ne mérite pas d’être menée », Cheney répondit froidement : « Et alors ? » Pour exprimer le peu de cas qu’on fait des attentes du public et la conviction, très largement répandue parmi nos responsables politiques, que le public lui-même est de peu d’intérêt – sinon en tant que main d’œuvre, comme consommateurs ou comme un vaste champ dont on peut récolter les votes après chaque campagne électorale – on n’aurait pu trouver de concision plus éloquente.

Avant même le déclenchement de l’attaque, le public américain était déjà majoritairement opposé à l’invasion/occupation de l’Irak, et il en allait de même de l’opinion mondiale. Depuis déjà plusieurs années c’est une large majorité qui, aux Etats-Unis demande un retrait total et immédiat, et une réduction du rôle des USA sur le plan international, en particulier en ce qui concerne le recours systématique à la force. Tout cela n’a eu strictement aucun effet sur les politiques américaines, le mépris des Démocrates à l’égard des attentes des électeurs n’ayant eu d’égal que celui des Républicains. En Irak aussi, les sondages montrent qu’une large majorité de la population réclame le départ des Américains mais là encore, cela n’a d’effet ni sur les politiques américaines, ni sur l’attitude des dirigeants des pays soi disants démocratiques d’Europe et d’ailleurs, qui se gardent bien d’exercer la moindre pression sur l’envahisseur/occupant pour qu’il retire ses troupes.

Il a aussi été depuis longtemps démontré que l’opinion américaine était largement favorable à une réduction substantielle du budget militaire, et à davantage d’investissement dans les infrastructures et d’efforts pour un règlement diplomatique et collectif des questions internationales. Selon un sondage de 2007, 73 % des citoyens américains étaient favorables à un accord sur l’élimination des armes nucléaires, une opinion qui se trouve aux antipodes des politiques de l’administration Bush (politiques auxquelles le parti Démocrate ne s’est d’ailleurs pas spécialement opposé). Fidèle au mépris affiché des élites pour l’assentiment de ceux qu’ils dirigent, le gouvernement U.S. poursuit sans états d’âme la mise au point de la prochaine génération d’armement et de dispositifs nucléaires et fait tout ce qui est en son pouvoir pour que les exigences du TNP concernant le désarmement soient maintenues dans l’impasse lors des forums multilatéraux.
L’opinion du reste du monde ne semble d’ailleurs pas avoir davantage d’effet sur des décideurs remarquablement prompts à s’aligner sur les exigences des autorités suprêmes du Nouvel Ordre Impérial Mondial. Une série de sondages menés en République Tchèque au cours des 16 derniers mois montrait qu’une large majorité de Tchèques (jusqu’à 75 % sur certains points) étaient opposés à l’installation d’aucun élément du dispositif antimissile U.S. sur leur territoire. Le Gouvernement tchèque ne s’empressait pas moins d’en avaliser le projet et le Premier ministre, Mirek Topolanek, restait farouchement opposé à toute idée de référendum sur la question. Comme l’écrivait l’analyste Philip Coyle : « Les responsables du gouvernement tchèque ont même notoirement déclaré que la décision d’héberger le radar était trop importante pour être laissée aux électeurs. » Le même scénario allait se dérouler en Pologne, où la grande majorité des sondés étaient farouchement opposés à l’idée que leur pays prenne part au programme antimissile U.S., tandis que le Premier ministre Donald Tusk rejetait lui aussi la tenue d’un référendum sur la question. « La vérité est brutale » expliquait Tusk, « aucune décision d’ordre militaire ne pourra être soumise à un vote universel. » De même dans les plus grands pays d’Europe, les populations étaient aussi opposées au programme antimissile U.S. : 44 % au Royaume Uni, 49 % en Italie, 58 % en France, 61 % en Espagne, 71 % en Allemagne, etc. Il n’est cependant pas un seul de ces pays membres de l’OTAN dont les dirigeants ne soutiennent le programme U.S. – et n’agissent donc contre la volonté de leur peuple.

Ç’est encore la même chose au Canada, où les plus récents sondages montraient que 59% des personnes interrogées désapprouvaient la décision du Parlement de prolonger de trois années supplémentaires la mission des forces canadiennes en Afghanistan. 70 à 80 % des sondés étaient en outre opposés à ce que leur gouvernement ne prenne part à ce qui est finalement devenu la guerre de l’OTAN en Afghanistan. En Pologne, Tusk s’y était dit lui aussi fermement opposé avant son élection, mais il s’empressa de tourner sa veste au lendemain du vote. Même chose en France, où un sondage montrait que 68 % de la population étaient opposés à la décision de Nicolas Sarkozy d’envoyer davantage de troupes en Afghanistan…
Il apparaît donc que l’institutionnalisation des principes du Nouvel Ordre Impérial Mondial repose fondamentalement sur le fait que les USA, leurs alliés, leurs clients et autres affidés ne sont en réalité que des pseudo-démocraties, dont les élites au pouvoir sont parfaitement libres de faire fi des attentes de leurs concitoyens – pour tout dire, des « Etats minables » [ndt : Selon l’expression du Gal. Petraeus cité plus haut]. Cet état de choses découle en grande part d’inégalités astronomiques et croissantes (au sein des populations comme entre les Etats), de la ploutocratisation de la politique, de l’érosion des bases constitutionnelles de la sphère publique, du rôle accru de service de propagande et de gardiens du temple [ndt : au sens de « garants du système »] d’une industrie médiatique de plus en plus centralisée, et de l’inertie de populations qui, jusqu’ici, se sont trop facilement laissées mener par le bout du nez, malgré le lourd tribut qu’une majorité d’entre eux payaient au bout du compte, dans un système fondamentalement injuste et de plus en plus menaçant.

Ce Nouvel Ordre Impérial Mondial n’est manifestement pas prêt de disparaître de si tôt, à moins qu’il ne cause sa propre perte en allant de lui-même droit à la catastrophe – ce qui est loin d’être improbable, au vu de la trajectoire prise et parce que les choses ont l’air plutôt mal parties pour s’améliorer. Sans ça, on n’en verra probablement jamais le bout tant que l’humanité ne fera pas bloc pour cesser de se laisser mener en bateau, pour s’organiser tant sur le plan national qu’international et pour reconquérir ses droits.



Appels de notes :

1) L’étude rétrospective des documents fait apparaître que l’exode des populations, avant et pendant les bombardements de l’OTAN (en 1999), ne correspondaient pas à un plan de nettoyage ethnique et d’expulsions forcées mais à des facteurs stratégiques d’ordre militaire, au nombre desquels l’intensification des combats, la présence opérationnelle de l’UCK dans différentes zones d’opérations et la densité relative des différentes communautés installées dans les zones contestées. Les Albanais n’ont pas fui uniformément le territoire et les 29 principales communes du Kosovo. Ils n’étaient pas non plus les seuls à fuir : des membres de toutes les communautés fuyaient les zones de combat. Les communes situées dans les parties du Kosovo où l’UCK était relativement peu présente furent moins exposées aux combats, de sorte que l’exode y fut moindre. Tel fut particulièrement le cas avant le déclenchement des bombardements de l’Otan, le 24 mars 1999 (cf. rapport de l’OSCE : Kosovo/Kosova: As Seen, As Told. The human rights findings of the OSCE Kosovo Verification Mission October 1998 to June 1999 , en particulier : Part III, Ch. 14, "Forced Expulsion," pp. 146-162; et Part V, "The Municipalities," pp. 226-585. Voir aussi l’analyse de cette question dans : Noam Chomsky, A New Generation Draws the Line: Kosovo, East Timor and the Standards of the West (Verso, 2000), p. 114 ff. ) Dans son ouvrage, Chomsky résume le travail de l’ex journaliste du New York Times, David Binder, qui souligne « une curiosité » du rapport de l’OSCE : 46 % des Albanais ont quitté le Kosovo pendant les bombardements, et avec eux 60 % des Serbes et des Monténégrins. De sorte que, proportionnellement, davantage de Serbes ont été déplacés, lesquels n’ont pu, en outre, revenir chez eux à l’issue du conflit (p. 14). Enfin, le témoignage de Eve-Ann Prentice (journaliste aujourd’hui décédée), au procès de Milosevic, durant la phase de défense : Priée de donner son point de vue sur les raisons qui avaient pu pousser tant d’Albano-Kosovars à quitter leur province au cours des bombardements, Prentice répondit : « On nous a maintes fois expliqué que […] les civils albanais ordinaires […] avaient été informés que partir était leur devoir patriotique parce que le monde regardait […] et que quiconque refuserait de joindre cet exode serait considéré comme ne soutenant pas la cause albanaise. […] Les responsables de l’UCK leur avaient dit que leur devoir patriotique était de joindre cet exode, était de quitter le Kosovo, d’être vus en train de quitter le Kosovo. » (Testimony of Eve-Ann Prentice, Prosecutor v. Slobodan Milosevic (IT-02-54), February 3, 2006, pp. 47908 - 47909.)


2) Interview de Madeleine Albright par Lesley Stahl, ("Punishing Saddam," 60 Minutes, CBS TV, 12 mai 1996.) Textuellement : Stahl: "We have heard that a half a million children have died. I mean, that's more children than died when--wh--in--in Hiroshima. And--and, you know, is the price worth it?" [ndt : “On raconte qu’un demi-million d’enfants sont morts. Je veux dire… C’est plus d’enfants qu’il n’en est mort quand qu… à… à Hiroshima… et… et vous savez… Est-ce que ça valait vraiment de payer ce prix là ?] Albright: "I think this is a very hard choice, but the price--we think the price is worth it.” [ndt : Je pense que c’est un choix très difficile, mais le prix… Nous pensons que ça valait bien ça ! »

Version originale (avec l’intégralité des appels de notes) :
http://www.zcommunications.org/znet/viewArticle/17209

Edward S. Herman est Professeur Emérite de Finance à la Wharton School, Université de Pennsylvanie. Economiste et analyste des médias de renommée internationale, il est l’auteur de nombreux ouvrages dont : Corporate Control, Corporate Power (1981), Demonstration Elections (1984, avec Frank Brodhead), The Real Terror Network (1982), Triumph of the Market (1995), The Global Media (1997, avec Robert McChesney), The Myth of The Liberal Media: an Edward Herman Reader (1999) et Degraded Capability: The Media and the Kosovo Crisis (2000). Son ouvrage le plus connu, Manufacturing Consent (avec Noam Chomsky), paru en 1988, a été réédité 2002.

David Peterson est journaliste indépendant et chercheur, basé à Chicago.
Il a écrit de nombreux articles en collaboration avec Edward Herman.