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CHILI, 35 ANS APRES..........................

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Chili, 35 ans après...

Patricia Parga-Vega Envoyer à un(e) ami(e) Imprimer

Mardi 11 septembre 1973, le destin de toute une nation et l’espoir d’un continent vont basculer, tout comme le cours de l’histoire…

8 septembre 2008


La disparition forcée, la torture, la prison politique et la délation inaugurent une étape considérée comme « brillante » par les Etats-Unis. Le président Salvador Allende Gossens paya de sa vie l’obstination à mener à bien le mandat confié par son peuple et devint, pour le monde entier, un symbole de dignité.

Bien que son gouvernement n’ait pas duré la moitié de son mandat, Allende a été l’une des figures les plus décisives de l’histoire du Chili du vingtième siècle.

Aujourd’hui, depuis les entrailles du pouvoir nord-américain comme le Church Inform, les documents déclassifiés de la CIA ou les mémoires personnelles d’autorités proches de Nixon, nous avons connaissance avec certitude de l’opération sanglante préparée patiemment pendant dix ans par les Etats-Unis (1963-1973).

Dès la reconnaissance du succès d’Allende par le Sénat chilien, deux réunions ont lieu aux USA, les 8 et 14 septembre 1970. A ces mêmes dates, le président de Pepsi-Cola, Donald M. Kendall, marque son empreinte dans cette tragique histoire. Le 14 septembre, dix jours après l’élection présidentielle chilienne, Kendall se rend à la Maison Blanche et demande à Nixon, qui avait travaillé comme avocat pour Pepsi-Cola, qu’il accorde une audience extraordinaire à un ami et collègue chilien : Agustín Edwards, le propriétaire d’un des journaux les plus influents du Chili : El Mercurio. La relation Nixon/Kendall était basée sur une dette politique et comme les dettes se paient… Kendall avait reconstruit politiquement Nixon après son échec à la course pour la Californie, et l’avait soutenu jusqu’à la Maison Blanche.

Répétition d’une scène souvent vécue en Amérique latine : le pouvoir des transnationales cherchant à infléchir le cours de l’histoire en leur faveur et dans leurs intérêts, au mépris des coûts humains et en s’associant pour cela avec les acteurs locaux ultraconservateurs.

La réunion Nixon/Kendall eu lieu dès le lendemain 15 septembre 1970, ce qui indique clairement la priorité de l’affaire pour la Maison Blanche. Le puissant impresario chilien Agustín Edwards demande l’aide des Etats-Unis pour éviter le désastre au Chili (1). Kissinger attribue au chilien Edwards la responsabilité d’avoir fait pression sur Nixon, de l’avoir « chauffé » pour qu’il décide d’actions drastiques. Après cette entrevue, Nixon se réunit ce même jour, avec Kissinger, le Général Attorney John Mitchell- qui se trouvait là à titre privé et non officiellement- et Richard Helms, directeur de la CIA, qui enregistra quelques notes de cette réunion :
Même s’il n’y a qu’une chance sur dix, sauvez le Chili.
-Dépenses illimitées.
-Peu importe les risques à courir.
-Ne pas impliquer l’ambassade.
-Dix millions de dollars disponibles, plus si nécessaire.
-Travail à temps plein avec à disposition les meilleurs hommes.
-Elaborer un plan stratégique avec toutes les variantes possibles.
-Faire crier de douleur l’économie chilienne.
-48 heures pour le plan d’action.

« Lors de cette rencontre, Nixon nous ordonna, à nous trois, de n’informer de ces instructions ni le secrétariat d’Etat, ni le secrétariat de Défense, ni l’ambassadeur au Chili, ni le chef de la CIA au Chili. Ce fut le plus grand secret jamais tenu dans ma carrière » assura Richard Helms en écrivant ses mémoires.
Le Church Inform nota ainsi le résultat de cette entrevue : « Le 15 septembre, le Président Nixon informe le directeur de la CIA, Richard Helms, que le gouvernement d’Allende n’est pas acceptable pour les Etats-Unis et mandate la CIA pour qu’elle joue un rôle direct en organisant un coup d’état au Chili afin d’éviter qu’Allende n’accède à la présidence».

Ce qui fut consigné par le directeur de la CIA lui-même, dans ses mémoires : « Le Président m’ordonna de fomenter un coup d’état militaire au Chili, un pays jusqu’alors démocratique »(2). Il ajouta dans ses notes que « ni Nixon, ni Kissinger ne s’embarrassaient des risques que cela supposait ». Néanmoins cette première étape destinée à éviter la présidence d’Allende, échoua, ce qui déclencha une deuxième réunion d’urgence. A ce niveau, comme conclusion du Church Inform, avec Allende installé à la Moneda, tous les efforts de la Maison Blanche « étaient orientés vers le coup d’Etat militaire ».

Le résultat de cette manœuvre US engendre aujourd’hui, 35 ans après les faits, les réflexions intéressantes et inédites de quatre intellectuels chiliens bien placés, sur une lecture de l’histoire, sur les conséquences actuelles, au Chili, de la victorieuse stratégie des Etats-Unis, sur son perfectionnement et son incursion dans d’autres pays du tiers monde, sur la nécessaire mémoire historique et sur le rôle des médias.
(1)Henry Kissinger, White House Years (Brown, Boston : Little, 1978)
(2)Richard Helms, A Look over my Shoulder (New York: Random House, 2003)


Patricia Parga-Vega est journaliste, membre de l'équipe Investig’Action.


Traduction: José Gregorio, Investig’Action.

PARADOXES: LE CHILI

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Paradoxes de la dictature et de la démocratie

Eduardo Hurtado* Envoyer à un(e) ami(e) Imprimer

Les cours de la Faculté de Journalisme de l’Université du Chili renferment beaucoup de paradoxes. Pendant que dans ses auditoires, on lisait des textes sur la liberté de la presse, la terreur se répandait et se respirait dans chacune de ses installations. La faculté, rouverte en septembre 1974, un an après le coup d’Etat, représentait la réalité vécue dans toutes les universités publiques où avaient frappé les putschistes.

Un an avait suffi pour fermer ses institutions académiques de grand prestige intellectuel. Surtout celles qui historiquement avaient représenté la pensée la plus progressiste en Amérique latine et avaient été le berceau des académiciens du monde entier qui venaient enseigner dans ses auditoires. Le journalisme n’avait pas été l’exception.
Les expulsions massives d’académiciens et étudiants de gauche, dans leurs doctrines et définitions les plus variées, chiliens et étrangers, avaient laissé des institutions décapitées, privées de leurs meilleurs enseignants où seuls avaient pu survivre les plus insignifiants.
La peur était vivante. Etranges personnages se faisant passer pour des étudiants que personne ne reconnaissait comme tels, s’asseyant aux cours pour observer et enregistrer les opinions qui s’y manifestaient. Même le service d’entretien était composé de ces étranges individus qui épiaient jusque dans les toilettes hommes et femmes, leurs murs, et relevaient le moindre graffiti contre la dictature

Mais le pire sans doute était la peur qui envahissait la communauté universitaire : à de nombreuses reprises, les agents des services de sécurité (DINA) de Pinochet, avaient détenu en classe, devant tous, des étudiants et parfois aussi des professeurs.

Certains d’entre eux figurent encore aujourd’hui dans les listes des « disparus » ou bien durent s’exiler après de longues condamnations dans les camps de concentration du régime. Tous ces faits ne pouvaient être dénoncés à travers les propres canaux universitaires et étaient de plus, complètement ignorés des médias de l’époque.

« Autocensure » était alors l’expression préférée et signifiait tout simplement que celui qui osait tout écart en public, terminait inexorablement dans les cachots de la dictature en qualité de prisonnier politique ou assassiné !
A cause de cela, il était donc fréquent de voir sur les journaux muraux des facultés ou dans les centres d’information, uniquement des nouvelles à propos de football universitaire ou plus triviales encore, comme des vœux d’anniversaire, vente de bicyclettes, etc.…

On proclamait donc la liberté de la presse dans les textes tout en ignorant complètement la réalité. Aucun travail d’investigation en journalisme ne pouvait se référer à la réalité chilienne. Il était courant d’investiguer sur l’histoire de l’Ethiopie d’Haïlé Sélassié, ou sur le conflit israélo-palestinien dans la perspective pro-US, etc.…

A cela il fallait ajouter un climat hautement répressif à l’Institut Pédagogique, lieu qui rassemblait le Journalisme et les facultés de Sociologie, Psychologie, Anthropologie et toutes les pédagogies, avec des règles qui interdisaient toute réunion de plus de trois personnes, car cela pouvait être considéré comme une manifestation d’opposition.

Même chose pour manger dans les réfectoires ; on ne pouvait pas mettre de livres sur la table de peur que ce soit considéré comme un acte subversif au cas où quelqu’un osait laisser subrepticement des pamphlets ou tracts dénonçant les atrocités de la dictature. Des agents en civil surveillaient les installations et souvent, à la moindre suspicion, se jetaient sur l’étudiant, le piétinant au sol, fouillant ses vêtements et sacs. Ces scènes étaient fréquentes et banales dans les patios : personne ne s’arrêtait pour les observer, c’était interdit. Il y avait d’autres normes comme par exemple : aucun cours ne pouvait avoir lieu après 16 heures. Après cette heure, le campus universitaire était complètement fermé et sous surveillance militaire.
D’hier à aujourd’hui…
Aujourd’hui, 35 ans après, bien que ceux qui les ont vécus, se souviennent de ces faits avec frissons et terreur, les avancées politiques au Chili, bien qu’importantes, comportent toujours des contradictions pour une société qui se veut démocratique.

Malgré le temps écoulé, le Chili reste un pays de grandes contradictions. Par exemple, la liberté de la presse : si pendant la dictature, la censure et la répression de la presse faisaient partie essentielle du modèle de domination, aujourd’hui les conditions quant à la diversité de pensée, pluralité et droit d’accès libre à l’information, ne sont pas tellement différentes.

Le modèle néolibéral imposé depuis la dictature, de haute concentration économique reste en vigueur dans ses principaux fondements; celui-ci a permis de substituer au niveau de la presse écrite ces deux monopoles clairement à droite qui furent complices du régime de Pinochet. S’il est vrai que rien n’empêche légalement la création de nouveaux moyens de communication, la grande majorité de ceux apparus pendant ces 18 années de démocratie ont eu la vie courte. Tous ont été étranglés économiquement. Le plus paradoxal est que même les gouvernements de coalition actuels, qui dépensent annuellement environ 60 millions de dollars en publicité d’Etat, la canalisent principalement vers ces deux monopoles, El Mercurio et La Tercera, entreprises qui bénéficient ainsi d’une manne de ressources pratiquement garanties par l’Etat et ses entreprises publiques.

La situation n’est pas différente à la télévision, les chaînes publiques sont un euphémisme vu le critère d’autofinancement, tout comme en radio où se sont créées de grandes coalitions d’entreprises. Non seulement elles contrôlent et excluent l’information qui n’est pas en accord avec leurs intérêts économiques et politiques. Mais elles choisissent aussi les informations en contradiction avec les paramètres culturels qui dominent aujourd’hui la société chilienne : l’individualisme, la mascarade et la banalisation, l’absence des grands thèmes liés à la culture, les arts, les peuples originels, etc.… Le Chili est aujourd’hui une société acritique, incapable de s’interroger sur la réalité et qui affiche le triste record de figurer parmi les dix sociétés au monde présentant la plus grande inégalité de revenus (selon les chiffres et études de divers organismes internationaux dont la Banque mondiale).

On parle de succès économiques sans mentionner la pauvreté dans ses expressions les plus variées dont la délinquance juvénile en croissance gigantesque.
On parle de revenus élevés par rapport aux pays voisins mais on ne mentionne pas les rares rentrées des plus démunis de la société et du manque d’opportunités.
On soutient qu’il existe la liberté d’entreprendre mais tous ceux qui ont essayé de nouveaux moyens de communication alternatifs succombent devant le complot des grandes entreprises payées seulement avec la publicité, complices des gouvernements qui ont opté pour la collaboration avec la droite.

Sont interdites aussi les opinions dissidentes des groupes écologistes et politiques qui s’opposent à la construction de grands barrages hydro - électriques dans la zone de Aysen, un désastre environnemental et écologique frappant l’une des grandes réserves de la biosphère chilienne en Patagonie.

La compagnie transnationale Endesa España au travers des grands publicitaires du Chili et leurs entreprises associées est sur le point d’atteindre son objectif, avec la complicité des intermédiaires de la dictature, qui bloquent habituellement toute discussion ou la réduisent à la plus simple expression.

Tout comme la transnationale canadienne Barrick, qui avec son projet Pascua Lama au nord du Chili, est sur le point de concrétiser la destruction d’un des plus anciens glaciers du monde en rasant au passage l’une des cultures précolombiennes les plus anciennes, les Diaguitas.
Le blocus de l’information touche aussi la région d’Araucanie où le peuple Mapuche souffre l’invasion, l’encerclement des compagnies forestières qui pendant la dictature se sont appropriés des milliers d’hectares appartenant à cette ethnie qui lutte aujourd’hui pour leur récupération.
Au travers de ces manifestations et rebellions face aux abus des compagnies, ces peuples sont présentés à la presse officielle comme subversifs et insoumis, leur niant toute reconnaissance dès lors qu’il s’agit de la communauté la plus pauvre du Chili, atomisée et victime de ségrégation depuis l’époque de la conquête espagnole et à qui les différents gouvernements chiliens ont toujours nié la reconnaissance de leurs droits.

Les 35 ans écoulés depuis le coup d’Etat de 1973 ont marqué plusieurs générations de Chiliens. Une de ces marques est la difficulté de vivre dans une nation où tous les citoyens puissent librement opter pour des moyens de communications diversifiés et pluriels.
Une grande tâche reste à accomplir !
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*Journaliste chilien.
Traduction : José Gregorio pour Investig’Action

SALVADOR ALLENDE

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Cent ans après la naissance de ............Salvador Allende

Marcel Claude Envoyer à un(e) ami(e) Imprimer

Le 4 décembre 1972, Salvador Allende, président du Chili à l’époque, eut l’occasion de se présenter devant l’Assemblée Générale des Nations Unies à New York et de rendre compte de la situation du pays qu’il présidait. Beaucoup de choses ont changé au cours des 35 dernières années. D’autres, cependant, restent identiques et dans certains cas même, la distance s’est creusée entre ce que l’on souhaitait et la dure réalité.
7 septembre 2008

En ce qui concerne les changements négatifs, une mise à jour devrait, en 2008, se formuler de cette façon : « Je viens du Chili, un petit pays où aujourd’hui, aucun citoyen n’est plus libre de s’exprimer comme il aimerait le faire.
Un pays où sévit une inquiétante intolérance culturelle, religieuse et idéologique.
Un pays où la discrimination raciale est importante.
Un pays où la classe ouvrière est morcelée à l’extrême en différentes organisations syndicales assez démunies.
Un pays où le suffrage universel et secret est chaque jour de moins en moins participatif, et consacre de plus en plus un régime politique qui pratique l’exclusion.
Un pays où le parlement a connu une sévère interruption dans son fonctionnement depuis sa création, il y a 196 ans, et qui subsiste avec un pouvoir limité et une représentation populaire douteuse.
Un pays où les tribunaux ne sont pas indépendants de l’exécutif ni des pouvoirs économiques et militaires.
Un pays qui, depuis 1981, dispose d’une charte constitutionnelle créée en fonction des besoins d’une oligarchie représentée dans le gouvernement dictatorial d’Augusto Pinochet et avalisée par les présidents Aylwin, Frei Ruiz-Tagle, Lagos et Bachelet.
Un pays dont la vie publique est construite autour d’institutions civiles placées sous la tutelle des Forces Armées et faisant preuve d’un esprit démocratique extrêmement limité.
Un pays qui, avec près de dix-sept millions d’habitants, n’a obtenu aucun prix Nobel dans les 30 dernières années, ce qu’obtinrent Gabriela Mistral et Pablo Neruda, tous deux fille et fils de modestes travailleurs d’un Chili moins prétentieux et arrogant, mais aussi plus humain et plus noble ».

Si l’on développe le même argumentaire, il n’est plus possible aujourd’hui de dire que le peuple chilien « se consacre pleinement à la restauration de la démocratie économique afin que la production réponde aux besoins et aux attentes sociales et non aux intérêts particuliers ».
Si l’on pouvait au moins ajouter que « les travailleurs sont en train de se déplacer vers les secteurs privilégiés du pouvoir politique et économique, aussi bien dans les centres de travail que dans les communes et à l’Etat ».
Mais il faudrait plutôt dire que le processus en cours dans le pays est radicalement

opposé à cela et qu’on ne se dirige pas, comme Allende le soutenait à l’époque, vers un dépassement du système capitaliste mais, au contraire, que se consolide un capitalisme chaque jour plus sauvage et plus impitoyable.

Lors de ce discours très applaudi, Allende soulignait la nécessité de mettre au service des énormes carences du peuple chilien la totalité des ressources économiques. Cette nécessité était, d’après lui, directement liée au recouvrement de la dignité du Chili. Selon Salvador Allende, il nous fallait en finir avec une situation où nous, les Chiliens, nous devions exporter d’énormes capitaux au bénéfice de la plus grande puissance économique du monde, alors que nous étions en train de nous débattre contre la pauvreté et l’immobilisme.
Pour cette raison, la nationalisation des ressources de base constituait une revendication historique. Notre économie ne pouvait tolérer plus longtemps une subordination impliquant que 80% de nos exportations soient aux mains d’un groupe réduit de grandes compagnies étrangères, qui avaient toujours placé leurs intérêts avant les besoins des pays où elles réalisaient leurs lucratives opérations.
Nous ne pouvions pas non plus accepter le cancer des latifundia, les monopoles industriels et commerciaux, le crédit au bénéfice de quelques - uns ainsi que les brutales inégalités dans la distribution des revenus. Cette réalité, dénoncée à l’époque par le président Allende, ne s’est pas modifiée pour l’essentiel, elle s’est même aggravée.
Aujourd’hui, en effet, les monopoles et la concentration des richesses sont pires encore qu’ils ne l’étaient alors. La propriété de la terre et des principales ressources naturelles continuent ainsi à servir d’usufruit au capital transnational et aux groupes économiques nationaux.

En ce qui concerne le cuivre, Allende dénonçait le fait que « rien que dans les quarante-deux dernières années, quatre milliards de dollars de bénéfices avaient été accaparés… ». Combien plus encore ne faudrait-il pas se scandaliser à l’heure actuelle, quand, dans la seule année 2006, les compagnies multinationales qui exploitent le cuivre chilien en retirèrent la modique somme de 20 milliards de dollars.
A l’époque, Allende comparait les chiffres et demandait que l’on ait présent à l’esprit qu’une partie seulement de cette somme assurerait à tous les enfants du Chili, et pour toujours, la quantité de protéines nécessaires.
Ce qui est grave, c’est que cela ne se passe pas seulement pour le cuivre mais également pour l’eau, pour le sol, ainsi que pour toutes les ressources du pays comme l’industrie de la pêche, ou l’industrie forestière.
Aujourd’hui, comme par le passé, nous pouvons affirmer avec Allende que « le Chili est aussi un pays dont l’économie reste soumise aux entreprises capitalistes étrangères…Un pays dont l’économie est extrêmement sensible face à la conjoncture extérieure, un pays où des millions de personnes ont été forcées de vivre dans des conditions d’exploitation et de misère, et connaissent un chômage manifeste ou déguisé. ».

Le Chili est arrivé à un tel degré de régression dans quasiment tous les domaines que les conclusions d’Allende à propos d’un peuple chilien politiquement mûr ne sont même plus valables. Aujourd’hui, c’est exactement le contraire.

Comme peuple, nous faisons preuve, en effet, d’une immaturité politique considérable. Elle empêche, à cause de notre manque de dynamisme pratique, de capacité de réflexion, de notre mollesse, de notre flemme et, osons le dire, de notre suprême médiocrité, toute participation active et décidée face au pillage, aux vols et à tous ces multiples abus dont nous sommes victimes.

La tragique actualité de ce discours, qui fut ovationné par l’Assemblée Générale des Nations-Unies, se manifeste également dans les conséquences, qui deviennent chaque jour de plus en plus évidentes, et qu’Allende lui-même présentait comme le résultat du processus de globalisation.
Il soutenait en effet que, pour le Chili comme pour tant d’autres pays du tiers monde, il n’y avait d’autres perspectives que d’être condamnés à exclure le bien-être et la libération sociale des possibilités offertes par le progrès. Et cela concerne de plus en plus de millions de personnes rejetées à un niveau indigne d’un être humain.
Malgré tout, nous croyons, avec Allende, que les grandes valeurs de l’Humanité devront prévaloir, qu’elles ne pourront être détruites.

Marcel Claude, économiste, directeur d’Arena Pública, Plateforme d’opinion. Université des Arts et Sciences Sociales ARCIS-CHILE.

Traduction : Jean Pierre Plumat, Investig’Action

11 SEPTEMBRE 1973 CHILI


11 septembre 1973, coup d’Etat au Chili

Alvaro Cuadra Envoyer à un(e) ami(e) Imprimer

Difficile de faire allusion aux évènements du 11 septembre 1973 en laissant de côté ses propres passions. Car ils ont été traumatisants pour une grande majorité de Chiliens et les conséquences se font toujours sentir aujourd’hui : le coup d’Etat d’il y a plus de trente ans n’est pas enterré. Au contraire, le présent économique, politique et culturel du Chili ne s’explique pas sans lui.

8 septembre 2008


La dictature militaire a dessiné le moule d’où émerge le Chili d’aujourd’hui. Une manière particulière d’organiser l’économie, le néolibéralisme. Une manière d’administrer la politique, une démocratie de basse intensité. Un type de culture adversaire de toute forme collectiviste ou associative, l’individualisme. Ce moule reste en vigueur dans chacune des composantes du pays. Tout observateur neutre doit reconnaître que le cadre militaire n’a fait l’objet que de rares changements et seulement dans l’apparence. Il suffit de voir par exemple que la constitution militaire reste la règle générale de la vie de la nation.

Le sens de cette réorganisation militaire du Chili contemporain a été et demeure toujours de sauvegarder la tradition et l’ordre de la nation, c’est à dire comme l’affirmait Pinochet lui-même de sauvegarder la vie et la fortune des élites dirigeantes qui sentent leurs privilèges menacés.

En toute honnêteté, nous devons admettre que les voûtes maîtresses de l’ordre militaire ont tenu jusqu’à ce jour, assumant le rôle pour lequel elles furent créées, depuis la loi électorale jusqu’à la législation relative à la santé, la prévoyance sociale ou les lois sur le revenu.

En fait, la dénommée Concertation des Partis de la Démocratie n’a fait qu’administrer le modèle hérité avec le but avoué de garantir la continuité. De sorte qu’au-delà d’épileptiques bravades et de l’éculé discours démagogique, les personnages concernés ont agit plus comme émissaires de la droite économique que comme représentants du peuple. Incapables de promouvoir un projet historique alternatif, ils se sont confinés dans une atmosphère d’incapacité et de faiblesse morale, pour employer un vocabulaire élégant.

Comme dans un mauvais roman de terreur, le Chili amnésique d’aujourd’hui tourne son regard vers les vitrines illuminées de la consommation de luxe aux rutilants écrans plasma, pendant que dans la cour on déterre les ossements d’un voisin ou d’un parent. Ce sont les morts silencieuses de cette histoire macabre qui persiste encore, obstinée à cacher des cadavres dans la garde-robe.

Le 11 septembre n’est pas terminé dans notre pays, il est présent dans chaque ligne de

la constitution, dans le gris opaque des casernes et des commissariats, dans le rire narquois des notables et des hommes d’affaires. Le 11 septembre continue à vivre chez ceux qui sont tellement redevables envers le Général.

Le crime commis au Chili ne s’arrête pas aux événements dramatiques connus de tous. Le vrai mal est encore avec nous, dans notre vie quotidienne, dans l’injustice banalisée et acceptée comme désespoir. La vraie trahison au Chili est d’avoir empêché, que pour la première fois, ces hommes et ces femmes humbles commencent à construire leur propre dignité au travers de leurs enfants et des enfants de leurs enfants.

Au bout du compte, Auguste Pinochet Ugarte a été la main tyrannique qui a interrompu la merveilleuse chaîne de la vie. Comme Caïn, le Général a assassiné ses frères, offensant l’esprit qui vit au fond de l’histoire de l’humanité. Ses œuvres, son héritage lamentable est bien connu : des générations de Chiliens condamnés à l’enfer de l’ignorance, de la pauvreté, du deuil et de l’indignité. Dans le Chili d’aujourd’hui, il n’y a pas de place pour les morts, pas plus que pour les vivants.
Au-delà des complicités et du mensonge pour cacher la nature de cette tragédie, malgré les efforts des faux prophètes pour exorciser les cendres en prêchant la résignation, au-delà des démagogues de dernière heure qui règnent aujourd’hui au Palais, il y a un peuple silencieux qui incarne l’avènement d’un autre monde.
Alvaro Cuadra, chercheur et professeur à l’ELAP, Ecole latino-américaine des Post gradués, membre d’Arena Pública, Plateforme d’opinion. Université des Arts et Sciences Sociales ARCIS-CHILE.

Traduction : José Gregorio, Investig’Action.

LE COTE OBSCUR DU CHILI ACTUEL


LE COTE OBSCUR DU CHILI.

Par Ernesto Carmona*,

InvestigAction, le 06 septembre 2008

Qu'est-ce qui a changé au Chili depuis que le gouvernement démocratiquement élu de Salvador Allende a été abattu ?

35 ans se sont écoulés, dont 17 ans de dictature militaire et 18 ans de "transition à la démocratie", conduite par une coalition appelée Concertation des Partis pour la Démocratie, constituée des partis Socialistes, Chrétien Démocrate et Pour la Démocratie ainsi que d'autres partis mineurs comme le parti Radical.

La première observation est que la "transition" a duré déjà plus longtemps que la dictature. Mais les conditions de vie du peuple ont dramatiquement empiré depuis l'époque d'Allende. Et il y a peu de possibilités de protester.

Aujourd'hui, il existe une démocratie perverse et formelle qui limite l'accès des pauvres à la politique et exclut toutes formes de participation de la minorité communiste et d'autres groupes de gauche. Un système binominal d'élections a été précisément créé pour que deux grands blocs, la droite et la Concertation, se relaient perpétuellement au pouvoir, comme cela se passe avec les démocrates et les républicains aux Etats-Unis.

La fin de la dictature n'a pas été uniquement le résultat de la lutte du peuple, qui a généreusement apporté son sang. Elle a été favorisée, d’une part par ceux qui, aujourd'hui, gouvernent le pays, mais également par un accord politique qui a prévalu et qui a été poussé par les mêmes acteurs internationaux à l’origine de la chute de Salvador Allende. C'est-à-dire les Etats-Unis, la CIA, l'Agence des États-Unis pour le développement international (United States Agency for International Development ou USAID), le Fond National pour la Démocratie (en anglais le sigle est NED). Et les grandes corporations transnationales dont les affaires relatives à l’exploitation des ressources naturelles vont nettement mieux depuis ces 18 dernières années, d’après tous les indicateurs. Les secteurs, parmi beaucoup d'autres qui produisent les plus grands bénéfices du capital local et international sont :

- le travail des mines de cuivre, à 70 % privé,

- l'industrie de la cellulose qui est extraite des bois du territoire indigène.

Nouvelle droite «progressiste»

La dictature reste présente, mais sous une autre apparence, dans le modèle à succès de "développement démocratique" dont pâtit le Chili, mais qui est exporté comme image enviable vers d'autres pays.

(…)

Pendant ces 18 années de "transition à la démocratie", la Concertation s'est convertie en une néo-droite, avec une teinte socialiste et sociale chrétienne. Comme cela s’est produit avec les partis "progressistes" d’Europe et d’ailleurs, où la démocratie sociale a imité la démocratie chrétienne comme nouvelle expression rénovée de la droite traditionnelle.

Le socialisme d'aujourd'hui n'est pas le même que celui de l’époque d'Allende. Le parti du président immolé, qui prétendait réaliser des réformes sociales, retourne en arrière en suivant le chemin suivi par ses collègues socialistes d'Espagne et de France, les travaillistes du Royaume-Uni, le parti "trabalhista" du Brésil et tant d’autres.

(…)

Une nouvelle classe politique d’apparence "démocratique et progressiste" s'est incrustée dans la superstructure du pouvoir de l'État pour administrer la spoliation du peuple chilien et de ses ressources naturelles avec une plus grande "efficacité" que les militaires. Et avec peu de réclamations de la part des travailleurs grâce au contrôle de la Concertation sur la Centrale Unique de Travailleurs (CUT). Cette classe politique a aussi mis en place un processus de corruption, aux dépens des fonds publics, sans précédent dans l'histoire politique républicaine du pays.

Les rebelles sont jeunes

(...)

Lorsque quelques syndicats, qui ne sont pas sous le contrôle de la Concertation, et certains secteurs de la société chilienne manifestent leur mécontentement du nouveau modèle politique et économique qui favorise les riches, ils sont brutalement réprimés par le gouvernement dit "socialiste", au nom du système sacré légal, hérité de la dictature, qui garantit la spoliation néolibérale.

Les plus affectés ont été les syndicats de travailleurs employés dans la sous-traitance, ou de «troisième» catégorie avec un emploi précaire et flexible, les étudiants et l'ethnie Mapuche (Indiens du sud du Chili), dont le territoire reste occupé militairement depuis des années, sans rien à envier à la situation palestinienne.

Comme Israël, le Chili ne fait aucun cas des recommandations des organisations de droits de l’homme des Nations Unies. La région Mapuche, avec des habitants d’une pauvreté extrême perpétuelle, est un territoire occupé par les Carabineros (police militarisée chilienne) et dans un état de siège permanent, tandis que ses terres sont exploitées par les industriels du bois des groupes économiques les plus riches du Chili.

Le gouvernement de la socialiste Michèle Bachelet a choisi le chemin de la répression, avec jusqu’à 1.500 arrestations d’étudiants en juillet 2008. La police militarisée des Carabineros exerce une brutalité sans borne, même lors d’arrestations régulières ordonnées par un tribunal. Le décès d’un chef policier dans un accident aérien au Panamá, alors qu'il partait faire du shopping avec sa famille et des parents, a été élevé au rang de tragédie nationale par le gouvernement et les médias, avec deuil officiel et un gaspillage de propagande qui a élevé le défunt au rang de saint.

Le rôle des médias

Tout cela arrive alors qu'il existe une criminalisation croissante de la protestation civile, qui a commencé par …

L’intégralité :

InvestigAction

* Ernesto Carmona, est conseiller national du Collège des Journalistes du Chili; le Secrétaire exécutif de la Commission Investigatrice d'Attentats aux Journalistes (CIAP) de la Fédération Latino-américaine de Journalistes (FELAP) et membre du mouvement Axis for Peace.